En Libye, Erdogan rebat les cartes

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Décidément, les interventions franco-britanniques ont une fâcheuse tendance à mal tourner.

En Libye, c’est Erdogan qui rafle la mise, au grand dam des alliés du général  Haftar, sur lequel la France avait tout misé.

Les plus anciens se souviennent de l’expédition de Suez en 1956, qui se solda par un fiasco.

À peine les parachutistes français et britanniques avaient-ils défait les troupes égyptiennes que Moscou et Washington exigeaient un cessez-le-feu immédiat et leur retrait du Canal.

Cet  ultimatum soviétique, soutenu par Washington, signait la fin de l’influence française au Moyen-Orient.

https://www.herodote.net/6_novembre_1956-evenement-19561106.php

Mais  55 ans plus tard, en 2011, c’est  une nouvelle intervention franco-britannique, cette fois en Libye, qui tourne également  au désastre.

Si, au plan militaire, l’opération fut un succès, Rafale français,  Tornado britanniques et autres appareils de la coalition n’ayant subi aucune perte, au plan politique, le bilan est catastrophique.

Chronologie des événements.

En 2011, en pleine révolution du Printemps arabe, Kadhafi menace d’écraser la rébellion retranchée à Benghazi. La coalition internationale emmenée par Paris et  Londres intervient et évite le massacre.

Mais la révolution se poursuit et Kadhafi est tué le 20 octobre 2011. Le pays sombre dans le chaos, au bénéfice de l’EI qui profite de l’absence d’État pour étendre son influence.

L’ambassadeur des États-Unis, de passage à Benghazi, y laisse la vie, lynché par un groupe jihadiste proche d’Al-Qaïda.

L’ambassade de France est visée par un attentat. Les ambassades se ferment.

Mais en 2014, le général Haftar, soutenu par l’Égypte et les EAU, lance une attaque sur Benghazi pour en chasser les islamistes.

Plusieurs milices et officiers se joignent à lui, l’Armée nationale libyenne est née et la guerre civile se poursuit, avec deux pouvoirs rivaux, l’un à Tripoli, l’autre à Benghazi.

Cette guerre oppose le Gouvernement d’union nationale de Tripoli, reconnu par l’Onu et dominé par les Frères musulmans, à l’Armée nationale libyenne (ANL) du général Haftar, soutenu par l’Égypte, les Émirats arabes unis et la Russie. Plus discrètement, Haftar a aussi le soutien des États-Unis et de la France.

Khalifa Haftar se pose en rempart  contre les forces jihadistes qui sévissent au sud du pays et promet de démanteler le trafic de migrants qui envahissent l’Europe. Pour Paris, c’est  l’homme qu’il nous faut.

Malheureusement, après une avancée rapide, l’offensive de l’ANL sur Tripoli s’est enlisée depuis des mois, Haftar n’ayant pas réussi à unir les groupes d’opposition contre le régime en place.

Et de son côté, Tripoli a obtenu le soutien aussi massif qu’inattendu de la Turquie.

Le sultan d’Ankara a en effet envoyé ses milices turkmènes et arabes sur le front libyen, renversant la donne et sauvant le régime aux abois.

Haftar contrôle les 4/5 du pays, nous rappelle le géopolitologue Marc Lavergne, mais il a échoué à s’emparer de la capitale. Le soutien aérien des Mig et des Sukkoi envoyés par Poutine n’a pas suffi.

C’est donc Erdogan qui rafle la mise et qui lorgne sur le pétrole libyen, en réclamant à Tripoli une zone économique exclusive.

Parallèlement, le sultan se retrouve en position de force pour exercer son chantage aux migrants sur l’Europe. Installé durablement en Libye, il peut contrôler toutes les routes migratoires vers l’Italie.

Les chemins migratoires en Libye.

Côté russe, c’est un échec pour Poutine qui espérait  élargir son influence en Méditerranée après ses succès en Syrie.

Côté européen, c’est une menace grandissante qui se précise, mais ne comptons pas sur Merkel, qui se désintéresse totalement de la Libye et du Sahel.

Pour la chancelière, élevée dans la très hermétique Allemagne de l’Est, la géopolitique extra-européenne, c’est de l’hébreu.

Il est clair qu’Erdogan affiche une fois de plus sa nostalgie de l’empire ottoman et sa volonté de peser à la fois sur l’Europe et sur le Moyen-Orient.

De son côté, Macron, ayant  tout misé sur Haftar, se retrouve contraint de revoir sa stratégie.

Enlisée au Sahel, toujours désespérément seule, la France comptait sur Haftar pour combattre les milices jihadistes du Tchad et du Niger. Mauvaise pioche à ce jour.

Macron  « exige de la clarté de la part d’Erdogan ». Mais quelle clarté, puisque tout est clair ?  Erdogan a la haine de l’Europe et de l’Occident, rien de bien nouveau.

Il va renforcer son armée en Libye, s’emparer d’une grosse part du gâteau du pétrole libyen et  faire chanter l’Europe. Quelques milliards en plus, pour quelques migrants de moins.

La Turquie n’a ni sa place au sein de l’UE , ni au sein de l’Otan. Mais comme les Occidentaux sont aussi divisés que les tribus gauloises, c’est le sultan d’Ankara qui mène le bal.

Quant à Trump, tout cela n’est pas son problème. Pour lui, dans le chaudron du Moyen-Orient et de l’Afrique, seul Israël mérite son attention.

Ce sont donc de beaux jours que nous promet Erdogan…

À moins que Poutine ne décide de mettre le paquet comme en Syrie…

Jacques Guillemain

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7 Commentaires

  1. c’est bizarre,ce qui se passe actuellement en Libye avec erdogan n’interesse pas les journaleux francais,pas un mot sur ce fait !

  2. Pour regler le probleme en Libye il n’y a qu’un seul grand personnage a la hauteur de la tache a accomplir en la personne de bernard henry lévy (je ne vois personne d’autre) je suis sur qu’il fera le don de sa personne !!!

    • Oui si vous lui versez quelques milliards de dollars pour faire grossir son « Veau d’Or  » !!!

  3. Nos soldats en Afrique pourraient se porter au secours des Russes en Libye. Ils y seraient plus utiles pour affaiblir les islamistes.

  4. La Libye en décomposition avancée . . . . du bon pain pour Erdogan, qui ramasse les miettes sans gros efforts, pendant que l’on regarde ailleurs.
    Il est vrai que nous avons de quoi nous occuper ailleurs que sur ces déserts de sables. Après y avoir foutu la pagaille, bien sur !

  5. Vous soutenez et applaudissez l’agression française contre la Libye de Kadhafi ! HONTE à vous….vous ne valez pas mieux que Sarko, Hollande et Macron …………

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