En ce qui concerne l’islam, Voltaire a trois siècles d’avance sur nous !

Nous aurons tout fait pour que l’islam s’intègre à la République. Nous aurons même décidé de ne pas nous focaliser sur l’intégration, autrement dit de ne pas faire de l’esprit laïque et républicain l’unique modèle intégrationniste : vouloir intégrer les immigrés de culture islamique sans tenir compte de l’importance que l’islam revêt pour eux serait notre pire erreur. Et quelle erreur ! C’est elle qui nous met à distance de l’idéal multiculturaliste.

En effet, la différence culturelle produit le multiculturel, dont les richesses, essentiellement fondées sur « l’autre », relèvent d’un ordre transcendant, chacun étant l’autre de l’autre. Ainsi, les immigrés non intégrés deviennent des constructions culturelles à part entière. Chemin faisant, la fameuse « mixité sociale » acquiert ses lettres de noblesse par l’expression des convictions politiques, morales, religieuses – ou oppositionnelles ! – de chacun. Le multiculturalisme est en marche, certes, mais il est explosif. La preuve en est qu’on doit sans cesse former des imams afin que leur enseignement soit respectueux des lois de la République – ce qui est un bien.

Mais c’est un bien qui cache un mal, car s’il faut les former, c’est que l’islam n’est pas conforme à la République ! D’où cette idée d’« islam modéré », qui ne modère rien, puisqu’en décidant de bâtir un « islam modéré », on donne libre cours aux politiques « ciblées » (c’est-à-dire pro-islamiques) et « volontaristes » (c’est-à-dire axées sur ce que nous appelons  les « économies solidaires »).

Pour sortir de ce piège, on ne cesse de créer des associations sportives à des fins intégrationnistes non avouées, ou encore des collectifs basés sur les rencontres interculturelles, et ce pour les mêmes motifs. On encourage même les entreprises à s’installer dans les banlieues !

Ce n’est pourtant pas ainsi qu’on touchera le cœur du problème, car ce problème est fondamentalement religieux. Or, la religion commande ! Ses commandements sont imprescriptibles et inaliénables. Il en va donc de la religion comme des droits de la conscience, qui fondent ceux de la personne.

Que peut-on contre celui qui vit selon sa conscience ? Que peut-on contre une conscience qui, au nom de l’idée qu’elle se fait de la personne, agit contre la République ? « Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? »(1).

De cela, personne ne dit mot. Pourquoi ? Parce qu’il s’agirait de l’islam ?

Maurice Vidal

(1) Voltaire, Dictionnaire philosophique, article « Fanatisme ».

image_pdfimage_print