En France, avec ou sans ZSP, le flot des crimes et délits est devenu incontrôlable

Publié le 3 septembre 2013 - par - 2 778 vues
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L’affaire a évidemment fait le buzz du dimanche. A Marseille, une fusillade éclate à 7 heures du matin devant l’Opéra, suite semble-t-il à une altercation dans un cabaret de nuit.

http://www.laprovence.com/article/actualites/2511156/marseille-le-differend-entre-deux-bandes-se-regle-a-coups-de-feu.html

34 impacts de balles : 22 de kalachnikov et 12 de pistolet automatique 9 mm sont relevés depuis la rue Corneille jusqu’à la rue Molière, un blessé gît devant les grilles de l’Opéra, ce qui laisse à penser que les tireurs ont arrosé largement, visant des personnes qui prenaient la fuite. Le procureur évoque même la possibilité de « victimes collatérales » parmi les trois blessés dont un grièvement. On a évité de peu un carnage mortel.

Évidemment, le ministre de l’Intérieur est interpellé sur cette affaire lors de son interview à I-Télé, Europe 1 et Le Monde.

http://www.itele.fr/magazines/grand-rendez-vous-politique-darmon/manuel-valls-il-faut-porter-un-coup-darret-au-regime-de-bachar-al-assad-53722

Hélas, la question de la sécurité n’intervient qu’en fin d’émission. L’un des journalistes interpelle le ministre : « De nouveau une fusillade à Marseille. Est-ce que vous allez y retourner ? Et je voudrais avoir confirmation ou pas des chiffres donnés par Brice Hortefeux qui dit (…) » et le journaliste de citer des chiffres d’augmentation de la violence en juillet.

Malgré plusieurs interruptions et relances de la part de ses interlocuteurs, Manuel Valls se contente comme à son habitude de réciter ses phrases prêt-à-porter pour tenter de dévier le débat :
– Il ne parle pas de la fusillade à Marseille. Il ne répond pas à la question s’il allait y retourner.
– Il n’infirme ni ne confirme les chiffres de Brice Hortefeux alors qu’on lui a demandé explicitement de le faire. Il botte en touche en laissant entendre qu’Hortefeux est un menteur.
– Il tape sur l’augmentation de la violence sous la droite.
– Il détourne la conversation sur les ZSP (Zones de sécurité prioritaire) où il prétend que l’insécurité « baisse » sans pour autant citer de chiffres.
– Il ramène toute la délinquance marseillaise au trafic de drogue, alors que ce que vivent les Marseillais au quotidien, ce sont les agressions, les braquages, les cambriolages, les vols à l’arraché, etc. sans rapport avec la drogue et bien souvent en dehors des ZSP.

Bref, de l’enfumage classique qui provoque manifestement l’exaspération de Jean-Pierre Elkabbach et de ses confrères.

marseille-opéra

Donc selon le ministre de l’intérieur, les ZSP feraient baisser la délinquance. Mais qu’en est-il au centre de Marseille, théâtre de trois crimes récents, tous dans le 1er arrondissement ?
– Jérémie Labrousse égorgé boulevard d’Athènes.
– Jordan Nze poignardé à mort cours Jean-Ballard.
– Et cette fusillade de dimanche devant l’Opéra.

Rappelons que Jean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille et Eugène Caselli, président PS de la métropole, avaient tous deux demandé que tout Marseille soit classée en ZSP.

J’ai donc voulu vérifier si le 1er arrondissement était visé par une ZSP. Et j’ai trouvé ceci :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_de_s%C3%A9curit%C3%A9_prioritaire

– Première vague de ZSP : Marseille (Quartiers nord : 3e, 13e, 14e, 15e et 16e arrondissements)
– Deuxième vague de ZSP : Marseille (8e, 9e, 10e, 11e et 12e arrondissements), ce qui correspond à des quartiers sud.

Donc on voit que le 1er arrondissement (qui compte pourtant plusieurs zones fortement délictuelles et criminelles) n’est pas classé en ZSP, et que 10 arrondissements sur 16 sont touchés par les ZSP. Dont le 8ème, pourtant le plus cossu de Marseille et où il n’y a guère de « cités » criminogènes.

Est-ce que l’intégralité d’un arrondissement cité est en ZSP ou seulement certaines parties ? Pour en avoir le cœur net, je télécharge le document PDF du ministère de l’Intérieur proposé ici :

http://www.interieur.gouv.fr/fr/Presse/Dossiers-de-presse/Creation-de-49-nouvelles-Zones-de-Securite-Prioritaires-ZSP

Il y a des descriptions pour chaque ZSP de la seconde vague. Pour les « quartiers sud » de Marseille, on apprend que « le secteur regroupe certaines cités sensibles des 8ème, 9ème, 10ème et 11ème arrondissements ». Le document précise : « La délinquance des quartiers sud de Marseille est essentiellement caractérisée par le développement de l’économie souterraine, notamment des trafics de stupéfiants. On y observe également des phénomènes de bandes, qui se traduisent par des occupations agressives de la voie publique et des parties privatives des immeubles et, parfois, des règlements de compte entre bandes rivales. »

Donc une ZSP ne concerne pas un arrondissement entier, mais seulement « certaines cités sensibles ». Et c’est confirmé dans cette réponse de Manuel Valls à Jean-Claude Gaudin et Eugène Caselli :

http://www.interieur.gouv.fr/Presse/Les-communiques/Clarification-sur-les-ZSP-a-Marseille

« Enfin, deux zones de sécurité prioritaires ont été créées dans les quartiers Nord et Sud. Ces deux ZSP correspondent à une surface de 184 km² et à une population de 481 000 habitants sur les 860 000 que compte la ville. Dans ces deux ZSP, regroupant environ 80 cités, une nouvelle stratégie d’approche globale a été mise en place permettant la reconquête des territoires. »

Donc nous comprenons qu’« une » ZSP n’a pas de continuité territoriale. C’est une peau de panthère : dans un arrondissement, certaines « cités » sont en ZSP, d’autres quartiers ne le sont pas. Et à Marseille, 56% des habitants vivent en ZSP.

Ainsi, les ZSP visent non pas des quartiers, mais des « cités » qualifiées pudiquement de « sensibles ». Dans le communiqué, il est précisé quel critère est retenu pour classer un « territoire » en ZSP : « Les ZSP sont des dispositifs ciblés qui visent à agir sur des territoires qui présentent une criminalité durablement enracinée. Ils n’ont pas vocation à être étendus sur l’ensemble d’une grande ville comme Marseille. »

Il n’y a pas de « cités sensibles » à proprement parler dans le 1er arrondissement, juste des quartiers entiers d’immeubles anciens tout aussi « sensibles » que certaines « cités ». Voilà sans doute pourquoi il n’y a pas de ZSP dans le 1er arrondissement même si on s’y fait voler, braquer, agresser, poignarder ou tirer dessus à tout va. Sans compter que les délinquants et les criminels peuvent venir d’autres quartiers pour passer du bon temps, y détrousser les gens, « régler des comptes », etc.

zsp

Mais dans sa réponse à Gaudin et Caselli, le ministre de l’Intérieur nous rassure : « Toute la ville de Marseille est couverte par des dispositifs de sécurité publique adaptés et complémentaires. Ainsi, dans l’hyper centre, des unités telles que des brigades VTT fortes de 49 fonctionnaires ou encore une unité motocycliste renforcée de 30 motards supplémentaires patrouillent quotidiennement et contribuent à endiguer durablement la délinquance. »

49 + 30 = 79 policiers patrouilleurs pour l’« hyper centre ». Mais combien sont présents sur le terrain en même temps, même avec les 3/8 ? J’ai fait un calcul à la louche : 35 heures de travail par semaine, 6 semaines de congé par an, et je ne compte même pas les récupérations augmentées pour le travail du samedi et du dimanche. Ça ne fait que 10 policiers sur le terrain en même temps (en admettant qu’ils soient à 100% sur le terrain pendant leur temps de travail, qu’ils travaillent autant la nuit que le jour, etc.) Soit un policier pour 4000 habitants ou 18 hectares si on ne compte que le 1er arrondissement. A supposer qu’ils patrouillent par 3 (c’est un minimum par les temps qui courent…), ça fait une patrouille pour un carré de 240 m x 240 m.

Pas étonnant qu’on se fasse braquer, égorger ou canarder à quelques centaines de mètres voire quelques dizaines de mètres du commissariat de Noailles : la probabilité que des policiers dissuadent des délinquants ou des criminels par leur seule présence sur le terrain est quasi nulle.

Et il ne s’agit que du centre de Marseille… On peut imaginer ce que cela donne au niveau de toute la France, où les « faits divers » très sanglants se multiplient. Quelques exemples dans l’actualité dominicale :

« Groix. Un homme attaqué à la machette »

http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Groix.-Un-homme-attaque-a-la-machette_40811-2224704——56121-aud_actu.Htm

« Il lui aurait alors asséné plusieurs coups de poings et de machette. La victime, un homme de 36 ans, a été sérieusement blessée. »

« Coups de couteau dimanche dans le centre-ville de Laval »

http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-Coups-de-couteau-dimanche-dans-le-centre-ville-de-Laval_40771-2217966-pere-pdl_filDMA.Htm

« Un homme, éméché, a donné plusieurs coups de couteau à son rival, le blessant à la mâchoire et au thorax. Ce dernier coup aurait pu être mortel. »

– Toulouse : « Violente rixe devant la gare Matabiau : quatre blessés »

http://www.ladepeche.fr/article/2013/09/02/1699929-violente-rixe-devant-la-gare-quatre-blesses.html

« Un SDF a tenté de le maîtriser et un coup de couteau est parti. Parmi les victimes, certaines souffraient de blessures à la gorge et au visage. »

« Paris : un jeune poignardé dans un bus de nuit. »

http://www.metronews.fr/paris/paris-un-jeune-homme-poignarde-dans-un-bus-de-nuit/mmia!CZFQ8d3GkV2os/

« Un « différend » entre la victime et un groupe de jeunes serait à l’origine de l’altercation, selon une source policière. » Bin voyons…

« Laon : poignardé en pleine rue »

http://www.leparisien.fr/reims-51100/laon-poignarde-en-pleine-rue-02-09-2013-3101093.php

« Selon les premiers éléments de l’enquête, une dispute aurait éclaté avec une de ses connaissances, un homme de 32 ans défavorablement connu de la police. »

« Fusillade dimanche soir à Clamart : un homme grièvement blessé. »

http://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/clamart-un-homme-grievement-blesse-par-balle-au-cours-d-une-fusillade-01-09-2013-3098373.php

« Plusieurs témoins ont évoqué des tirs provenant d’un fusil d’assaut kalachnikov qui pourrait être l’arme utilisée par les deux agresseurs. »

« Un homme tué par balle près de Bordeaux : Carbon-Blanc est sous le choc. »

http://www.sudouest.fr/2013/09/02/une-commune-sous-le-choc-1156282-2809.php

« Une dispute d’abord, puis une violente bagarre ont opposé deux groupes de personnes. Jusqu’à ce que deux coups de feu soient tirés. »

Comme Manuel Valls dit que l’insécurité diminue dans les ZSP, il n’y a qu’à classer l’île de Groix, Laval, la gare de Toulouse, le 14ème arrondissement de Paris, Laon, Clamart et Carbon-Blanc en ZSP !

valls-taubira

Plus sérieusement, il faut constater la réalité : la presse locale nous apprend chaque jour que partout en France, nos compatriotes subissent une délinquance et une hyper violence qui ne fait que s’accroître en nombre et en intensité. Les racailles ne se contentent plus de rester dans leurs « cités sensibles » classées ou non en ZSP, elles vont chercher leurs victimes dans les quartiers auparavant réputés tranquilles, et même dans les petits villages. Pour un oui ou pour un non, on poignarde, on égorge, on défouraille les armes de poing voire les kalachnikovs.

La tâche du ministre de l’Intérieur n’est certes pas aisée, et la droite au pouvoir n’aurait peut-être pas fait mieux. Mais au moins n’aurait-elle pas proposé les incroyables « réformes » judiciaires de l’actuelle Garde des Sceaux, qui n’a comme obsession que de vider les prisons au détriment de la sécurité des Français.

Cependant on peut reprocher à Manuel Valls d’une part de s’être couché face aux diktats de Christiane Taubira, d’autre part d’occulter la vérité sur la délinquance et sur la criminalité. Nous sommes arrivés à un point où les forces de l’ordre n’arriveront plus à endiguer « normalement » le flot des racailles, où les zones de non-droit – c’est-à-dire où on ne peut plus faire régner l’ordre républicain – se multiplient avec ou sans ZSP, et où nos concitoyens se retrouvent de plus en plus vulnérables face aux délinquants et aux criminels.

deligne;marseille

Comme nous le disons de plus en plus souvent à Riposte laïque, il faut des mesures exceptionnelles pour répondre à une situation exceptionnelle. Et nous en avons les moyens légaux. Je ne rappellerai ici que le premier article de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 :

« L’état d’urgence peut être déclaré sur tout ou partie du territoire métropolitain, des départements d’outre-mer, des collectivités d’outre-mer régies par l’article 74 de la Constitution et en Nouvelle-Calédonie, soit en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public, soit en cas d’événements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique. »

Roger Heurtebise

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