Esclavage et Franc-maçonnerie

 

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«…Si la Franc-maçonnerie était jadis un esprit, d’ailleurs absurde, une pensée, d’ailleurs erronée, une propagande, d’ailleurs funeste, pour un corps d’idées désintéressées ; elle n’est aujourd’hui plus animée ni soutenue que par la communauté des ambitions grégaires et des appétits individuels… »                                              (Charles Maurras, « Dictionnaire politique et critique », 1932).

Depuis que la France est entrée en repentance, depuis qu’elle a honte de son passé, qu’elle bat sa coulpe d’avoir été conquérante, colonialiste, pétainiste, esclavagiste et que sais-je encore, tout est bon pour commémorer ses méfaits, réels, supposés (voire carrément inventés).

Le 10 mai 2001, le pays adoptait la Loi Taubira –  promulguée le 21 mai 2001 –  qui visait  à la « reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité ». Rappel, juste pour mémoire : Christiane Taubira  appartient à la « Grande Loge Féminine Française ».

En 2006, Jacques Chirac – que le « Grand Orient de France » définissait comme « un maçon sans tablier » –  a fait du 10 mai la « Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions ». Depuis, tous les chefs de l’État se font un devoir d’honorer cette journée.

La Loi Taubira, dans son article 1er, qualifie juridiquement l’esclavage et la traite négrière de « crime contre l’humanité ». C’est une première, il fallait oser! Ils ont osé !

Initialement, cette formulation était exclusivement utilisée pour parler de la Shoah (1).

Un premier projet de loi avait été présenté à l’Assemblée Nationale par Jean-Marc Ayrault en 1999, mais le Sénat n’avait adopté qu’un seul des cinq articles du projet : celui stipulant que toutes les formes d’esclavages sont condamnables. Après de nombreuses discussions, le même texte a été revoté par l’Assemblée Nationale deux ans plus tard, en 2001.

La France – qui a honte d’elle-même – est le premier État et demeure le seul qui, à ce jour, ait déclaré la traite négrière et l’esclavage « crime contre l’humanité ». Elle est également le seul État à avoir décrété une journée nationale de commémoration.

À l’occasion de cette journée, des actions sont menées par l’Éducation Nationale. C’est, nous dit-on, « une journée de réflexion civique sur le respect de la dignité humaine et la notion de crime contre l’humanité ». C’est une occasion d’apprendre aux petits Français – surtout à ceux issus de l’immigration – la détestation de leur pays : il faut impérativement qu’ils aient honte d’être français.

Et bien, l’esclavage parlons-en, et parlons aussi du rôle de « la secte » maçonnique dans la traite négrière. Ce rôle dont ces grands humanistes ne parlent jamais, on comprend pourquoi !

Depuis longtemps, nos grands ports – La Rochelle, Nantes, Lorient, Brest, Le Havre, Marseille, Bordeaux ou Dunkerque – sont de solides bastions de la Franc-maçonnerie. C’est également le cas à la Réunion, en Guyane, en Guadeloupe, ou à La Martinique. Cette implantation des Loges remonte au XVIII° siècle, quand la traite négrière était à son apogée. Dans un port comme Saint-Malo, par exemple, près de la moitié des négriers étaient francs-maçons.

La Franc-maçonnerie « officielle » naît  à  Londres en 1717 (2). Mais, dès 1721, les Maçons traversent la Manche et commencent leur noyautage  de tous les ports négriers : Ils s’implantent à Dunkerque en 1725, à Bordeaux en 1732, au Havre en 1738, à Marseille en 1742, à Nantes et Lorient en 1744, à Brest en 1745, à Morlaix  en 1746, à La Rochelle en 1752…

Du continent, ils étendent leurs réseaux sur nos colonies : Saint-Domingue et La Martinique en 1738, La Réunion en 1744, la Guadeloupe en 1745, la Guyane en 1765.

En 1781, la première Loge africaine voit le jour à  Saint Louis-du-Sénégal.  Notons, au passage que le Canada français, colonie de peuplement blanc sans maîtres ni esclaves, n’a jamais eu de Loges.

Notre empire colonial totalise une centaine de Loges au XVIII° siècle, et 689 Loges sont recensées dans le Royaume de France. A Saint-Domingue, on compte 40 Loges et 1000 maçons (3).

Paradoxalement, alors que presque tous les leaders révolutionnaires étaient francs-maçons, c’est la Révolution qui va porter un coup d’arrêt à ce petit monde de Maçons-esclavagistes : Pour « la secte » maçonnique, c’est la fin d’une époque et une courte parenthèse. La question de l’esclavage se pose rapidement car, en 1791,  les esclaves de Saint Domingue se révoltent.

On trouve des Francs-maçons parmi les abolitionnistes, il y en a davantage  encore parmi les partisans du statu quo : ils sont au  « Comité de Massiac », relais du lobby colonial à l’Assemblée Nationale. Le président de ce comité est  Yves Cormier (1740-1805). Fils d’un négociant, il a été admis dès l’âge de 20 ans à la loge « La Parfaite Union » de Rennes. Il y a gravi tous les grades (4). Cormier était juge au tribunal de Rennes et marié à la riche héritière d’une plantation à Saint-Domingue.

De 1789 à 1794, la Révolution poursuit son œuvre destructrice du Trône et de l’Autel, mais  en  1794, l’esclavage finit par être aboli, ce qui provoque un vent de panique chez les Maçons.

Grand-Maître depuis 1771, Philippe d’Orléans, Prince de la famille royale traître à son rang,  va tenter de s’adapter : il prend le nom de « Philippe Egalité »,  vote la mort de son cousin Louis XVI et annonce publiquement qu’il quitte la Franc-maçonnerie. Ce qui ne l’empêchera pas de finir sur le « rasoir national », cette guillotine inventée par le Franc-maçon Joseph-Ignace Guillotin (5).

Avec les « Sans-culottes » sanguinaires, la Maçonnerie a presque disparu, il reste à peine une dizaine de Loges. La chute de Robespierre va la faire renaitre de ses cendres. Le coup d’État du 18 brumaire  du général Bonaparte lui permettra  de retrouver son niveau d’Ancien Régime.

En 1802, Napoléon rétablit l’esclavage dans les îles à sucre. En fait, le premier Consul est travaillé au corps par les planteurs coloniaux. Son épouse, Joséphine de Beauharnais, est héritière de plantations à Saint-Domingue et elle est, elle aussi, franc-maçonne.

Mais, la marche vers l’abolition faisait son chemin, portée par l’Angleterre. Le parlement de Londres interdit la traite en 1807 (et libère les esclaves des plantations en 1833). La France va suivre, mais en trainant des pieds pour ne pas braquer le lobby colonial. Il faudra attendre la Révolution de 1830 pour que la traite soit abolie, et celle de 1848 pour que les esclaves soient affranchis.

Les Maçons, qui ont besoin de se dédouaner, mettent en avant la figure de Victor Schoelcher, ce Franc-maçon fervent abolitionniste. En fait il n’était qu’un parmi tant d’autres. Le poète Alphonse de Lamartine a été beaucoup plus influent que Victor Schoelcher mais personne ne le dit !

Voltaire, le philosophe des Lumières, le maître à penser des progressistes, était franc-maçon. Il était favorable à la traite négrière grâce à laquelle il a gagné beaucoup d’argent.

Ses écrits anti-esclavagistes (« Candide »,1759) sont pourtant sans ambiguïté. Voltaire aura été un tartuffe de la cause noire. Mais la gauche ne s’embarrasse pas de ces détails…

Puisqu’il est dit que le Français a été un affreux esclavagiste, et qu’on occulte le rôle de « la secte » dans le commerce triangulaire, tordons le cou à une autre légende, celle de la « Maison des esclaves » de l’île de Gorée. Cette histoire a été inventée par Pierre André Cariou, médecin-chef de la Marine dans les années 1950. Ce médecin a imaginé une histoire, intégrée dans un roman pseudo historique non édité « Promenade à Gorée » (6) et dans le circuit touristique qu’il proposait alors aux rares touristes de l’île de Gorée.  À l’origine de ce qui allait devenir une escroquerie mémorielle il y a un petit garçon qui servait de « boy » à Pierre André Cariou, le jeune Joseph N’Diaye.

Une fois adulte, dans les années 1970, Joseph N’Diaye prit la suite de Cariou.  En 1977, le succès de la série « Racine » avec la figure de « Kounta Kinté » l’africain, donna envie aux Américains noirs  de redécouvrir leurs racines africaines. Or le seul pays qui disposait d’un Ministère de la Culture digne de ce nom à l’époque était le Sénégal. Il le devait à  Léopold Sédar Senghor, qui, rappelons-le, a étudié au lycée Louis-le-Grand où il côtoyait Paul Guth, Henri Queffélec, Robert Verdier et Georges Pompidou, avec qui il se liera d’amitié.

Les fonctionnaires sénégalais orientèrent tout naturellement les « Tours Operator » noirs vers Gorée, où une personne, qui n’était pas fonctionnaire, faisait visiter une maison aux rares touristes, Joseph N’Diaye. Rapidement, l’île de Gorée devint une affaire juteuse pour les Sénégalais, les voyagistes américains et le gouvernement.

Au fil des années, le filon engraissa aussi des universitaires et des chercheurs. L’UNESCO,  agacée, ne cautionna plus aucune campagne de sauvegarde du patrimoine bâti. Dans les années 1980, un historien américain, Philipp Curtin, intrigué par le chiffre de 20 millions d’esclaves  partis de Gorée, publia une étude démontrant que ce chiffre était celui de l’ensemble de la traite partie de toute la côte d’Afrique, de la Mauritanie à l’Angola.

Philipp Curtin jeta un pavé dans la mare en démontrant que 900 à 1500 esclaves étaient partis de Gorée et que le Sénégal  représentait à peine 5% de la traite.

Ceci provoqua un vent de panique à Dakar et chez ceux qui, des USA, vivaient sur un mythe. Mais la presse – non informée ou complice – ne diffusa pas l’information…

Dans les années 2000, c’est Abdoulaye Camara, professeur d’histoire à l’Université de Dakar, qui dénonça le mensonge à un journaliste. Mais son article publié dans « le Monde » fut étouffé car ceux qui vivaient grassement du « Gorée Business » comptaient de puissantes relations en France.

En 2006, un historien franco-sénégalais, Jean-Luc Angrand, publia une étude démontrant à partir d’archives qu’il s’agissait bel et bien d’une arnaque. Cette étude démontre, entre autres, que les principaux points de départs des victimes furent Saint Louis-du-Sénégal et la Gambie.

Je me suis rendu à Gorée, en gros à cette époque, et j’ai pu constater que le bobard sur le nombre d’esclaves partis de l’île fait encore florès, surtout devant des touristes français toujours prêts à battre leur coulpe et à cracher sur leur pays « capable de telles horreurs ».

Bon, vous me direz que, pendant qu’on dénonce l’esclavage dans l’île de Gorée, on évite de parler de la traite ottomane et des razzias barbaresques qui ont duré dix siècles.  D’ailleurs,  madame Taubira ne veut pas qu’on en parle pour ne pas « stigmatiser une communauté »…

Eric de Verdelhan

1)- Notons au passage que la loi n’est pas rétroactive pour les crimes de la Terreur ou le génocide vendéen mais qu’elle l’est pour l’esclavage, étrange non ?

2)- Selon certaines sources, elle naît bien avant mais je n’ai ni les compétences ni l’intention (ni la place) de faire ici un historique – même résumé – de « la secte » maçonnique.

3)- « La FM dans les colonies françaises au XVIII° siècle », d’Alain Le Bihan ; 1974.

4)- « Annuaire des FM 1760-1940 » de Daniel Kerjean ; 2005.

5)- Joseph-Ignace Guillotin, docteur de son état, né le 28 mai 1738 à Saintes, n’est en réalité pas l’inventeur de la guillotine mais il lui a donné son nom.

6)- Le manuscrit est disponible à la BNF François Mitterand.

 

 

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9 Commentaires

  1. L’influence du lobby FM sur Bonaparte 1er explique sans doute pourquoi il a rétabli l’esclavage !
    De même que sous l’empire si chaque soldat avait un bâton de maréchal dans besace, il valait mieux qu’il y détint précédemment un tablier de soubrette !

  2. On ne trouve aucune trace de l’appartenance maçonnique de Joséphine de Beauharnais. Donc, elle n’état pas franc-maçonne. Il en est de même pour Napoléon. Quant à Voltaire, il refusa son initiation à Londres lors de la présentation de son ouvrage Henriade. D’ailleurs, tout au long de son œuvre, à propos de l’Ordre maçonnique, il ne manifesta que mépris. Par contre, lors de son voyage à Londres, Voltaire manifesta une grande admiration à l’égard des évangélistes les Quakers dans ses « Lettres philosophiques de 1734 ». Réputés pour leur refus de l’esclavage et de l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, les Quakers furent persécutés et chassés du royaume britannique.

    • Joséphine de Beauharnais a été reçudans une loge d’adoption lyonnaise le 10 septembre 1790, et pas à Strasbourg comme on le croit habituellement.
      Quant à Bonaparte 1er, il n’y a pas de preuve de son appartenance à cette mafia, mais force est de constater qu’il ne s’entoure que de francs-macs et que l’empire est l’âge d’or de la FM avant l’avènement de la IIIe république.

      • 1789, la Révolution est en marche. Joséphine de Beauharnais s’embarque à destination des Antilles en juin 1788 et suite aux émeutes révolutionnaires à Fort-Royal, elle accostera à Toulon en novembre 1790… Par conséquent, elle ne pouvait en aucune manière être initiée le 10 septembre 1790, ni à Lyon, ni à Strasbourg !!!

      • Napoléon était bien Franc-Maçon sur sa page Wikipedia on le voit mettre sa main sous sa veste(c’est signé) il a fait des guerres de rapines à l’Espagne,à l’Italie et enfin à la Russie où il a été battu il a par la suite vendu la Louisiane Française aux Américains enfin il a créé la Banque de France qui allait déjà à l’epoque plonger cette dernière dans la dette que nous connaissons aujourd’hui.

  3. on ne parle pas de la traite arabo-musulmane pour « ne pas désespérer les mosquées de Billancourt »

  4. Le Pire est que la Franc-maçonnerie du Grand Orient de France veut faire porter le poids de ses crimes sur le dos des Français et de la Monarchie Catholique qui n’ont pas grand chose à voir là dedans.

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