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En censurant Courbet, Facebook a confondu art et pornographie

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http://www.lefigaro.fr/culture/2018/01/30/03004-20180130ARTFIG00160-facebook-juge-en-france-jeudi-pour-avoir-censure-le-tableau-l-origine-du-monde.php

Après des années de procédures pour éviter de tomber dans les filets de la justice française, Facebook va finalement comparaître devant les juges, pour avoir supprimé le compte d’un internaute qui avait publié une reproduction du célèbre tableau de Gustave Courbet, “L’Origine du monde”.

J’ai toujours aimé ce tableau pour son remarquable réalisme et surtout pour ce qu’il exprime, à savoir célébrer la beauté naturelle de la femme, tout en évoquant l’éternel désir que celle-ci suscite chez l’homme.

Malgré sa crudité absolue, cette peinture frontale d’un sexe féminin ne m’a jamais paru choquante. Je la trouve au contraire fascinante.

Quant au titre, il est impossible de trouver mieux…

Je me souviens d’un dîner entre amis, au cours duquel la conversation avait glissé sur les expositions de peinture du moment, pour aboutir à Courbet, dont le sulfureux tableau venait d’être exposé au musée d’Orsay.

Faisant part de mon admiration pour cette oeuvre magnifique, je sentis une certaine réprobation parmi les femmes présentes, l’une d’elles avouant franchement son dégoût pour cette peinture qu’elle jugeait vulgaire.

D’abord très surpris, ayant presque l’impression de passer pour un obsédé aux idées salaces, je me ressaisis et finis par répliquer à cette femme puritaine et austère :

“Ne soyons pas hypocrites et acceptons les lois de la nature. Les femmes n’ont jamais fait d’enfant en croisant les jambes”. Touchée, coulée…

Difficile de me contredire après une telle évidence, le sujet fut clos.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, l’hypocrisie qui a entouré ce tableau depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui, où Facebook, au nom d’une morale plus que discutable, interdit toute nudité que pourraient publier les internautes.

En effet, Facebook confond œuvre d’art et pornographie et exerce une censure injustifiée, dès lors qu’une œuvre est exposée dans un musée.

Censurer un tel chef-d’œuvre, c’est mettre la morale puritaine des hommes au dessus des lois incontournables de la nature. C’est donc grotesque.

Comme le dit l’avocat du plaignant qui assigne Facebook en justice, “le tableau de Gustave Courbet est une œuvre majeure qui fait partie du patrimoine culturel français”.

Et si ce tableau expose la nudité interdite par Facebook, “il s’agit à l’évidence d’une représentation magnifiée, sublimée, par le talent de l’artiste”.

On ne saurait mieux dire. “L’Origine du monde” est un chef-d’œuvre.

Ce tableau, peint pour un diplomate turco-égyptien en 1866, avait choqué la bourgeoisie de l’époque. 

On baignait déjà dans l’hypocrisie la plus totale, puisque la renommée des bordels parisiens et des courtisanes du 19ème siècle avait largement franchi nos frontières.

Le tableau de Courbet, jugé provocant, “œuvre sulfureuse ou tableau dégénéré”, n’eut donc aucun mal à figurer parmi les plus grands scandales de l’art pendant plus d’un siècle.

“Le mont de Vénus en majesté” passa ainsi dans la clandestinité.

Après des années de ventes et reventes sous le manteau, ce n’est qu’en 1993 qu’il entra dans les collections publiques pour finir au musée d’Orsay en 1995.

Mais une énigme demeure. Personne ne sait qui fut la mystérieuse femme qui servit de modèle.

Connu pour sa veine libertine, on imagine que Courbet n’a pas dû manquer de candidates pour exposer leur trésor intime aux talents de l’artiste…

Cela dit, le mont de Vénus de cette belle inconnue, n’a pas fini de fasciner les amateurs d’art.

Jacques Guillemain