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Enthoven : la décadence progressiste dans toute sa splendeur


Passons sur les premières phrases de Raphaël Enthoven à la Convention de la droite, insultantes. « Je suis venu pour vous déconstruire » dit-il. « Votre projet ne marchera pas, parce que vous vous trompez ». Attention à l’arroseur arrosé. On l’invite, et il crache dans la soupe.

Eh bien, déconstruisons son discours, assez simpliste. Il estime que la droite patriote n’a aucune chance d’arriver au pouvoir par la droite. C’est vrai que nous avons la droite la plus bête du monde…

Mais probablement les responsables de la Convention de la droite ont-ils invité Raphaël Enthoven, qui se dit philosophe, (il l’est par les diplômes, mais il lui manque la petite étincelle qui fait de quelqu’un un philosophe, un penseur, et non un bateleur), pour que les participants voient de leurs propres yeux l’archétype de la décadence actuelle.

Car enfin piquer à son propre père (Jean-Paul Enthoven) sa maîtresse du moment (Carla Bruni) en abandonnant sa femme depuis quatre ans seulement (Justine Lévy, fille de Béhachelle), si ce n’est pas de la décadence, on se demande ce que c’est.

Mais cela va peut-être en étonner quelques-uns, Raphaël Enthoven ne se trompe pas sur tous les points. Il ne se trompe probablement pas quand il parle de l’efficacité de certaines valeurs et expliquant que la société est incurablement libérale, estime qu’on ne reviendra pas sur certains décisions comme, selon son énumération, la PMA, la GPA (qu’il déclare ainsi acquise, un peu vite) la peine de mort, le mariage pour tous, l’IVG, l’euthanasie (pas encore acquise) le porno, le cannabis.

Il ne se trompe peut-être pas, tant il est difficile de détrôner une mauvaise habitude, une addiction. Ce qui sera possible, ce sera de revenir dessus de manière ponctuelle, comme aux USA. Sauf un énorme changement de mentalité, qu’on ne voit hélas pas du tout venir, à part quelques sporadiques prises de conscience. Et un changement de gouvernement.

Mais là où il se trompe, c’est lorsqu’il qualifie ces mouvements de « liberté supplémentaire ». Non, le mariage pour tous n’est pas une liberté supplémentaire, c’est un détournement de l’égalité et à ce titre, une loi faussée à la base. Non, l’IVG n’est pas une liberté supplémentaire, c’est une démission, un refus de responsabilité. Or la liberté c’est aussi assumer ses responsabilités. Non, la PMA n’est pas une liberté supplémentaire, sauf si marchandiser le corps de la femme et l’enfant est une liberté. Etc.

Là où il se trompe, c’est quand il utilise la démagogie en disant : « chaque jour des citoyens s’en trouvent heureux ». Mais c’est une raison pitoyable. Le pain et les jeux du cirque, l’erreur sur le long terme ne peuvent rendre personne heureux, ni le mensonge. Or dans la PMA il y a un épouvantable mensonge à la base : dire qu’un enfant peut être né de deux mères. On ne peut rien bâtir de solide sur le mensonge, il nous rattrape tôt ou tard.

Plus grave, il ne parle même pas de notre sens de la démocratie, sens que la gauche qu’il représente a complètement perdu en anathémisant, judiciarisant, diabolisant à tour de bras ses opposants.

Enthoven passe ensuite au patriotisme, et là il est carrément mauvais, pourquoi ? Parce qu’il pervertit la pensée. « Pour le dire simplement : la question aujourd’hui – l’alternative – n’est plus « suis-je de gauche ou suis-je de droite ? » mais « ai-je intérêt à m’ouvrir au monde ou bien à me replier sur mon pré carré ? » dit-il. Cette idée montre à quel point sa pensée est un poncif, et à quel point il ignore l’évolution de la pensée patriote sur le clivage droite/gauche qui n’existe plus puisque le patriotisme ratisse très large et dans tous les camps.

Comme si le mouvement mu par la convention de la droite était nécessairement fermé. Voilà un vrai procès d’intention, comme le dénonçait Enthoven lui-même dans un discours au Crif en novembre 2018 !… Mais il ne voit pas la poutre qui est dans son œil. Il ne voit pas qu’il fait continuellement des procès d’intention.

 


Il estime que « la francité est un communautarisme ». Et pour preuve il veut que le patriotisme nie les zones sombres. Mais c’est totalement faux. Le patriotisme simplement nie et refuse les propos insultants de ceux qui nient notre histoire et c’est totalement différent. Par exemple, le fait de nier que le colonialisme ait été intrinsèquement mauvais est confirmé par l’histoire. L’histoire démontre amplement que la France a tiré ses colonies de l’ornière et leur a donné une existence, tout simplement. Même si depuis notre départ les anciens colonisés ruinent exprès leurs chances. Vouloir nous faire dire le contraire est inimaginable.

Mais pour reprendre un de ses exemples, un Turc patriote pourra parfaitement accepter le génocide arménien, puisque c’est la vérité.

Enthoven illustre son propos par Camus parlant de son pays : « Je ne veux pas pour lui de n’importe quelle grandeur, fût-ce celle du sang ou du mensonge. »

L’ennui c’est que Enthoven, justement, emboîte le pas de ceux qui écrivent une histoire mensongère de la France.

Et de dériver sur le « couscousgate » de Florian Philippot. Enthoven n’a donc rien d’autre à dire ? Bien sûr que les patriotes adorent la bonne cuisine, d’où qu’elle soit. Ils ne sont pas manichéens comme Enthoven.

Le communautarisme est une conception qui soutient que « l’individu n’existe pas indépendamment de ses appartenances, qu’elles soient culturelles, ethniques, religieuses ou sociales ». On aurait pu espérer qu’un philosophe connaisse la signification des mots.

La francité n’est pas un communautarisme, elle est juste le fait de reconnaître ce qu’est la France. Un individu donné, même Français et fier de l’être, peut aussi avoir une histoire, des passions, des hobbies qui ne sont pas spécialement français. Et pourtant il reste français.

Enthoven, je regrette de le dire, n’a aucun esprit de finesse. A-t-il l’esprit de géométrie ? On en doute aussi. Il s’attaque ensuite à la souche « une souche c’est un arbre sans tête ».

Mais pourquoi dire que notre souche n’a pas de tête ? Enthoven veut-il nous stigmatiser ? Nous avons plusieurs têtes bien plus pensantes que Enthoven, ne lui en déplaise. Et de plus, une souche ça fait des rejets, donc d’autres élans vitaux.

Enthoven aggrave son cas en jetant : « c’est la notion même d’identité qui marche sur la tête ». Enthoven est en pleine crise d’identité. Il nie le moi. Apparemment Enthoven n’a pas de moi. Il n’a jamais dû lire Bergson, pour lequel, dans « l’Énergie spirituelle », la liberté vient du plus profond du moi. Mais qu’importe, nous avons affaire à un philosophe d’opérette.

Finalement, puisque Raphaël Enthoven n’a pas d’identité, pas de moi, Raphaël Enthoven n’existe pas. Argumenter avec lui c’est argumenter avec un vide sidéral, un troll, même haineux. Il est inutile de continuer.

Sophie Durand