En France, Louis XIV est oublié, Mahomet est magnifié

Publié le 29 octobre 2012 - par - 3 126 vues
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En dépit de contextes historiques fort différents, Louis XIV et Mahomet partagent de nombreux points communs.

En effet, la propagande royale, dont Bossuet est le plus illustre porte-parole, affirme que Louis XIV « le roi très chrétien », monarque de droit divin, est le représentant de Dieu sur la Terre et que sa personne est sacrée. Mahomet se présente comme l’envoyé de Dieu, et à ce titre va fonder une théocratie.

Louis XIV guérissant les écrouelles (J. Jouvenet, 1690)

A ce titre, ils sont désignés comme accomplissant des miracles, Louis XIV étant présumé guérisseur des écrouelles, maladie d’origine tuberculeuse, par simple contact, Mahomet étant censé recevoir des messages de Dieu et avoir monté Bouraq, un coursier fantastique venu du paradis, lors de son ascension de Jérusalem au ciel.

Bouraq, sans Mahomet, non représentation de Mahomet oblige

Les deux théocrates n’admettent aucune opposition à leur conception religieuse. Louis XIV fixe les limites du pouvoir du pape en instituant l’Eglise gallicane qui lui permet de prendre le contrôle de l’Église de France. Mahomet se pose en dirigeant exclusif des tribus arabes par l’application des récitations du message d’Allah.

Cet absolutisme religieux conduit Louis XIV à persécuter les jansénistes et les protestants français par les dragonnades à la suite de la révocation de l’édit de Nantes en 1685. Plus de 200 000 huguenots quitteront ainsi la France pour des pays voisins. Mahomet persécute les non-musulmans qui s’opposeraient à sa volonté de domination. Ainsi les tribus juives de Médine sont-elles vaincues et condamnées à l’exil, et même à la mort pour les adultes masculins de la dernière de ces tribus.

Les deux dirigeants se caractérisent par l’absence de démocratie au sein de leur Etat absolutiste. Ils gouvernent en prenant seuls les décisions après consultations des ministres et secrétaires d’État du Conseil du roi pour Louis XIV et des « compagnons » pour Mahomet.

Ce sont les constructeurs d’un Etat totalement centralisé, dans lequel de leur vivant, Louis XIV a fini par mettre fin aux grandes révoltes nobiliaires et paysannes comme Mahomet a mis fin aux guerres tribales arabes.

Louis XIV homme de guerre

Ils ont une âme de guerrier, Louis XIV avouant sur son lit de mort avoir trop aimé la guerre. Ce sont des conquérants aux victoires cependant plus modestes d’un point de vue des expansions territoriales que ceux des Alexandre, Tamerlan ou Gengis Khan. Louis XIV renforce la sécurité du royaume par la stratégie du Pré carré et Mahomet unifie l’Arabie.

armes musulmane

Tous deux sont présentés comme des amants fougueux, Louis XIV ayant eu une quinzaine de maîtresses officielles, Mahomet ayant eu quinze épouses légitimes (seules 11 étant reconnues par la totalité des musulmans). Cela ne les empêchait pas d’avoir d’autres liaisons plus brèves, ces dames et leurs époux étant placés devant le fait accompli. Ibn Khatir cite ainsi 23 esclaves femmes.

Toujours dans cette veine de voir en autrui des objets, ils n’ont pas remis en cause l’esclavage. Louis XIV promulgue même, toujours en 1685, le Code noir qui codifie et légitime l’esclavage dans les colonies. Mahomet envoie en esclavage de nombreux prisonniers de guerre. Seules sont envisagées des possibilités d’affranchissement par le Code noir ou la volonté de Mahomet.

Pourquoi l’établissement d’un tel parallèle entre ces deux célébrités historiques ? L’observation des nombreux  points qui leur sont communs pourrait logiquement nous faire penser que la perception qui doit être faite des deux est semblable. Pourtant ce n’est pas le cas.

Il n’est guère intéressant de demander aujourd’hui aux très jeunes Français ce qu’ils pensent de Louis XIV, puisque l’enseignement qui en est fait depuis 30 ans se résume à sa symbolisation de la monarchie absolue de droit divin, sans plus d’informations complémentaires. Mais qu’en est-il pour tous les Français de plus de 50 ans qui ont bénéficié d’un enseignement plus détaillé du règne de Louis XIV ?

Dans le sens des objectifs visés par l’enseignement de la III° République, ils ont retenu le personnage admiré des monarques étrangers qui voyaient en Louis XIV l’emblème du Grand Siècle, le constructeur d’un Etat français fort, centralisé, garantissant à la France la sécurité de ses frontières avec les 160 places fortes de Vauban. Ils ont vu aussi le mécène des grands écrivains et musiciens, le bâtisseur de Versailles, des Invalides, de places parisiennes, de châteaux résidentiels et du canal du midi entre autres. Aspect dont ne peut se prévaloir Mahomet.

Cela n’empêchait pas les jeunes écoliers français, de percevoir derrière la façade du grand homme, des facettes beaucoup plus négatives, comme le caractère non démocratique de son règne, son intolérance, son orgueil démesuré, son amour de la guerre, son peu de souci du peuple que Louis XIV confessa lui-même sur son lit de mort…

Qu’en advient-il à l’inverse des enfants éduqués dans la culture islamique ? La vision du créateur de l’islam est à sens unique ; tout est magnifié aussi bien en tant que précurseur des futures conquêtes musulmanes à l’origine d’un califat puissant que les aspects les plus sombres du personnage. L’esprit critique est totalement absent. Là où les jeunes esprits occidentaux voyaient des défauts chez Louis XIV, les jeunes esprits musulmans, soumis à un conditionnement exacerbé n’auront appris à voir qu’un « beau modèle ».

Tout ce qui pourrait être saisi comme négatif, va être légitimé ou excusé. La propension mahométane à la guerre disparaît derrière l’excuse d’avoir été à son corps défendant en permanence entraîné à la guerre par les agressions externes. La concupiscence mahométane serait atténuée par l’extraordinaire sens de l’équité dont aurait fait preuve Mahomet envers ses femmes. Quelle consolation ! Et ne parlons pas de l’esclavage, de l’autoritarisme, de l’intolérance du personnage. Tout est justifié par sa magnanimité.

Quand on sait que les raisons implicites ayant conduit à la quasi disparition de l’évocation de Louis XIV dans les programmes scolaires sont l’aversion gauchiste pour tout ce qui pourrait rappeler la grandeur passée de la France, le militarisme, l’autocratie et que cette grandeur doit selon eux être légitimement effacée des mémoires dès lors que ces périodes peuvent être associées à des horreurs pratiquées comme l’esclavage, l’intolérance à l’égard des minorités religieuses , des guerres à connotation impérialiste, on peut être surpris du deux poids, deux mesures pratiqué par la gauche bien-pensante française.

Critiquer et mettre en avant tous les aspects sombres de l’histoire de la France, tout en effaçant de la mémoire nationale des raisons objectives d’être satisfaits de nos ancêtres est en train de devenir un sport national. La conséquence qui se fait déjà sentir en est une déculturation déjà bien entamée et la perte chez nos jeunes d’une identité nationale, ainsi que de la cohésion nationale qui y est liée.

Par contre l’affirmation chez les musulmans d’une identité musulmane trouve un écho favorable parmi le personnel politique et médiatique, qui ne laisse jamais passer l’occasion d’évoquer la religion islamique de paix, de tolérance et d’amour, contre toute vérité historique. Le sentiment identitaire musulman est donc à l’inverse, comme jamais en France, en pleine expansion, bénéficiant de ces courroies de propagation.

La cohérence de nos élites est nulle, elles qui condamnent à l’oubli les qualités de Louis XIV et la grandeur passée de la France, tout en favorisant, par la construction de mosquées et de centres culturels islamiques, la magnification d’un Mahomet, par bien des égards analogues à un Louis XIV.

Revenons rapidement à un plein enseignement de l’histoire de France, dans ses aspects les plus glorieux, comme dans ses aspects les plus sombres, par l’exercice de la critique la plus objective et non pas par l’exercice d’une critique empreinte de culpabilité compassionnelle stérile. Soumettons dans le même temps la geste mahométane à une analyse critique comme celle déjà entreprise par Renan. Il est vrai que c’était le temps de l’optimisme positiviste. Quelle régression intellectuelle depuis !

Jean Pavée

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