En colère, un téléfilm courageux et extraordinaire

Le vendredi 1er février, Arte a diffusé un téléfilm « En colère »qui m’a laissée abasourdie ! Ce téléfilm allemand a obtenu le Fipa d’argent et la médaille d’or. Quel talent ce réalisateur, Zà¼li Aladag ! L’histoire se passe en Allemagne. Félix est un adolescent solitaire. Ses parents ont belle maison, piscine, et vie aisée : le père est prof à l’Université, la mère vend des villas. Les parents ont une vie banale, en fait, même si le mari a une maîtresse et la femme un amant.Le fils n’est pas dupe de cette hypocrisie bourgeoise. Félix est bien seul pour affronter son problème, qui a nom « Can ». Il est harcelé par ce jeune turc, véritable caïd et chef de bande, trafiquant de drogue , qui le harcèle sur le chemin de l’école, le menace, le rackette et le dépouille. Un jour, Félix rentre sans ses chaussures ! Simon, le père de Félix, décide de réagir : il va rendre visite au père turc.  » J’élève bien mes enfants ! Quoi ? les chaussures ? Il ira vous les rapporter  » Il frappe son fils, et c’est Simon qui l’arrête. Le caïd humilié devra s’exécuter. Mais face à la famille de Félix, riche, belle maison et piscine, il insulte, menace : » C’est toi qui as un problème ! dit-il à Simon . T’es qu’une tarlouze, t’es pas un homme  » Can va rentrer de plus en plus dans la maison de Félix, qui, apeuré ne peut que céder. Can s’impose dans la maison, il initie Félix à la drogue et lui en vend.Le père fait courageusement face à la bande, après avoir surpris le trafic dont son fils est l’objet . C’est assez poignant de voir la naïveté de ce prof, qui croit que les mots, la raison peuvent arrêter la violence ! Il est roué de coups . Et Can devient de plus en plus exigeant et violent Ce fils d’Anatolie, élevé dans les codes religieux ancestraux n’a que mépris pour ce père qui parle mais n’agit pas . » Tu n’as pas d’honneur !  » lui dit-il. Can va même jusqu’à poursuivre le professeur à l’université ! l’insultant devant les étudiants, révélant la liaison de Simon avec sa maîtresse, qui est dans l’amphi. Le professeur perd son calme et lui crie :  » Primitif ! connard de Turc !  » Can réplique en insultant toute l’assemblée « sales bouffeurs de porcs ! fachos !  » Le père n’a plus qu’une solution : il va demander de l’aide à l’ami de la famille ( et amant de sa femme) qui se moque un peu : « Tiens, tiens , autrefois, tu m’aurais fait tout ton prêchi-prêcha » ( que l’on connaît, nous, les pauvres immigrés victimes du racisme en Allemagne, en France etc.) Cette fois, c’est Can qui reçoit une bonne raclée.

Orange mécanique

Can sait très bien qui est le vengeur, il ne va pas s’attaquer à lui, mais à la famille de Félix : la scène finale, c’est Orange mécanique ! Can bâillonne, frappe, menace de viol, avec un florilège d’insultes racistes exprimant une haine incroyable, mêlée d’envie :  » Je veux que tu me donnes tout !  » Simon cède  » je te donnerai tout, mais laisse ma famille » –  » Prends ce révolver ! » hurle Can et » tire-toi une balle dans la tête ! » C’est une ultime humiliation pour Simon qui appuie sur la détente , le révolver n’est pas chargé. C’en est trop pour Simon, son courage est galvanisé par une colère qui le propulse sur le voyou , il le pousse vers la piscine et l’irréparable a lieu ! Simon s’est définitivement libéré de ce voyou. A quel prix ?

Prise de conscience et polémique

Le téléfilm a provoqué un grand choc et une polémique en Allemagne. Je voudrais qu’un cinéaste français ose enfin ! sortir de la langue de bois, et adopte le parler vrai pour aborder les problèmes d’intégration des immigrés . Sans tabou . Sans l’hypocrisie du prêchi-prêcha . Car il y a , en France , des garçons, des filles qui connaissent les mêmes problèmes que Félix ! et subissent la loi de caïds de banlieue qui les harcèlent, les rackettent , les menacent. Et qui continuent, ensuite, d’exercer leur loi sur le quartier . En lisant la critique du Monde ( sur la page télé) je me rends compte qu’il y a encore beaucoup de « prêchi-prêcheurs » : ainsi l’auteur de l’article est plein de reproches envers Simon qui aurait  » perdu son âme « . Mais qu’aurait-il dû faire ? Laisser le jeune caïd continuer à torturer son fils ? sa famille ?
Mireille Popelin

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