Envoyé Spécial : Madame Anouk Burel, je vous prédis le 20 heures d’ici deux ans !

Publié le 14 février 2012 - par - 5 315 vues

Madame Burel,

J’ai regardé attentivement le machin sur France 2. Envoyé Spécial. C’était amusant. J’ai appris plein de choses.

D’abord, qu’un sourire n’est pas un sourire. Il paraît que « derrière mon sourire » se passe un tas de choses inavouables et terrifiantes. Désormais, donc, je montrerais les dents. Mais, pour information, derrière mon sourire, il y a mes gencives. Rien de plus. A moins qu’on m’ait menti.

Puis, que je suis une mère de famille. Ce qui est très important lorsque l’on parle d’islamisation, vous en conviendrez. De même, que je suis contre l’avortement : ça aussi, c’est capital pour le débat. Je suppose que vous vouliez faire grand peur aux téléspectateurs. Je leur présente immédiatement mes excuses. J’espère que personne n’a eu d’infarctus. Dans le cas contraire, qu’ils envoient la note à France 2.

Il est vrai que « mère de famille anti-avortement », ça rappelle tout de suite les heures les plus sombres de notre histoire. Je suis vraiment désolée de ne pas m’être habillée en conséquence. Si j’avais su, j’aurais acheté un serre-tête en velours et une kalachnikov, puisque si j’ai bien saisi votre logique, ce devrait être mes attributs.

Également, que je me documente mal. A ce sujet, j’informe charitablement les malheureux qui ont vu votre reportage que je suis arrivée avec une valise pleine de bouquins. Il y avait même le Coran dedans. La prochaine fois que je veux me documenter sur le christianisme, je lirai donc un truc sans rapport avec ça (Le guide du jardin bio, de Jean-Paul Thorez, est très intéressant), et peut-être m’accorderez-vous un satisfecit de rigueur intellectuelle.

Nous avons passé, au bas mot, plus de six heures ensemble. De ces longs échanges étalés sur deux jours sont sorties huit pitoyables minutes. En outre, si l’on compte les secondes consacrées à vos commentaires enrichissants, aux musiques angoissantes que vous avez dû choisir avec délectation, et aux moments palpitants, sur fond noir et bruits de Vendredi 13, où vous tapez mon nom sur Google, il ne doit guère plus rester que quatre ridicules minutes qui pleurent dans un coin sur le repos de l’âme du vrai journalisme.

Grâce à vous, les musulmans de France ne sauront jamais que j’ai clairement dit que je n’avais aucune haine contre eux. Je vous remercie pour votre déontologie. J’en suis toute confondue.

Par respect pour tous ceux à qui vous avez infligé les fruits pitoyables de vos « recherches », je tiens à les prévenir que, alors que je citais Gourévitch et Tribalat, vous m’avez dit de pas les connaître, et, vous saisissant de votre bloc-notes, m‘avez demandé d’épeler leur nom. Ce qui prouve combien vos lectures sont « très particulières » et quelque peu excluantes, vous en conviendrez.

Vous avez néanmoins oublié quelque chose de capital, dans votre petite bafouille télévisuelle. J’étais étonnée. Ça m’a perturbée. Vu le degré de réflexion de ladite bafouille, j’ai été, figurez-vous, surprise que vous ayez oublié de révéler des détails majeurs : le jean que je portais vient de Camaïeu. Or, qu’est-ce qu’un camaïeu, sinon une peinture dans laquelle n’est employée qu’une seule couleur dans des tons différents. Ce qui prouve bien que je suis raciste et que je n’aime pas la diversité. Et aussi, et surtout, que je fume des Gauloises blondes bleues. Ce qui (c’est du moins ce que j’en retire, à présent que j’ai saisi la merveilleuse profondeur intellectuelle d’Envoyé Spécial) démontre sans le moindre doute que je suis obsédée par la patrie et par les blonds. Et le fait que mes Gauloises soient bleues et non rouges est carrément significatif.

Gauloises blondes rouges = patriote version communiste.

Gauloises blondes bleues= monstre de nationaliste qui, derrière son sourire, cache une nostalgie de la monarchie. Veut donc restaurer cette dernière. Avec ses petits bras musclés et ce qui se cache de monstrueux «derrière etc… »

Je crois que j’ai tout bien compris. Merci, madame, pour votre intégrité, votre absence de parti pris, etc. Je vous prédis une brillante carrière. Dans deux ans maximum, vous nous raconterez les joies du multiculturalisme au 20h. Je suis déjà votre plus grande fan.

Veuillez accepter, chère Madame, l’expression de mes gencives (qui cachent un palais plein de noirs desseins) et de mes considérations respectueuses (oui, je vous considère respectueusement. Avec vous, j’ai découvert l’URSS. Eh bien c’est rigolo, l’URSS. On m’avait menti).

Myriam Picard

PS : La bise à vos deux cameramen. Dites-leur bien que je les félicite pour tous ces cadrages émouvants. Super boulot. Et au fait, je crois que La Pravda recrute.

PS n°2 : Anne Zelensky va bien. Elle aussi a trouvé ce reportage stalinien éminemment instructif. En vous saluant. Encore Myriam Picard et son sourire.

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