En tant que musulman, je soutiens Mme Truchelut

Ce n’est pas parce qu’on est musulman qu’on est automatiquement acquis au port du voile et aux ségrégations dont il est vecteur. En effet, dès le milieu du siècle dernier, Mohamed V, roi du Maroc, avait inauguré la belle tradition du dévoilement de ses filles en public. Bourguiba en avait fait de même en invitant les Tunisiennes à se débarrasser de leurs voiles. Je fais donc partie de cette vieille école qui parie sur la libération et sur l’émancipation des musulmanes ; à la majorité des musulmans de France qui ont compris depuis longtemps, que la prescription du voile doit être déclarée théologiquement caduque puis dépassée dans la pratique.
Voici au moins deux bonnes raisons qui me poussent à aller plus loin que Mme Truchelut qui a demandé à deux musulmanes de bien vouloir ôter leurs voiles dans les parties communes de son gîte des Vosges. De fait, j’invite mes coreligionnaires à se débarrasser du voile dans la vie sociale de tous les jours !

1ère raison : le voile est une réelle clôture symbolique et pratique qui enferme la musulmane au sein de la communauté et lui interdit de se mêler au reste de l’humanité. A n’en pas douter, le voile signifie que celle qui le porte accède à la prescription antique, totalement dépassée qui lui interdit d’épouser un non-musulman. Cette ségrégation matrimoniale est aujourd’hui inacceptable pout tout citoyen de bonne foi.
2ème raison : nous faisons partie d’une communauté française et européenne où le corps de l’homme et de la femme incarne une beauté divine que des peintres, des sculpteurs, des écrivains, des photographes, des cinéastes, des couturiers, bref des esthètes, mettent en valeur pour nous faire aimer sa grâce. En mettant sous voile, des fois intégral, cette beauté du corps humain, les musulmans archaïques œuvrent au quotidien dans un sens tout à fait contraire. A plus ou moins longue échéance, ces deux visions esthétiques et éthiques, plutôt antinomiques, ne peuvent cohabiter sans conflit. La construction d’un vivre-ensemble en symbiose et en harmonie s’en trouve lourdement handicapée. Comme nous y invite une certaine tradition islamique, faisons le choix de la beauté et parions que « Dieu est beau et [qu’]il aime la beauté » !
En résumé : même si l’égalité des sexes est plutôt garantie par les lois de la République, il n’en demeure pas moins que le voile islamique continue de matérialiser une fermeture et une mise à l’écart d’une partie de la communauté nationale. C’est ce qu’on appelle pudiquement « défaut d’intégration ». En toute bonne foi, faisons le choix de la vie, de la beauté, de l’égalité et disons non à toutes les clôtures et à toutes les ségrégations, aussi bien sociales que religieuses.
Mohamed Pascal Hilout
Initiateur du nouvel islam en France
Texte adressé le jeudi 28 août à l’Est Républicain

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