En appelant au vote blanc, Michel Onfray a tort : il faut appeler à l’abstention

L’évolution politique de Michel Onfray est des plus intéressantes. Il est passé, en moins deux années, par deux ruptures spectaculaires. Il a d’abord quitté NPA, exaspéré par le sectarisme gauchiste qu’il y a rencontré. Il a ensuite rompu de manière spectaculaire avec Parti de gauche, et Jean-Luc Mélenchon, ne supportant pas le complaisance du candidat de Front de gauche pour les dictatures cubaines et chinoises, et son parti pris anti-catholique et pro-islam. Il a noué un contact intellectuel des plus intéressants avec Éric Zemmour, et il n’hésite pas à renvoyer Robespierre dans le camp des pires totalitaires. Dans son dernier ouvrage sur Camus, il a cloué au pilori les icônes Sartre-Beauvoir, et leur fascination pour les dictatures, montrant une audace libertaire qui doit désespérer Billancourt.

Cet esprit libre, sincèrement de gauche, a annoncé depuis longtemps qu’il ne choisirait pas entre Hollande et Sarkozy, et qu’il se refusait à départager un libéral de gauche et un libéral de droite. L’objet de l’article n’est pas de juger s’il a raison ou tort de ne pas choisir, et si l’un est un moindre mal par rapport à l’autre. Si nous étions taquins, nous dirions que son choix de voter blanc est le même que celui des dirigeants du Front national Marine Le Pen, Louis Aliot ou Florian Philippot.

Simplement, en appelant au vote blanc, Michel Onfray et tous ceux qui se préparent à mettre un bulletin Marine dans l’urne, ou un bulletin blanc, ou un bulletin ni Sarkozy halal, ni Hollande akbar, tombent dans le piège de la démocratie. Supposons que, outre les 18 % d’électeurs de Marine Le Pen, 7 % d’électeurs comme Michel Onfray fassent de même. Que diront les commentateurs ? Ils n’en parleront absolument pas, et diront donc que Hollande ou Sarkozy ont été élus par 80 % de votants.

Alors que Onfray et les électeurs de Marine Le Pen restent chez eux, l’événement serait une chute spectaculaire des votants, et un message terrible pour le système. Dans ce cas, les journalistes seraient obligés de dire que seulement 55 % des électeurs se sont déplacés pour choisir la peste contre le choléra. Et ce serait l’événement.

Scepticisme ? Qui sait que le 5 mai 2002, 1,5 million de citoyens ont refusé de choisir entre Le Pen père ou Chirac, soit 5 % du corps électoral ? Personne. Ce qu’ont retenu les médias est que le nouveau président a été élu avec 82 %, et une participation de 79,7 % de votants.

Alors, Michel Onfray et tous les abstentionnistes, si vous refusez de choisir entre le bonimenteur et l’imposteur, ne vous déplacez surtout pas, restez chez vous !

Jeanne Bourdillon

« NOTRE ENNEMI C’EST NOTRE MAITRE » –

Voter blanc n’est pas s’abstenir, c’est dire son accord avec le jeu démocratique des élections, (même si l’on sait que la politique ne s’y réduit pas toute entière…) et, dans ce cadre, faire savoir qu’on ne souhaite pas porter ses suffrages sur l’un des deux candidats présents au second tour. Le socialiste libertaire que je suis ne saurait voter pour un libéral sous prétexte qu’il faudrait choisir entre deux modalités du libéralisme, voire entre deux libéralismes semblables portés par deux personnalités différentes.

Dans la configuration actuelle, et sur ce sujet de l’Europe libérale comme horizon indépassable de la politique nationale, Nicolas Sarkozy et François Hollande sont bonnet blanc et blanc bonnet : les deux hommes défendent depuis presque vingt ans les mêmes fondamentaux qui nous ont conduit là où nous sommes.

J’ai décidé de ne plus jamais voter pour un libéral qui fait de l’Europe le fin mot de la politique nationale. On le sait, ceux qui font les frais de l’Europe libérale bureaucratique célébrée par François Mitterrand et le Parti Socialiste depuis trente ans, sont les classes les plus modestes – qui, nous dit la sociologie politique, constitue le gros des troupes engagées derrière Marine Le Pen.

Pour autant, les opposants au libéralisme sont trop souvent des opposants aux libertés démocratiques. Pas plus que je ne souhaite porter mon suffrage sur un candidat libéral, je ne souhaite voter pour un antilibéral qui n’aimerait pas les libertés démocratiques fondamentales. Je tiens les gens qui citent Brasillach ou Robespierre, deux intellectuels liberticides, pour des personnes auxquelles je n’accorderai pas mon suffrage non plus.

Je ne soutiens pas ceux  qui ont des indignations sélectives et qui, fort justement, critiquent les uns qui ne sont pas démocrates, mais pour en soutenir d’autres, leurs adversaires, qui ne sont pas plus démocrates ! Je ne souhaite pas choisir entre la politique coloniale israélienne et le terrorisme théocratique palestinien, je ne veux pas choisir entre l’impérialisme américain et la dictature cubaine, pas plus que jadis je n’aurais choisi entre l’Union Soviétique de Staline et le Reich d’Hitler : je prends le parti de la liberté libertaire et non de la liberté autoritaire… Je refuse l’enfermement dans une pensée binaire qui contraint au manichéisme et interdit donc de penser. S’il m’avait fallu en leurs temps choisir entre Sartre et Aron, j’aurai choisi… Camus ! Ni la liberté sartrienne justifiant le goulag, ni la liberté aronienne justifiant Hiroshima, mais la liberté camusienne, la seule qui ne fasse pas fi des peuples dont Sartre et Aron finissent toujours par justifier qu’on les saigne un peu…

Voter blanc, c’est dire non au libéralisme, dire non aux antilibéraux qui n’aiment pas la liberté, et c’est dire oui au jeu électoral en sachant qu’en dehors de ces consultations, la politique peut se faire autrement : je crois à l’anarcho-syndicalisme, aux formules proudhoniennes alternatives à l’économie libérale comme la mutualisation, la coopérative, l’autogestion. Rappelons nous ces idées justes : « Il n’est pas de sauveurs suprêmes / ni Dieu, ni César, ni Tribun » et puis ceci « Notre ennemi c’est notre maître / voilà le mot d’ordre éternel ». Elles se trouvent aussi dans L’Internationale

Michel Onfray – 27 avril 2012

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