En Espagne, lorsqu’un train déraille, on ne caillasse pas les secouristes, on ne dépouille pas les victimes

Publié le 26 juillet 2013 - par - 2 270 vues
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En Espagne, lorsque un train déraille, les autorités déclenchent immédiatement une enquête, affirmant que la cause de la catastrophe, même si elle parait claire, n’est encore qu’une supposition.

En France, lorsque un train déraille, les autorités déclarent d’emblée qu’elles ont des certitudes sur l’origine du drame, que l’enquête viendra en son temps et que, partant, les curieux sont invités à se disperser et le peuple à retourner à ses besognes coutumières.

En Espagne, lorsque un train déraille, les journalistes font dans l’instant qui suit le travail qui leur est propre : décrire les faits et interroger les gens.

En France, lorsque un train déraille, la presse semble n’avoir pour premier objectif que le relais fidèle de la parole officielle, jusqu’à la négation de ce qu’elle est censée représenter pour la simple information du public.

En Espagne, lorsque un train déraille, les citoyens se précipitent vers les camions de don du sang pour offrir à leurs semblables la survie immédiate.

En France, lorsque un train déraille, des témoins ricanants observent les agonies en pensant à la chaleur qui va les pousser vers les terrasses où l’on se gave de coca halal et autres saletés à faire des obèses.

En Espagne, lorsque un train déraille, les valides se précipitent vers les victimes pour leur porter assistance, prodiguer les premiers soins, tenir sur un fil des vies qui s’en vont entre leurs mains, sous leurs lèvres.

En France, lorsque un train déraille, des bêtes sauvages surgies d’improbables jungles se ruent sur les mourants pour les débarrasser de ce qui peut éventuellement se monnayer au marché aux voleurs.

En Espagne, lorsque un train déraille, les sauveteurs accourus sont immédiatement épaulés par une armée de bénévoles.

En France, lorsque un train déraille, les mêmes sauveteurs sont accueillis à coups de pierre pendant que meurent ceux qu’ils tentent d’approcher pour les sauver.

En Espagne, lorsque un train déraille, la compassion réunit autour du carnage ceux qui veulent en faire plus, aider par la prière, le don, la parole, la présence ; le roi à la hauteur du manant, le prêtre à celui de l’athée.

En France, lorsque un train déraille, des pantins déplorables maquillés pour le 20h, mâchoires serrées, verbe haut, viennent affirmer des choses que l’on est sommé d’avaler comme on le fait d’une purge.

En Espagne, lorsque un train déraille,le deuil national est décrété.

En France, lorsque un train déraille, on s’inquiète pour les premières sorties du PSG.

En Espagne, lorsque un train a déraillé, on saura bientôt le comment, le pourquoi, enfin, tout.

En France, lorsque un train a déraillé, il faudra des semaines, des mois, pour que paraisse, frêle floraison que le moindre souffle pourra briser, la vérité, et encore, parcellaire, malaxée de l’état de boule à celui de crèpe étale, comme une pâte à pizza.

En Espagne, lorsqu’un train a déraillé, l’honneur des gens est dans la fraternité avant toute chose.

En France, lorsque un train a déraillé, il est dans la boue du secret, de la dissimulation, de la manoeuvre politique et du mensonge.

En Espagne, lorsque un train déraille, l’unité du peuple se fait d’instinct autour du charnier et l’on nomme cela civilisation.

En France, lorsque un train déraille, les failles se creusent au fond desquelles s’écrasent les sentiments humains les plus basiques et l’on nomme cela barbarie.

Alain Dubos

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