En France, Chantal Sebire n'a pas le droit de mourir dignement

Il faut avoir vu le visage de Chantal Sebire, il faut l’avoir entendue parler de sa souffrance, avoir lu sa requête auprès du Tribunal de Grande Instance de Dijon, pour comprendre qu’en France quelque chose doit changer et vite : il faut qu’une loi soit votée pour autoriser la pratique de l’euthanasie.
Cette loi, souhaitée par 80% des français, attendue par la majorité du corps médical, réclamée par l’ADMD (1) qui a soutenu Marie Humbert et le docteur Chaussoy permettrait enfin à des hommes et à des femmes profondément attachés à leur liberté, comme l’est Chantal Sebire, de maîtriser leur vie jusqu’au bout.
Elle éviterait qu’aient lieu des procès scandaleux comme celui attenté en mars 2007 contre une infirmière et un médecin accusés d’avoir aider à mourir une femme de 65 ans en phase terminale de cancer.
« En France, on n’a pas encore la liberté de décider de faire ce que l’on veut de son corps », déclare Bernard Senet. Ce médecin qui a suivi Chantal depuis le début de sa maladie, qui comprend son calvaire, qui l’a accompagnée dans son combat pour supporter d’inévitables souffrances physique et morales, est prêt à l’aider dans sa dernière requête.
Combien de médecins, comme de docteur Senet, revendiquent-ils ainsi le droit d’aider « activement » des personnes à mourir ? Il n’y en a pas beaucoup ou du moins pas assez pour aller au-delà de la loi actuelle dont l’incohérence de certains articles ne peut qu’entretenir la confusion au sein du corps médical et créer une situation ambiguë dans la relation entre le médecin, le malade et sa famille.
Car la loi Léonetti, votée en avril 2005 après l’affaire Humbert, est une espèce d’accommodement, un texte promulgué suite à des débats houleux où la notion d’éthique médicale et la morale religieuse ont pesé un poids non négligeable. Pour ne pas heurter les consciences, des législateurs frileux , incapables de faire face sans hypocrisie au problème complexe du respect de la liberté des patients à vouloir abréger leur vie, ont rédigé un texte de loi qui met en avant des notions floues , comme celle du devoir du médecin de « sauvegarder la dignité du mourant » et qui laissent place à des interprétations de circonstance. Cette loi, jugée insuffisante par les partisans de l’euthanasie mais considérée comme une « avancée » dans la prise en compte de la souffrance des malades en fin de vie ne fait que renforcer le rôle du médecin qui peut décider d’administrer un traitement pour soulager la douleur physique d’un mourant tout en accélérant son décès, ce qui revient à légitimer la pratique masquée de l’ euthanasie.
Promulguée pour lutter avant tout contre l’acharnement thérapeutique, la loi Léonetti autorise les médecins à « laisser mourir » un patient. La plupart du temps, la mort de la personne n’intervient que 30 à
50 jours après la suppression complète de son alimentation. « Nul n’imagine qu’un médecin puisse agir ainsi sans en même temps l’endormir pour lui éviter les souffrances d’une longue agonie », explique Bernard Senet. « Tous les textes que l’on demande aux patients de signer ne sont là que pour la protection juridique du monde médical ».
Que ce soit pratiqué à l’hôpital ou à domicile, l’euthanasie existe bel et bien dans les faits mais l’omerta protège la médecine. Les médecins qui ont le courage de reconnaître leur pratique illégale le font pour faire évoluer la loi et pour mettre un terme aux dérives d’une législation inadaptée.
Les membres du corps médical, les associations comme l’ADMD et les citoyens qui demandent le changement de la loi afin d’autoriser officiellement l’euthanasie le font pour défendre nos libertés individuelles , pour que soit régularisée une situation de fait en contradiction avec la législation actuelle, pour combattre les dérives d’une pratique à ce jour juridiquement incontrôlable, pour que soit instaurée l’égalité en droit pour tous à mourir dignement et par respect pour un idéal républicain qui ne tolère aucune entorse à la loi.
La mort, Chantal Sebire a eu le temps d’y penser, elle a eu le temps d’en parler. Le moment est venu pour elle, pour ses enfants et pour ses proches, de l’affronter en toute quiétude, comme une délivrance. Cet ultime accompagnement, Chantal et les siens en font un dernier acte d’amour. Ils ont décidé de se battre pour que cet acte d’amour soit respecté en tant que tel et reconnu en droit.
Chantal aurait pu rester dans la légalité et faire un autre choix, celui du suicide, acte qui selon les décisions rendues en 1984 par le Tribunal de Grande Instance de Paris « est l’expression d’une volonté jaillie du tréfonds intime d’une personne libre et responsable ».
Il semble étrange que les personnes qui se suicident soient considérées comme plus « responsables » que les malades qui désirent mourir dignement et qui choisissent en toute connaissance de cause de se faire euthanasier pour abréger leurs souffrances. Ceux qui se donnent la mort par pendaison ou en se tailladant les veines n’ont demandé l’accord de personne mais la loi est respectueuse de leur décision. En France on encouragerait donc le suicide!
Pourquoi la loi ne respecterait-elle pas la décision de Chantal qui, pour mettre fin à ses jours, refuse d’utiliser selon ses termes « des moyens violents, barbares, sinistres et dégradants…et qui pourraient traumatiser ses proches »? Pourquoi devrait-elle aller à l’étranger comme l’a fait l’actrice Maïa Simon (2) et comme le faisaient les femmes qui voulaient se faire avorter avant la loi Veil.
Christine Boutin, elle, ne lui accorderait, sans nul doute, pas plus le droit au suicide que le droit à l’euthanasie. Elle a déclaré sur l’antenne de RMC être « scandalisée qu’on puisse envisager de donner la mort à cette femme parce qu’elle souffre et qu’elle est défigurée ». Dans un grand élan de charité chrétienne, elle a demandé que les médecins trouvent au plus vite le médicament miracle qui permettrait à Chantal de vivre son calvaire sans douleur jusqu’à ce que le bon dieu décide qu’elle mérite enfin le repos éternel. Rien d’étonnant de la part d’une ministre qui bafoue la République en brandissant la Bible au parlement et qui prêche avec les intégristes catholiques contre le droit à l’IVG.
Les extrémistes religieux n’aiment pas les esprits et les êtres libres. Les religions, toutes les religions,
n’admettent pas qu’on puisse décider du cours de sa vie sans en référer à Dieu ni qu’on puisse disposer
de sa mort comme bon nous semble.
Si le tribunal de Grande Instance de Dijon donne autorisation au docteur Senet d’euthanasier Chantal selon les termes de sa requête, un verrou aura sauté laissant place à un espoir nouveau pour tous ceux et toutes celles pour qui la vie est une souffrance sans issue.
Christine Boutin nous aura prévenus. Par sa foi de bigote, elle sait ce qui va nous en coûter. « Si ce verrou saute, a-t-elle menacé, nous allons vers une société barbare ». Cherchez l’erreur !
(1) http://www.admd.net/index.htm
(2) http://www.admd.net/pdf/Temoignage%20Maia%20Simon.pdf
Brigitte Bré Bayle

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