En recevant des prêtres à l’Elysée, Sarkozy confirme qu’il n’est pas un président laïque

Publié le 26 décembre 2011 - par - 1 382 vues
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Lors de la soirée où, avec Christine Tasin, nous avons eu, au centre Saint-Paul, le plaisir de débattre avec le journaliste Gérard Leclerc et l’abbé Guillaume de Tanoüarn, j’avais essayé d’expliquer ma conception de la laïcité, en prenant, entre autres, l’exemple de notre Président de la République. J’évoquais la religion catholique dont se réclamait Nicolas Sarkozy.  

[youtube jgQe7VhTbbM]

http://www.youtube.com/watch?v=jgQe7VhTbbM&feature=player_embedded

Je précisais qu’elle ne me posait aucun problème, et qu’il était tout-à-fait respectable que l’hôte de l’ Élysée puisse s’affirmer croyant, pratiquant et catholique. Mais j’ajoutais aussitôt que, quand, en tant que Président de la République, il multiplie les signes de croix, lors de certaines cérémonies officielles, il commet une faute contre la République laïque, et son esprit. Quand il est en fonction, il est le Président de tous les Français, et pas seulement celui des représentants de sa religion. Il se doit donc de respecter l’esprit de la constitution française, et notamment celui de la séparation du religieux et du politique. J’avais cité de nombreux exemples, dans d’autres pays où la religion interférait encore dans l’exercice du politique, pour montrer à quel point le modèle français était celui qui avait été le plus loin dans ce domaine.

Or, nous apprenons que Nicolas Sarkozy a reçu, à l’ Élysée, ce jeudi, une dizaine de prêtres, pour discuter avec eux, et surtout les encourager à intervenir davantage sur des sujets de société.   

Là encore, pas question de passer pour une caricature de laïque intolérant et sectaire. Il est légitime que le catholique Nicolas Sarkozy ait envie de discuter spiritualité, engagement, croyance, avec des prêtres. Mais c’est l’individu qui doit le faire, et dans ses appartements privés, pas le Président de la République, à l’ Élysée, où il est dans l’exercice de ses fonctions. En agissant de la sorte, Nicolas Sarkozy est dans la continuité de son livre de 2006, « La République, les Religions et l’espérance », il montrait déjà sa volonté, confirmée par le demande du rapport Machelon, de réintroduire la religion dans l’espace public, comme le montrait Robert Albarèdes dans cet article très complet.

Finalement, on comprend que l’homme qui fait son signe de croix dans l’exercice de ses fonctions ne serait pas si gêné que cela de devoir jurer sur la Bible, comme doit le faire Obama. L’hôte de l’ Élysée se réclame de la laïcité positive. Il montre, par son comportement, qu’il est étranger à l’héritage de la France, et de sa culture laïque. Il fut un temps où la gauche serait montée au créneau, pour dénoncer cette entorse aux principes de la loi de 1905. Mais faut-il pour cela compter sur les socialistes, dont le responsable de la laïcité, Jean Glavany, vient de publier un rapport inspiré par Dounia Bouzar, qui milite ouvertement pour les accommodements raisonnables avec l’islam, en contournant les lois actuelles, comme l’explique fort bien Djamila Gérard.

Même le GODF en est sorti de sa torpeur, et a protesté ! La République, et la laïcité, ce sont des principes, et on ne peut pas faire fonctionner un pays si ses principaux dirigeants ne les respectent pas. Aussi, faut-il rappeler ce que furent les obsèques de François Mitterrand. Il ne se déroula aucune cérémonie officielle, commémorée par le Premier ministre, ou le Président du Parlement, dans un lieu public, en présence de tous les chefs d’ État ou monarques, au nom de notre pays et de la République.  Ce rôle fut abandonné au cardinal Lustiger, à Notre-Dame, alors que ce dernier n’était que le représentant de la religion du chef de l’ État, et n’avait aucune légitimité pour être celui de la France. Cela n’émut  pas grand monde.

Quinze ans plus tard, on assista au même spectacle avec les obsèques de Philippe Seguin. Pourquoi pas une cérémonie républicaine au Sénat, ou au Parlement, ou à Versailles, et pourquoi le Président de la République lui rendit-il hommage seulement à Notre-Dame ? Là encore, Robert Albarèdes, avec moultes exemples, nous montre la connivence UMP et PS et ses satellites, pour en finir avec l’esprit de la loi de 1905.

Quand on commence à reculer sur les fondamentaux, il n’est guère surprenant d’avoir un Président de la République comme Nicolas Sarkozy qui bafoue ouvertement la laïcité… et une gauche qui pense la même chose, mais n’ose pas toujours le dire aussi clairement. De quoi donner raison à Élisabeth Badinter ou à Michel Onfray, qui avaient déploré que seule Marine Le Pen paraisse défendre aujourd’hui la laïcité ? 

Pierre Cassen

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