Entretien exclusif avec Melanie Dittmer sur l'avenir de Pegida

20150118_171527La société civile est mise à mal en Europe de l’Ouest. Les mouvements citoyens Pegida sont menacés d’interdiction par l’Etat. Après l’annulation de Pegida Dresde pour cause de menaces terroristes, c’est Pegida Leipzig, Legida, qui vient d’être interdit pour ce lundi 9 février. Les observateurs sont inquiets car les manifestations d’extrême gauche sont toujours autorisées. Dans un entretien Melanie Dittmer nous donne son avis sur l’évolution des Pegida, parle du rôle des services secrets dans la tentative de sabotage des Pegida et se dit effrayée d’avoir vu l’Etat français paraître moins démocratique que l’Etat allemand.
Les chefs de Pegida quittent le bateau. Qu’est-ce-qu’il se passe avec Pegida ?
En Allemagne, c’est dur pour des gens normaux de résister à la pression. Ils ne sont pas habitués d’être attaqués.  Ce sont des personnes qui n’étaient pas très actives avant. De plus l’Etat a ses doigts dans l’engrenage avec l’intervention du Ministre de l’intérieur, accompagné d’un membre du parti AfD, qui avait rencontré secrètement Mme Ortel. Deux jours après, la structure de Pegida Dresde s’est effondrée. On peut supposer ce qu’il s’est passé. On ne peut pas le prouver. De fausses accusations n’apportent rien. Pour moi, cependant c’est clair que je n’aurais pas rencontré le Ministre de l’intérieur. Ce n’est pas sérieux pour notre mouvement. On ne peut que parler de trahison. J’espère que Dresde va continuer et ne va pas renoncer.  C’est un mouvement populaire. Peut-être que nous devons nous libérer de l’idée que nous ayons un chef. Peut-être que nous devons arrêter de nous lier à des personnes. Il y va seulement de l’idée seule.
5 membres dont Kathrin Oertel* veulent fonder un autre mouvement où la politique concernant les réfugiés ne doit pas jouer un rôle. Votre avis ?
On ne peut pas tout le temps parler d’un seul sujet. C’est dur. On doit élargir les sujets. En fait il est question d’une décision prise ensemble. Nous avons une classe politique qui décide sur tous les points au-dessus des citoyens. Mais la question des réfugiés tout comme l’islamisation rampante devraient rester un sujet essentiel. D’autres sujets comme la menace d’une guerre à l’est, la chute du système de l’UE, le capitalisme à l’ouest avec sa manipulation des individus ou la question de la pauvreté des enfants en Allemagne, doivent être évoqués à un niveau égal.
Comment réagissent les citoyens envers la décision de Kathrin Oertel ?
Un changement dans une organisation est souvent mal perçu. Les nouvelles personnes doivent à nouveau convaincre. Le fait que Pegida se soit effondrée d’un seul coup alors que la manifestation rassemblait 25 000 personnes à Dresde dans la rue est extrêmement étrange.
Assistons-nous à la fin de Pegida ? Pourquoi ?
Pas encore, ça je ne le crois pas. Il y a encore un grand nombre de villes où les « Gidas » sortent dans les rues chaque semaine. Attendons. Je joins à notre entretien à graphique. Vous pouvez voir que le mouvement des Pegida est loin d’être terminé.
PEGIDAEurope
Comment est la situation pour Dügida ?
Dans l’organisation de Pegida de La Rhénanie-du-Nord – Westphalie  nous avons eu aussi des disputes. Celui qui est à l’origine de la dispute, Sebastien Nobile,  a totalement quitté le mouvement. Le résultat est que je m’occupe maintenant de Düsseldorf, que Marco Carter s’occupe de Duisbourg. Marco Carter est encore un membre de Pegida, de la source. En ce qui me concerne je ne suis plus « officiel ».  A vous dire moi même et tout mon groupe nous n’avons pas besoin d’une légitimation officielle de qui que ce soit pour aller manifester dans la rue. C’est absurde ! Les organisateurs de Pegida se sont mis en colère quand j’ai insulté en public les services secrets allemands et quand j’ai traité cette organisation de merde. J’avais dit ça quand les services secrets ont tenté de « m’acheter ». Ils voulaient obtenir des informations sur Pegida.  J’ai conseillé au type de vite dégager ce qu’il a aussitôt fait. C’est un comportement inacceptable de la part d’un Etat qui use de méthodes perverses.
Avons-nous une collaboration entre les Pediga ?
Nous communiquons bien entendu entre-nous et nous échangeons. Les orateurs se déplacent d’une manifestation à l’autre. Nous échangeons nos photos, graphiques et vidéos. On ne peut pas parler d’animosité entre-nous.
Quels sont les points positifs et négatifs pour Dügida ?
On a de plus en plus  de citoyens dans les rues même si les médias disent autre chose. Le point négatif est qu’à l’ouest le nombre des participants stagne. C’est l’Ouest. Ce que je trouve dommage c’est que le nombre de ceux qui ont déjà arrêté de se battre, est important. Ce sont aussi ceux qui vivent en minorité dans les quartier turcs. C’est pourtant le moment de reprendre tout ça. Je ne parle pas d’emploi de la violence. Mais nous ne pouvons pas accepter que des rues entières soient achetées et soient occupées d’étrangers jusqu’à ce que nous ne puissions pas reconnaître notre patrie.
Qu’avez-vous ramené en Allemagne après votre rencontre avec Riposte Laïque ?
La conscience qu’il existe une âme européenne qui se soutient dans l’urgence. C’est un bon sentiment de savoir qu’on peut se sentir presque chez soi à l’étranger car les gens partagent les mêmes idées et qu’ils sont disposés à s’entre-aider. C’est une fraternité européenne. Par contre j’ai été effrayé par le fait que l’Etat français semble être moins démocratique que l’Etat allemand. La manifestation du 18 janvier contre l’islamisation a été interdite. Et malgré une plainte l’interdiction n’a pas été levée. C’est impossible. Si, par contre, nous, nous déposons une plainte, nous gagnons toujours. C’est terrifiant de voir à quel point vous êtes limités.
Pourquoi selon vous les Français ne réagissent pas comme les Allemands pour que la même énergie, que nous trouvons chez Pegida, puisse gagner ?
Je ne le sais pas. Mais on retrouve le même phénomène en Allemagne de l’Ouest. C’est aussi dur à faire bouger les gens ici. Il faut peut être trouver l’explication dans le fait que la France serait plus islamisée que l’Allemagne ? Et que de nombreuses personnes sont déjà résignées ? Vous devriez exactement faire l’inverse et apporter deux fois plus d’effort pour remettre de la France dans vos quartiers.
Propos recueillis par Olivier Renault 
* une figure de Pegida Dresde qui après être passée à la télévision a décidé de quitter le mouvement pour fonder une nouvelle organisation. On apprend qu’elle a rencontré en secret le Ministre de l’intérieur et changé de position

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