En Marche invente la criminalité routière pour justifier ses 80 km/h


Le Monde diplomatique, août 2016 : « Des accidents de la route pas si accidentels« , a écrit Matthieu Grossetête : « Davantage de morts au sein des classes populaires« . Le gouvernement multiplie les consignes de sécurité : limiter la vitesse, ne pas boire d’alcool, ne pas fumer des joints, ne pas envoyer des SMS, ne pas regarder la télé ou des DVD à bord, se reposer régulièrement, attacher sa ceinture, etc. En se focalisant sur les comportements individuels, ces préconisations négligent les causes profondes de la mortalité routière.

Pour expliquer cette mortalité, les pouvoirs publics incriminent les conduites individuelles, comme si tous étaient égaux face aux accidents de la circulation. « Il appartient à chacun d’avoir conscience de sa responsabilité citoyenne et de réagir pour faire reculer le nombre de vies sacrifiées sur les routes« , lit-on sur le site du ministère de l’intérieur dont dépend la direction de la sécurité et de la circulation routières (DSCR).

Il appartiendrait à chacun de réfréner ses pulsions au volant et de respecter les limitations de vitesse.

De longs trajets pour aller travailler : Comment penser qu’un acte personnel comme la conduite d’un véhicule soit influencé par les inégalités sociales et que la hausse du nombre de morts puisse découler de la précarisation des classes populaires ? Les accidents de la route obéissent à des régularités statistiques et sont, indépendamment de leur caractère singulier, le résultat prévisible de déterminations collectives. C’est un fait social qui n’a souvent rien d’accidentel et qui ne se réduit pas aux agissements volontaires des individus.

Alors qu’ils ne représentent que 13,8% de la population française âgée de 15 ans et plus, les ouvriers comptaient pour 22,1% des
 3 239 personnes décédées sur la route en 2007 quand les cadres supérieurs, professions libérales et chefs d’entreprise (8,4 % de la population) ne totalisaient que 2,9 % des morts et blessés. Alors que les experts gouvernementaux se focalisent sur la surmortalité routière des « jeunes« , auxquels ils attribuent un goût du risque particulièrement prononcé, le fait est que l’âge n’annule en rien les différences sociales. Si les morts sont souvent jeunes, c’est surtout parce que le groupe des ouvriers est le plus jeune. Les ouvriers ont tendance à se tuer seuls, sans qu’un tiers soit impliqué : ils sont en danger plus qu’ils ne sont dangereux. En étudiant les comparutions pour homicide routier au tribunal de grande instance, on note une surreprésentation des professions supérieures et une sous-représentation des ouvriers.

Cette situation est due en partie au plus grand pouvoir protecteur des véhicules des personnes aisées qui disposent d’airbags, de systèmes de freinage performants, d’habitacles renforcés, etc. On observe une corrélation entre l’aisance des inculpés, la puissance de leur voiture et un sentiment d’omnipotence dans l’espace public, qui les amène à négliger les usagers plus vulnérables, petites voitures, piétons, cyclistes, etc.

« Si on prend les affaires d’homicides, on a affaire à des gens à l’aise, qui ont des véhicules puissants. Des gens bien sous tous rapports, sans antécédents judiciaires et pour qui le monde s’effondre parce qu’ils ont fauché un scooter ou une mamie. Par exemple, on a eu cet ingénieur pressé qui devait prendre l’avion à Paris le jour même : il percute un piéton, s’arrête, appelle les secours et délègue aux gens arrêtés autour de lui pour repartir et prendre son avion. »

Bien que surreprésentés, les prévenus aisés bénéficient d’une certaine clémence. À coût humain et circonstances aggravantes équivalentes, ouvriers et employés écopent de jugements supérieurs à la peine médiane, soit deux fois plus souvent que les cadres, professions intellectuelles et professions intermédiaires : 59,3% pour les premiers, contre 31 % pour les seconds. On remarque le même type d’inégalités concernant les contrôles d’alcoolémie effectués par la Police et la Gendarmerie.

Les ouvriers fournissent plus du quart des prévenus déférés pour conduite en état d’alcoolémie jugée seule (c’est-à-dire sans qu’une autre infraction ait pu motiver le contrôle) au même niveau que les employés.

La mortalité routière apparaît une conséquence inattendue de l’étalement urbain et de la stratification résidentielle. Près de 80 % des accidents mortels ont lieu à la campagne. Or l’embourgeoisement des centres ville relègue les classes populaires toujours plus loin des bassins d’emplois. En 2007, 28 % des ouvriers et 31 % des employés morts sur la route ont eu un accident en se rendant à leur travail, alors que ce trajet n’est en cause que dans 16 % du total des décès. Les catégories populaires sont plus nombreuses à emprunter quotidiennement les routes secondaires, plus dangereuses, alors que les couches aisées circulent surtout en ville ou sur l’autoroute, l’infrastructure la plus sûre, avec 4% des morts en 2012, mais la seule qui exige des frais de péage. L’accident résulte de l’inégale exposition aux « dangers de la vie« , qui rend les plus pauvres particulièrement vulnérables. Le caractère juvénile et populaire de la mortalité routière en dit long sur la crise des jeunes ruraux de familles ouvrières : une jeunesse désœuvrée, qui peine à s’insérer dans les espaces scolaire, professionnel, culturel et matrimonial, adopte des conduites dangereuses pour contredire ce manque de valorisation sociale. Le monde ouvrier, face à la désindustrialisation, aux délocalisations et au chômage de masse, ne sert plus d’intégration, cessant de protéger la jeunesse contre les mécanismes d’autodestruction.

Les fonctionnaires constatent la surreprésentation des précaires parmi les personnes décédées. Mais la hiérarchie administrative reste sourde à leurs alertes : « Je me suis rendu compte que le niveau social avait une grande importance dans l’accidentologie… Ce sont les gens les plus défavorisés socialement qui sont les plus touchés. J’ai demandé à la préfecture de préparer une note de synthèse sur l’accidentologie et le lien social, et le préfet a refusé : il voulait mettre une chape de plomb là-dessus. » Dans la mesure où il contredit le discours feutré de l’administration, ce « savoir inconfortable » est ignoré sinon contesté par les pouvoirs publics.

Non pas fortuite, « la production sociale de l’ignorance » sert le statu quo dans la gestion des problèmes publics. « Chaque année, nous sollicitons un expert capable d’apporter des éléments de culture autour de la sécurité routière. Mais on ne pouvait pas inviter un discours “politiquement incorrect”, avec des commentaires du genre : “Tu mets en danger l’existence du plan départemental de sécurité routière”… »

La culpabilisation des comportements individuels rend les problèmes de sécurité routière gérables, sans devoir traiter les causes profondes et sans toucher aux puissants intérêts impliqués dans la « fabrique sociale des accidents de la circulation » : les carences d’entretien, de sécurisation et de transformation des infrastructures routières dangereuses, les constructeurs, les ravitailleurs d’alcool, les assureurs, l’État, etc.

En clair, la stigmatisation des conducteurs irresponsables est convertie en objet de calcul médiatique et de gouvernement : elle convient à la médiatisation pour faire diversion à l’évaluation de l’inaction publique.

Enfin, ce discours répressif est en phase avec la lutte contre le modèle individualiste de la liberté de penser, de s’exprimer et de circuler, symbolisée par la voiture individuelle et le modèle de la société libérale.

La connaissance des inégalités routières devrait avoir une portée stratégique pour mieux orienter les politiques publiques et éviter nombre d’accidents. Paradoxalement, les classes populaires, jeunes et rurales, sont largement absentes des campagnes nationales de prévention. Quoi qu’il en soit, la limitation de la vitesse à 80 km/h de la mystification En Marche pénalisera des catégories peu exposées à la mortalité routière…

Thierry Michaud-Nérard

(adapté très librement de Matthieu Grossetête : « Des accidents de la route pas si accidentels ») (lire aussi : « Pourquoi les jeunes ouvriers se tuent au volant », Le Monde diplomatique, septembre 2005.)

 

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19 Commentaires

  1. Pour réduire la mortalité sur les routes, une solution : gratuité de toutes les autoroutes!

  2. A lire cet article,on prend pleinement conscience du souci qu’a l’état de nous préserver,mieux de nous protéger….
    Libérer l’usage du canabis participera d’ailleurs à notre sécurité !!!! Il est vrai que mourir percuté par un drogué,même à moins de 80 Km/h,cela doit consoler !!!

  3. 12.000 morts dans les années 70, 3.500 maintenant !
    Près de 50 M de véhicules qui se croisent tous les jours !
    Que fait-on des lois du hasard ?
    Arrivés au seuil minimal, le reste n’est qu’arnaque !

  4. Que le pouvoir en place permette déjà aux forces de l’ordre de faire leur boulot ! Mais, il est vrai que les pourritiques ont entrepris de mettre à mal ceux qui ont pour mission de nous protéger et de constater les infractions. Les casernes ferment et des portions de territoire deviennent des zones de délinquance routière. Abaisser la vitesse n’y changera strictement rien.

  5. C’est vrai aussi que l’état des routes est calamiteux a bien des endroits on se croirait au Maghreb deux roues sur le bitume deux roues sur le bas côté l’argent qui devrait aller à l’entretien va aux chances pour la france pôvre de nous

  6. Est ce que quelque chose de valable va être fait oui ou non ? Oganisé oui ou non pour lutter et faire échouer cette limitation à 80 km/h ? Vous rendez vous compte de l’escroquerie intellectuelle que ca constitue et de la lenteur de nos déplacements à la campagne ??

  7. Tout ceci n’est que foutaises le gouvernement se fout du nombre de morts c’est juste une question de tiroir caisse pour faire rentré encore et encore de l’argent pour les migrants 3000 morts par an sur les routes et 11000 suicides par an qui s’en préoccupe personne ceux la ne rapportent rien il n’y a rien à gagner pôvre France Pays de merde

    • NUCH
      Et oui,11000 suicides annuel….Les accidents domestiques mortels….Idem pour ceux du travail….Les décès suites aux maladies infectieuses attrapées dans les hôpitaux…
      PUIS LES TUES PAR LES ISLAMISTES
      Il faut faire vivre des parasites et racketter les Français pour cela !!!

  8. Etonnant de voir TMN s’inspirer de journaux très à gauche, sociologisants et même « réchauffistes »!

    Cela dit, je ne comprends pas trop la dernière phrase de l’article: « la limitation de la vitesse à 80 km/h (…) pénalisera des catégories peu exposées à la mortalité routière », or il est dit plus haut que les principales victimes sont les jeunes des classes populaires des zones rurales.
    Donc en toute logique cela signifierait que selon TMN, cette limitation va pénaliser surtout les riches classes moyennes urbaines éduquées.

    N’est-ce pas en contradiction avec tous les précédents articles de TMN qui défendent la France « du pays réel »: rurale, oubliée et méprisée (« qui travaille et qui survit péniblement dans les petites bourgades de province »)

    Tout cela est très confus.

  9. La France est un pays de passage. Forcemment, il y a plus d’accidents rapporté au nombre d’habitants… Si nous supprimions des statistiques les accidents mortels ayant en mis en cause un conducteur transitaire, on aurait un nombre de morts franco francais inferieur de moitié.
    Autre solution, calculer le nombre de kilometres/personnes/an en France, en incluant le nombre de transitaires (on aurait un nombre de km/an/habitant double de celui de l’espagne par exemple). La aussi, le nombre de morts par kilometres parcourus tomberait de plus de moitié. On ne peut pas avoir un bon score en France alors que la moitié des kilometres parcourus dans l’annee le sont par lle simple passage nord/sud d’un flot de vehicules non francais.

    • LE couperet
      Judicieux vos remarques,et si on comptabilisait les accidents mortels  » routier » causés par nos protégés ???

  10. Pour réduire la mortalité sur les routes je propose de réduire la vitesse des véhicules encore plus. On passerait de 80 à 70 puis ainsi de suite jusqu’à 10 puis 0 km/h. Ainsi il n’y aurzit plus d’accident à cause de la circulation et disparition d’une bonne partie de l’effet de serre … fiscale, via la tipp, les pv, les parking payants etc.

  11. Je croirais aux chiffres du gouvernement quand ils nous donneront le détail de ces morts. Détail soigneusement éludé pour pouvoir gonfler les chiffres. Trop facile d’y inclure des données qui ne devraient pas en faire partie : conduite sans permis, rodéo sans casques, « jemenfoutisme » de cyclistes que l’on impute aux automobilistes, piétons qui traversent n’importe où ou quand le feu est rouge pour eux, etc.
    Quand ça les arrange pour la pompe à fric là, pas de soucis, on amalgame à fond.

    • JOEL
      Il est certain que les chiffres sont  » truqués » pour nous culpabiliser..
      Il me semble qu’il y a plus de tués en deux roues ,et ce n’est pas majoritairement de la faute des automobilistes
      Mais quand on veut  » tuer son bien,on prétend qu’il est malade « ..

  12. Et est-ce que l’on a pensé à comptabiliser tous les conducteurs qui se font faire une gâterie en conduisant ? Il y en a beaucoup plus qu’on ne le pense… Mouahhhh !!!! 😀

  13. Moins cher de réduire la vitesse que d’entretenir sérieusement les routes
    si ça continue a falloir ressortir les diligences

    • Exact. La bande de fumiers qui nous gouverne ferait mieux de destinée notre argent à l entretien des routes que de l employer au bien être de la faune polluante des migrants qui faut remettre sur des barques et direction leur bled.

    • Détail non négligeable, quand il y a de l’argent on préfère construire de nouveaux palais « régionaux » ou rénover à plus cher que du neuf plutôt que reboucher les trous des routes.

    • On a la meme methodologie dans le sud de la France ou plutot que de reparer un troncon de voie TER, on fait rouler les trains a 30km/h…. Au dela du crime, il s’agit juste de paresse.

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