En Libye, on enferme des noirs dans un zoo : Monsieur Letchimy, vous en dites quoi ?

Publié le 27 février 2012 - par - 1 276 vues
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C’était il n’y a pas bien longtemps, vous devez vous en souvenir encore. Vous avez tonné devant vos collègues députés. Vous étiez indigné. En effet, vous veniez de voir le spectre hideux du nazisme et ses crimes, -que vous vous êtes bien gardé de qualifier-, se profiler derrière l’ombre de l’actuel ministre de l’intérieur.

Vous avez sonné le tocsin !! François Hollande et ses différentes annexes (Mélenchon, Efa Choly, Poutou…), vous ont tapé amicalement sur l’épaule. T’inquiètes, « Letchy », t’es pas tout seul. La bête au ventre fécond ne passera pas.

Son « nazisme » scandaleux, au ministre, il consistait en quoi ?

Il consistait en ce que le ministre avait eu l’impudence de répéter ce qui n’était pourtant qu’une évidence, depuis que l’ancien régime féodal avait été détruit et que la révolution française avait ouvert à l’humanité la voie vers la démocratie politique et l’égalité sociale.

Le « nazisme » scandaleux du ministre consistait à avoir dit autrement, -mais en fait à ne faire que répéter-, ce qui était devenue une banalité depuis que des hommes comme Morgan, suivis par Engels et Marx, avaient inventé l’anthropologie et l’ethnologie.

C’était devenue une évidence, sauf pour les ignares et les superstitieux.

C’était même devenu un lieu commun, depuis qu’Engels avait intégré l’anthropologie, -comme un des instruments de vérification du matérialisme historique-, au compte de la mission civilisatrice de la classe ouvrière. Cette dernière étant invitée à jeter les fondements politiques du socialisme destiné à produire une humanité capable de sortir d’entre des murs édifiés par l’inégalité sociale et les ornières toujours reproduites par des forces productives insuffisamment développées et non-organisées.

L’épigone en chef du défunt co-doctrinaire de la négritude (à ne pas confondre avec le « noirisme racialiste » de Papa Doc François Duvalier et du macoutisme) se livrera, devant les députés, à une colère noire*1. Parlant de civilisations meilleures ou pires, oh l’horrible discours. Oh l’ignoble racisme ! Oh, le nazisme décomplexé…

En d’autres termes, le socialisme des combattants du printemps de Prague n’était ni meilleur, ni supérieur à la dictature bureaucratique des anciens mentors de la petite clique qui dirige plusieurs associations de l’antiracisme dévoyé.

Le motif en était grotesque

Ce serait un crime raciste, et des plus répugnants, que d’avoir dit ce que l’on peut voir tous les jours, que de dire ce que tout historien remontant dans le passé va constater, à savoir : que les voies de l’organisation sociale des humains furent et restent diversifiées ; mais que toutes ces voies ne mènent pas aux mêmes relations apaisées et progressives entre les hommes, entre les femmes et les hommes ; que toutes ces relations ne se valent pas, que certaines s’avèrent être des impasses, des culs de sac parfois tragiques.

Toutes n’étant pas équivalentes, en tant que cause plus ou moins grande d’inégalité ; qu’elles ne sont pas interchangeables, en tant que facteur d’accès, plus ou moins juste, aux richesses sociales produites, et en tant que moyen de produire plus ou moins de richesses sociales.

Ces voies diverses ne sont pas non plus égales, -l’étude du passé et l’observation du présent le montrant-, en tant qu’elles favorisent ou non : l’égalité de tous les humains à une vie plus longue s’améliorant ainsi qu’à l’accès de tous aux soins progressant en intégrant les progrès de la recherche scientifique et le développement des savoirs et des techniques médicales.

On ne cesse de parler de « révolution arabe », et Monsieur le député Letchimy n’est pas le dernier

Monsieur le député Letchimy a la peau qui se hérisse, instantanément, lorsqu’il croit voir, ici où là, une résurgence de l’odieux ordre esclavagiste négrier.

S’il est sincère, je ne saurai que le féliciter. Son émotion et sa colère sont légitimes

Alors monsieur le député, monsieur le successeur et l’héritier de la négritude, ça vous fait quoi ce qui se passe en Libye ? Rien ?!

Vous ne savez pas ce qui s’y passe?

Vous n’avez pas eu connaissance des semaines de pogromes sauvages déchaînés contre les Africains qui faisaient tourner toute la machine libyenne, ses puits de pétrole, ses transports, son nettoyage ; violences contre les Africains qui vidaient ses poubelles et traitaient ses déchets, contre les Africains qui formaient sa police, contre les Africains qui étaient la base de l’armée et la domesticité de toute une société vivant plutôt bien de la rente pétrolière ?

Bref, tout, tout y était fait par des travailleurs noirs africains. C’était comme dans les émirats et dans toutes les principautés assises sur la rente pétrolière. Tout ne fonctionnait que parce que les anciens esclaves noirs avait été remplacés par des prolétaires noirs africains ou par des semi-esclaves d’Afrique subsaharienne et d’Asie, accomplissant tous les gestes humains quotidiens sans lesquels rien ne fonctionne.

Et sur toutes les antennes, et dans tous les médias, et parmi tous les groupes parlementaires, on se gargarise… révolution arabe, révolution arabe, révolution arabe, révolution…

Mais vous, Monsieur le député indigné, mais -vous qui n’existez que parce qu’il y eu le grand Césaire-, vous dîtes et répétez cela, vous aussi ? Vous, ça ne vous fait rien le sort de vos frères africains, raflés et expulsés quotidiennement d’Algérie, pas dans une banlieue parisienne.

Vous, ça ne vous fait rien, ce nouveau scandale de la prétendue révolution arabe, en Libye ?

Vrai, vous n’êtes pas au courant ?

Alors je vais vous dire ce qui se passe. Ce ne sera pas bien long. Ensuite, Monsieur le député, vous pourrez vérifier. Je suis certain que vous le ferez, sans quoi vous seriez un fieffé comédien et un grand champion de l’hypocrisie.

Député Letchimy-chef du PPM, en Libye, en Libye post-Khadafi, en Libye de la « révolution arabe », on a enfermé des noirs dans un zoo, on les a mis en cage, comme s’ils étaient des bêtes. En plus, on les a ligoté et exposé aux moqueries, aux insultes et aux menaces. On leur dit qu’ils sont des chiens. Parmi les visiteurs salafistes, le chien est un animal particulièrement méprisé. C’est d’ailleurs ainsi qu’on les y traite et qu’on les considère.

On les moque régulièrement. On les traite aussi de « singes », et comme on est de pieux et vrais croyants, on scande fréquemment des « allahou akbar », accompagnés de tirs d’armes à feu.

Cela monsieur le député Letchimy, ça ne vous soulève pas le cœur ? Cela ne vous révolte-t-il pas ?

Nous ne sommes plus au 18ème et 19ème sicècle. Vous imaginez cela à Paris, à Londres, à Bruxelles, à Berlin, à Rome, à Moscou, à Tel Aviv, à Tokio ou à Pékin, à New York, ou même dans une ville du sud américain profond ?

La vie est concrète, monsieur le député : qu’allez-vous faire pour vos frères Noirs africains, exposés, humiliés, opprimés, enfermés, réduits à l’état de bêtes de zoo, pogromisés, en Libye post-Kadhafi ?

Si dans les deux ou trois jours qui viennent vous ne faisiez rien, ce serait que votre colère contre le ministre n’était qu’un petit jeu, simulacre mensonger, d’un politicien débitant des slogans vides de sens.

Ce serait la preuve tragique que votre colère n’était qu’un reproche à but purement électoral, pour le compte de « l’ennemi-ami-de la finance », à savoir le candidat Hollande, un des clones de l’homme qui vint, en 1979-80-81, promettre la défense de leur emploi, à tous les mineurs, à chaque mineur, à tous les sidérurgistes, à chaque sidérurgiste, avant d’aller quelques mois plus tard jusqu’au bout des plans antérieurs, en détruisant tous leurs emplois, en foulant aux pieds leur dignité d’ouvrier.

J’attends, j’écoute monsieur le député Letchimy. Seul un écho silencieux me reviendra-t-il ?

Alain Rubin

*1 j’ai hésité à utiliser cette expression française classique, craignant de me retrouver traîné devant un juge, par je ne sais quel groupuscule associatif financé par nos impôts.

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