Enseignement : l’égalité des chances pour l’égalité des incompétences ?

Publié le 1 juin 2016 - par - 6 commentaires - 753 vues
Share

ane-talentueuxDonner les mêmes chances à tous les enfants, quelle merveilleuse idée ! L’idée que tous puissent avoir l’occasion de développer leurs talents est vraiment une des plus belles de notre civilisation. Il y a juste un « petit » problème : « égalité des chances pour tous » est vite devenu « égalité des résultats » et qui dit « égalité des résultats » comprend vite « nullité des résultats pour tous » car nous sommes tous différents et « égalité » ne signifie pas « identité ».

Cette identité doit même être « de haut niveau » ! Les cours utilisés le sont, de haut niveau… L’absence de bases chez les élèves élimine toute possibilité d’apprentissage vrai et les exercices se réduisent régulièrement à de petits jeux sans lien réel avec la matière si ce n’est l’emploi de mots « de haut niveau »  trop souvent dénués de sens pour les élèves. L’apprentissage des bases a même été jugé « nivellement par le bas » !

Ainsi, le petit Martin sait réciter une série d’herbivores, carnivores, omnivores… mais ne connaît pas le sens de ces mots. Il ne sait pas non plus ce qu’est un verbe et la grammaire minimale lui est inconnue. Cette grammaire est pourtant nécessaire à l’expression du raisonnement logique.

Lina, elle, a fait un stage et doit maintenant faire son rapport écrit en 10 pages. Lina est incapable d’écrire trois phrases correctes. Le but de ce travail est-il

1/ de démontrer à Lina qu’elle est incapable de le faire ?

2/ de le faire faire par ses parents ou une autre personne ?

3/ de faire constater à la famille de Lina qu’elle n’a pas les moyens d’aider Lina ?

Cochez la bonne réponse. Ceci est un QCM.

Et soyez tranquille : quelle que soit votre réponse, Lina aura « ses » points !

Dormez sur vos deux oreilles, braves gens : seuls les points importent, l’utilité de l’exercice est d’occuper « Lina ». J’observe d’ailleurs que plus le niveau est « haut » et plus les élèves se tiennent tranquilles. Le bénéfice est donc triple : la paix règne en classe, les parents sont satisfaits des résultats de leur enfant, cet enfant  risque peu de devenir un citoyen réellement instruit.

Un sommet dans le genre « haut niveau » ? J’ai vu – destinées à des enfants qui apprennent le français depuis quelques mois – des notions de géométrie que je ne me souviens pas avoir vues !  Il est vrai que j’ai fait des études classiques et pas des maths fortes…. Un autre exemple ? J’ai voulu expliquer son cours de morale à Anna. Un cours beaucoup trop difficile. Elle n’a pas voulu écouter. Il lui fallait « des croix aux bons endroits »…

Et je sais bien que les enseignants apprennent à travailler ainsi dans leur école supérieure, je sais aussi qu’ils sont stressés par l’arrivée possible d’un inspecteur, je sais même que faire des préparations adaptées au lieu de photocopier les dossiers offerts demande un temps fou et il me faut préciser  que la vie du prof est devenue impossible : il doit « donner des points », points à justifier jusqu’au demi point, il lui est impossible de s’adapter à ses élèves car il doit distribuer les mêmes photocopies que ses collègues, poser les mêmes questions à l’examen. La paix est assurée !

De jeunes collègues doués d’esprit critique sont conscients de cette folie « égalitaire de haut niveau » mais ils n’osent, ils ne peuvent rien dire, ils risquent des ennuis…. Et moi, je suis chaque jour plus consciente de cette épouvantable réalité que nous présente Stanley Milgram dans son livre Soumission à l’autorité, cette soumission qui nous enlève notre conscience, notre responsabilité individuelle, notre originalité, notre âme !

Milgram a tenté de nous secouer, comme Huxley, Orwell, Klemperer et tant d’autres. Dans son dernier livre, La Russie de Poutine, Ivan Blot cite le philosophe Nicolas Berdiaev : Nicolas Berdiaev reste aujourd’hui un des meilleurs analystes de la société moderne, dénonçant l’égalitarisme qui mine les fondements de la société occidentale. Pour lui, l’humanité ne progresse que grâce à l’inégalité des talents qui doivent pouvoir s’exprimer dans la liberté. p.199

Mia Vossen 

 

Print Friendly, PDF & Email
Share
Notifiez de
Clamp

Très intéressant travail d’inventaire de quelques absurdités de la didactique moderne.

J’y ai découvert le mécanisme du « haut niveau » que je ne connaissais pas, bien qu’un peu expérimenté sur le terrain de l’enseignement. Ou alors, si au travers de certains devoirs à la maison, excessivement hors niveau, c’est vrai, qui obligeaient tous les élèves à faire appel à de l’aide extérieure et les amenait ainsi à se soustraire à toute réflexion personnelle. Mais seulement quelques professeurs avaient cette manie à l’époque.

Et j’ai été beaucoup confronté aussi aux élèves qui apprennent par cœur des techniques de résolution d’exercice ( en maths ) mais sans en comprendre les fondements. C’était pathétique, et ils finissaient même par être demandeur de solutions toutes faites et ils étaient en filière scientifique…

Yves ESSYLU

Le petit âne n’est pas à sa place parce qu’il est beaucoup plus intelligent que la plupart des Enarques et autres HEC

Mia Vossen

Moi, j’attends que les parents montrent qu’ils en ont ASSEZ de cet enseignement qui n’en est pas un! Chaque fois que je tente de secouer un papa ou une maman aimant son enfant, la réponse est: « Tanguy réussit à l’école, pas de problème! » Et j’en connais, des jeunes qui ne trouvent pas de travail ou qui le perdent vite… faute de compétences.

Philippe

Tiens ?
Un hommage à Boronali ?

hathoriti

Tout cela est malheureusement exact . Mais j’aimerais que l’on cesse d’illustrer la bêtise et l’incompétence par un âne, il n’y a pas plus intelligent que ces gentils animaux ! Un portrait du « type de l’Elysée » serait plus parlant !

Jake

La Courbe de Gauss se venge toujours! Ce nouveau Sodome et Gomorre de la Pensée se plantera vigoureusement., après quelques dizaines de millions de morts? Comme « l’autre fois » avec le cher Adolf et ses connards…
Les Mathématiques ne sont pas idéologiques….. et la Physique Aryenne des crétins allemands n’a jamais empêché qu’ils ne reçoivent la Bombe A Juive sur la gueule en août s’ils n’avaient pas eu la sagesse de perdre la guerre en Mai 1945…
Ainsi va le monde…
Tous Mozart ? Surtout les « sans Oreille absolue »? Hein?