En France, est-il encore permis d’écrire “Islam dehors” ?

Publié le 21 mars 2011 - par - 2 061 vues

C’est la question à laquelle devra répondre le Tribunal correctionnel de Lyon, devant lequel vont comparaître des personnes, dont un candidat Front National aux cantonnales, suspectes d’avoir écrit sur des murs “Islam dehors”, et dessiné une croix celtique :

http://www.islamenfrance.fr/2011/03/17/maxime-chaussat-taggeur-raciste-et-candidat-du-fn-aux-elections-cantonales-dans-le-rhone/

Il y a deux chefs d’accusation : « provocation à la haine raciale » et « dégradation en réunion sur des bâtiments publics ».

La première de ces incriminations est inquiétante et remet en cause le droit de critiquer les religions et le droit au blasphème. Certes, l’islam est autorisé en France, mais sa critique doit l’être aussi. Et même sa critique grossière.

Notre pays, depuis qu’il est républicain, a toujours admis le droit au blasphème. On pourrait citer quelques blasphèmes anti-catholiques bien gratinés, en particulier, quand l’avortement était interdit, une illustration représentant une femme enceinte crucifiée. La brutalité de cette critique de l’Eglise répondait à la brutalité des religieux, qui interdisaient l’avortement dans tous les cas, même pour les femmes violées ou pour celles dont la grossesse mettait la santé en danger. J’ai connu aussi une Vendéenne (tous les Vendéens ne sont pas calotins) qui ne permettait à son chien de pisser que contre le mur de la cathédrale de Nantes. Les promenades étaient épiques. La pauvre bête tentait de lever la patte, mais ma copine tirait sans pitié sur la laisse et ne lui laissait aucun répit tant qu’on n’était pas arrivés à la cathédrale.

Le droit au blasphème est attaqué sournoisement de toutes parts. A l’international, l’Organisation de la Conférence Islamique fait le siège de l’ONU pour faire interdire ce qu’elle appelle la “diffamation des religions”. Au Pakistan, les abus de la loi sur le blasphème sont tels que même le Vatican la critique ! En Europe, c’est aussi pour blasphème qu’Elisabeth Sabaditsch-Wolf a été condamnée, alors même qu’elle était relaxée des charges initiales d’incitation à la haine. Figurez-vous qu’elle avait osé dire que Mahomet était pédophile :

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/sabaditch-wolff-condamnee-pour-89311

En France même, on voit de plus en plus de procès et d’enquêtes de polices pour des blasphèmes anti-islam, que les autorités déguisent en incitation à la haine raciale

A Dunkerque, une enquête de police a eu lieu pour essayer de trouver ceux qui avaient accroché une tête de cochon à une mosquée. Dans cette affaire, il n’y avait pas de dégradation de bâtiment public ; pas le moindre tag ; juste un accrochage ; et pourtant, les auteurs sont recherchés :

https://ripostelaique.com/A-propos-de-la-tete-de-cochon.html

Même chose à Lyon, où la police recherche ceux qui ont apposé une affichette sur une mosquée. Pas dégradé le bâtiment. Simplement posé une affiche qui disait : “Mosquée clandestine. La France décline” :

https://ripostelaique.com/Lyon-comment-les-responsables.html

On sait peut-être aussi que des gens liés au site Libertyvox ont été interrogés pour un dessin disant “Islam danger” :

http://www.libertyvox.com/img/photos/c69c9eb1d00139f628b72ee3779136cb_2008_12_03_07_30_47/Islam%20Danger.jpg

Il y a enfin bien sur le strasbourgeois Caliméro, appelé au tribunal pour avoir pissé sur un exemplaire du Coran qui lui appartenait. Même si le geste n’est pas du meilleur goût, chacun a le droit de pisser sur ce qui lui appartient.

Il serait temps d’en revenir à la liberté de conscience telle qu’elle était entendue traditionnellement dans notre pays : liberté de pratiquer une religion, certes, mais aussi liberté de critiquer les religions et même de blasphémer.

On ne veut pas revenir au temps où le Chevalier de la Barre était torturé et tué pour avoir peut-être chahuté une procession !

Jeanne Bourdillon

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