En France, dans les cimetières, des veuves sont verbalisées et des mamies se font violer

Le Moribond de Jacques Brel réclamait, à une époque très très lointaine, de son épouse et de ses amis qu’ils festoient sur sa tombe :

« J´veux qu´on rie

J´veux qu´on danse

J´veux qu´on s´amuse comme des fous

J´veux qu´on rie

J´veux qu´on danse

Quand c´est qu´on m´mettra dans l´trou ! »

Oui, mais voilà, les veuves de nos jours n’ont plus le droit d’être joyeuses.

Car il ne fait décidément pas bon s’amuser en temps de récession économique, sous peine de se voir mis à l’amende. C’est ce que Josiane, soixante-quatre printemps, a découvert à ses dépens lorsque, portant un toast au champagne avec quelques proches à la mémoire de son défunt mari selon une promesse passée entre eux, des policiers municipaux ont voulu faire cesser les agissements de ces dangereuses racailles en verbalisant la veuve.

Bafouillant avec confusion un extrait de la loi se rapportant au vandalisme « violation d’une interdiction ou manquement à une obligation édictée par décret ou arrêté de police pour assurer la tranquillité, la sécurité ou la salubrité publique », ils ont réclamé les papiers d’identité des coupables. Sur un malentendu ça peut marcher, comme dirait l’autre.

« Nous ne sommes pas des voyous » s’est défendu Josiane, qui n’a sans doute pas remarqué que depuis un certain temps ne pas être un voyou ne garantissait plus du tout de ne pas avoir de dossier compromettant.

Pendant ce temps-là, des cimetières sont de plus en plus souvent profanés et pillés par ce que David Pujadas appelle sans rire et sans honte des « ferrailleurs ».

Dans un cimetière de Mâcon, ce jeudi, une vieille dame de soixante-dix-sept ans se rendait sur la tombe d’un proche. Elle n’allait pas festoyer avec des biscuits secs, elle n’allait pas non plus perturber la tranquillité, la sécurité ou la salubrité publique, non, elle s’apprêtait juste à déposer son petit bouquet de fleurs, tout simplement. Cette dame s’est fait agresser et violer par un barbare.

Les esprits bien-pensants et bien formatés argueront certainement que cette vieille dame aura « provoqué » son violeur, comme on dit aujourd’hui…

Mais au cimetière de Mâcon, en tout cas, personne n’a été verbalisé.

Caroline Alamachère

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