En 2010, j’ai rencontré le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire au Mans…


Bruno Le Maire ce n’est pas n’importe qui. C’est Bruno Le Maire. Pour s’en persuader, il suffit de le voir apparaître dans un lieu public. Il joue de sa haute taille, de son regard d’un bleu azur et de sa figure de bébé Cadum, que les années n’ont pas encore flétri. De sa gentillesse de façade, apprise dans les collèges catholiques, qu’il a fréquentés, et dont sa mère était la directrice.

S’il pouvait vivre entouré de miroirs de manière à ne jamais perdre, fût-ce une seconde, de son immortelle image, il serait l’homme le plus comblé. Bruno Le Maire s’aime, adore s’entendre parler, adore se voir sur une photo en short, attablé à la terrasse d’un café relais à la montagne, buvant un verre d’eau. Peu lui importe que la cuisse soit molle et les mollets blafards, à cause du temps trop long passé dans les voitures de fonction. Il fixe l’objectif droit dans les yeux, car il veut qu’on le fixe de la même façon. Il veut que son image unique, d’homme unique, s’imprime à jamais dans votre mémoire. Bruno Le Maire est ivre de lui-même, il lutte tant et plus, pour que cela ne se voit pas.

Bruno Le Maire écrit des romans dans lesquels il continue de s’admirer. L’écriture est aussi un miroir. Polar, sujet de société, un roman d’amour à ce qu’il paraît, aux éditions Harlequin, sous le pseudonyme de Duc William. Mais il est aussi l’auteur de romans érotiques dont le plus connu serait Le ministre publié en 2004 aux éditions Grasset. On peut se dire qu’éditer chez Grasset ce ne pouvait pas être autre chose que de l’érotisme bon chic, bon genre. Rien de graveleux évidemment. Il a même fait l’acteur. Interprétant son propre personnage dans le film de Bertrand Tavernier,;<: Quai d’Orsay (2013).

Bruno Le Maire écrit en parlant. J’ai pu le constater. Dès qu’il construit une phrase avec sujet, verbe, complément, sa surprise est telle, qu’il ne peut s’empêcher de la répéter au moins trois fois de suite. Comme s’il voulait se convaincre qu’il en est l’auteur. Vers 2010, je l’ai rencontré au Mans. Il était ministre de l’Agriculture, et j’avais écrit un roman, dont le personnage central était en prise avec la PAC — politique agriculture commune. Le responsable la FNSEA — Fédération nationale des syndicats des exploitants agricoles de la Sarthe — où se déroulait l’action lui avait envoyé l’ouvrage avec l’objectif de soutenir la parution. Une réunion avait été organisée.

Bruno Le Maire ne nous parlait pas ; il s’adressait à lui-même. Et comme je l’ai écrit, dès qu’une phrase le séduisait, il la répétait au moins trois fois.
Pour écrire le roman, j’avais demandé à la section de la FNSEA de la Sarthe de me mettre entre les mains d’agriculteurs, pour qu’ils me conseillent et m’évitent de commettre des erreurs. Or, rapidement, nous avons pu nous apercevoir, lors de l’entretien, que le ministre ne connaissait rien, ou du moins si peu, de la vie et des difficultés professionnelles des agriculteurs. Il parlait à s’étourdir. Je voyais le visage du représentant de la Fédération qui ne cessait de blêmir.

Bruno Le Maire est né dans la bourgeoisie catholique. Son père finira sa carrière chez Total comme secrétaire général. Sa mère dirigera différents établissements scolaires catholiques comme cela a déjà été dit, où le jeune Bruno Le Maire fera toute sa scolarité.
Le parcours scolaire et universitaire est éblouissant. Dire le contraire serait une infamie.
École normale en 1989 section lettres. Licence d’allemand. Maîtrise de lettres. Il est reçu 1er à l’agrégation de lettres modernes. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, Section Service public. Il intègre l’École nationale d’administration — ENA — d’où il sort 20e.  Mais en dépit d’une tête bien pleine d’humanités, comme nous avons pu le constater, il savait peu de choses de la vie d’un agriculteur.

La carrière politique sera aussi éblouissante. Député, directeur de cabinet, secrétaire d’État, ministre, etc.
Ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale, le 11 octobre 2022, pendant les questions au Gouvernement, et dont le sujet était la désindustrialisation de la France, est d’une gravité insondable. Songez qu’un député fasciste, un trublion de province, un individu vagissant encore dans sa tourbe a osé ; oui, osé traiter Bruno Le Maire de lâche. La statue du ministre de l’Économie en a été ébranlée. Elle a vacillé sur son socle. De plus, l’incorrect a eu l’impertinence de rappeler ceci : « Quand cesserez-vous de trahir les intérêts de la France. Vous avez travaillé il fut un temps pour Dominique de Villepin, qui avait dénoncé la lâcheté de ceux qui refusent de défendre les intérêts de la France, aujourd’hui, le lâche, c’est vous ! » Le député RN lui reprochait de favoriser le rachat par un groupe américain (Heico) de l’entreprise d’électronique française Exxelia qui produit des composants passifs complexes indispensables à tous les appareillages électroniques.

L’immense Bruno Le Maire est descendu dans l’arène. Micro en main tout en postillonnant, il assura l’Assemblée, les Français, le monde qu’il n’avait jamais cessé de se préoccuper du sort des Français. Tous les engagements politiques qui ont été les siens en portent la preuve. « De la politique au service de la France et des Français. » De Gaulle n’aurait pas pu faire une telle déclaration. Depuis sa sortie de l’ENA, le parcours de Bruno Le Maire est marqué en permanence du souci qu’il a de sa carrière. Ouvrir la bonne porte qui va le conduire vers la lumière du pouvoir. Pour lui et pour beaucoup d’autres de son espèce, ce type d’action montre le souci permanent qu’ils ont des Français. Car, voyons : s’ils n’accédaient pas aux hautes responsabilités, comment pourraient-ils venir en aide aux Français ? Logique, non !

En dehors du fait que la grandeur de Bruno Le Maire a été frappée en plein visage, que son intérêt permanent en faveur des Français a pu être mis en doute, la gravité est ailleurs. Lisez tranquillement ce qui suit.
Bruno Le Maire a l’intention de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Une voix intérieure l’a dernièrement interpellée en ces termes : « Votre grandeur. Regardez autour de vous. Si un Hollande a pu se présenter et être élu, si Macron a pu être élu deux fois, vous pouvez l’être à votre tour. »
Alors, me direz-vous, quel rapport avec l’accrochage du député fasciste ? Et si… Et si, c’est grave. Dès qu’il annoncera sa candidature à la présidentielle, l’algarade repassera en boucle. Pas bon ça pour l’immense Bruno Le Maire !

Gardez cela en mémoire. Et souvenez-vous-en dans cinq ans.

Raphaël Delpard

 

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1 Commentaire

  1. si il avait fréquenté une école d’une autre confession, ce détail eut il été mentionné?

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