Erdogan, un islamiste modéré…

Publié le 26 décembre 2011 - par - 1 105 vues
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L’affaire était entendue : la Turquie, jusqu’en mai 1453, c’était l’Europe.

Après Troie et l’ Enéïde, ce pays, ce seront les cités grecques d’Asie, puis vint Rome sous Byzance…

Sortis des steppes d’Asie surgirent les ottomans, des clans guerriers, pépinières de conquérants peu avares en vie humaines, avec Timour Leng (Tamerlan) le grand collectionneur d’empilements de têtes, jusqu’à ce que Venise et sa flotte à Lepante, puis Jan Piast devant Varsovie, avec sa modeste armée de trente milles Polonais, mettent fin à l’épopée, et que ne commence une longue conduite de Grenoble, dont 1830 à Alger constituera le début de l’épilogue*1, se traduisant par les cinq décennies de sanglantes convulsions qui mèneront au génocide arménien.

On ne peut avoir oublié les nombreux compliments dont le parti AKP et son chef ont été couverts, il n’y a pas si longtemps, par les hommes de l’union dite européenne, tous partisans de son extension au-delà de la rive orientale du Bosphore.

On n’a certainement encore en mémoire les œillades indécentes et les roucoulements ridicules, auxquels Erdogan répondra, le plus souvent, par le mépris, affectant l’assurance arrogante d’un nouveau conquérant seldjoukide certain de son affaire.

Écoutons-le encore, notre touranien exacerbé, parlant à l’intention des Turcs vivant en Allemagne : « (…) l’assimilation est un crime », c’est même « un véritable crime contre l’humanité ».

Pour parler clair : Un Turc, ce n’est pas et ce ne peut être jamais un allemand ou autre chose. Un Turc, c’est et ce ne restera, et pour toujours, que cela lui plaise ou non…qu’un Turc, définitivement musulman. En d’autres termes, pour notre « islamiste modéré », un européen, ce n’est pas encore un untermensch, mais il n’en est pas loin.

Les propos d’activiste pan touranien du modéré Erdogan, -fortifiés par la conviction de posséder la vérité éternelle révélée-, ont paru ne pas avoir été entendus par les benêts cyniques de la Commission européenne et par ceux, plus benêts encore, du quai d’Orsay.

L’affaire du vote d’une loi mémorielle, au sujet du « génocide » de 1915, fait rebondir la polémique

Elle a pris des aspects, -fond et tournure-, qu’on aurait plutôt imaginés en 1912, avant la guerre des Balkans.

Une parenthèse ici : j’ai mis génocide entre guillemets, non pas parce que je conteste l’existence d’un massacre d’Arméniens d’une ampleur de génocide, mais parce que ce que l’on appelle le génocide de 1915 n’est que le paroxysme d’une série de massacres, commencés quarante ans plus tôt, sous les drapeaux et pour les buts du djihad, en tant que « guerre sainte », en tant que tueries « saintes » sur la personne des impies, Grecs, Assyro-chaldéens, chrétiens libanais et, principalement, les Arméniens…

Au total, la nation arménienne a payé, en vies humaines fauchées par les quatre décennies de massacres, un prix beaucoup plus élevé que celui du génocide de 1915

Combien d’Arméniens ont-il péri, massacrés par le djihad puis son avatar, les tueries organisées par les pan-touraniens « jeunes turcs »?

Seule la recherche historique pourra répondre avec exactitude et de façon complète. Seul le décompte précis des arméniens d’Arménie turque et des autres parties du pays, village par village, ville par ville, avant que ne commencent les pogromes islamistes préparant le grand massacre de 1915 permettra de savoir quel prix la nation arménienne a effectivement payée aux Turcs et à leurs auxiliaires.

Pour cela, évidemment, il sera nécessaire de disposer des archives de l’administration califale de la « sublime porte ». Mais, comme on disait dans mon quartier : ça, c’est une autre paire de manche, ou c’est une autre histoire.

Pour Erdogan, il n’y aurait pas eu de « génocide » des Arméniens

En effet, si on doit le suivre, ces braves bougres de patriotes jeunes turcs n’auraient fait affamer et tuer 1,5 millions d’Arméniens qu’en situation de légitime défense, et que : parce que les dits Arméniens, ces traîtres, regardaient du côté de la Russie plutôt que de celui d’Istanbul.

Pour « l’islamiste modéré », les Arméniens n’étaient qu’un ramassis de suppôts de la Russie, qu’une vaste armée intérieure de traîtres  à la Turquie ; les tuer en masse était donc compréhensible, sinon légitime et justifié, ou pouvait l’être dans la plupart des cas…

Par conséquent, s’en débarrasser, même les tuer, -même assassiner les hommes avec les femmes, les vieillards avec les enfants-, ce n’était peut-être pas une très bonne solution pour la défense du nationalisme « turc », mais les massacreurs n’en avaient peut-être pas d’autre à leur disposition.

Pour notre modéré du Bosphore, ses ancêtres, -massacreurs, mais pas génocideurs-, avaient l’excuse légitime de défendre la patrie turque, dangereusement menacée par le panslavisme instrumentalisant les Arméniens, les femmes autant que les hommes, les enfants autant que les vieillards.

J’avoue cependant n’être pas plus convaincu par la nouvelle loi mémorielle que par les précédentes

La loi agissant en censure ne procure pas les avantages attendus.

Ce n’est pas la loi concernant la shoah qui empêche que défilent dans les rues de Paris, avec des banderoles, au vu et au su de la police, -bras-dessus, bras-dessous, avec Besancenot souvent en compagnie de Mari-jo Buffet, fréquemment flanqués de quelques stars du show bizness- des islamistes modérés et des moins modérés, scandant jusqu’à en perdre haleine : mort aux Juifs !

La loi mémorielle n’empêche pas que l’injure antisémite grossière court, court, court. Elle n’empêche pas que la haine, fondée sur la diffamation et les stéréotypes, envahit les couloirs des établissements scolaires. Elle n’empêche pas que des écoliers juifs soient de moins en moins en sécurité, dans de plus en plus d’établissements scolaires publics.

On nous dira, et je les vois d’ici, les Pujadas et tutti quanti, « mais c’est parce qu’il y a Israël, que la loi mémorielle ne fonctionne pas du tout et ne protège pas contre le déferlement des injures et des actes antisémites violents. Sans quoi, ça irait bien ».

Pour Erdogan et les « islamistes modérés », autant que pour les non-modérés, le tord des Arméniens, leur crime impardonnable, c’est de n’avoir pas voulu se dissoudre dans la Oumma.

Leur « crime » est identique à celui de Juifs. En reconstituant leur État national, sur un petit dixième de l’Arménie historique, avec leur langue, leur culture et leur religion non musulmane, les Arméniens ont commis le même crime définitif et impardonnable que les « yahoud » restaurant Israël en tant qu’ État national.

La haine de l’islamiste modéré, pour la loi mémorielle, n’est rien d’autre que la manifestation de son incapacité à cacher sa haine pour les Arméniens vivants, et l’aveu de son immense regret de ce que les Jeunes turcs et leurs acolytes aient laissé vivre une partie des Arméniens disposant d’une Diaspora soutenant la république d’Erevan.

Je disais que la défense des Arméniens, comme nation vivante et comme passé, ne passait cependant pas nécessairement par une loi dite mémorielle, en effet :

L’ Allemagne n’a pas eu besoin d’une telle loi pour négocier avec les représentants des victimes juives du nazisme et apaiser et normaliser moralement ses relations. Ulcéré, l’islamiste modéré contre-attaque : « c’est celui qui dit qui l’est »

Furieux, notre modéré, -il y a encore quelques semaines, invité par le quai d’Orsay, pressé de tous côtés par nos médias, pour nous faire l’honneur d’élargir « l’union européenne »- réagit avec vigueur, c’est le moins que l’on puisse dire. Il accuse la France de s’être elle-même livrée à un génocide… sur la personne des Algériens, entre 1945 et 1962.

La grossièreté du propos, glapissements de voleur criant au voleur, mériterait de n’être pas relevée. Elle classe Erdogan dans la catégorie si particulière des démagogues cherchant à exciter les passions, quelles qu’en soient les conséquences.

Son accusation, -selon laquelle « la France aurait brûlé collectivement des Algériens dans des fours »- est si grossièrement outrancière et provocatrice qu’elle révèle quel homme est Erdogan, et ce qu’est ce parti « modéré » que la bureaucratie du traité de Maastricht voulait incorporer à toute force dans la prétendue union européenne et dans ses rouages dirigeants.

Le plus grave, une amie le relevait très justement, -en portant cette accusation grand-guignolesque contre la France, accusée de s’être livrée contre les Algériens au même crime de génocide que celui perpétré en 1915 contre les Arméniens, par les ottomans-, Erdogan lance une fatwa.

Il lance un appel à la violence des Algériens contre les citoyens français. Nous aurions tord de prendre cela à la légère.

Le passé de la nation arménienne nous intéresse au premier chef. Mais ce passé -s’il doit nous être restitué, au même titre que celui de notre nation, que des inconscients cherchent frénétiquement à effacer-, ce n’est pas par le tabou, ce n’est pas par la censure et les interdits, c’est par la polémique ouverte, c’est par les journaux, c’est par les livres et par les images, qu’il faut le défendre.

Les interdits, mêmes légitimes, ne protègent pas, ou plutôt ne protègent plus. Oui, les Arméniens ont été l’objet d’un génocide, et Erdogan n’en ignore rien !

Un million et demi d’hommes désarmés, 1,5 millions d’être humains non belligérants, des hommes, généralement des artisans, des boutiquiers, parfois des petits bourgeois de professions libérales, quelquefois des gens aisés,  des femmes, des vieillards et des enfants, ont été razziés, chassés de leurs maisons, ramassés, emmenés sans but, comme des troupeaux humains, poussés à coups de triques sur les chemins et les routes de l’Arménie turque, tués ici ou là, au hasard, pour satisfaire un caprice ou une pulsion, massacrés ailleurs, en masse, tués puis brûlés pour se débarrasser des cadavres ou brûlés vifs, simplement, comme ça, pour faire souffrir des impies.

Non, le calvaire arménien, en empire ottoman, n’a pas commencé qu’en 1915, parce que les Russes auraient voulu utiliser les liaisons du mouvement socialiste Dachnaktoutsioun avec les Arméniens de l’Arménie turque (80% du territoire arménien) qui formait un bon tiers de l’actuelle Turquie.

Ce qui a directement préparé 1915 a commencé quatre dernières décennies plus tôt, conséquence meurtrières des convulsions djihadistes de l’agonie du califat

Voici la réalité historique. Elle n’atténue pas le Crime immense de 1915. Elle rappelle et montre, qu’il n’avait rien d’irrationnel, le crime de 1915, qu’il n’était pas du à un dérèglement passager de la machinerie califale, devenant machine infernale.

C’est ce que le modéré Erdogan refuse bien évidemment qu’on lui montre, lui qui veut effacer la période kémaliste ouvrant des chemins vers la Démocratie, pour restaurer des fastes califaux, dont il se verrait bien l’héritier et le nouveau dynaste et despote.

Alon Gilad

 

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