Esclavage : quelques rappels historiques à Obono et aux Indigénistes

Publié le 7 septembre 2020 - par - 7 commentaires

Suite à l’affaire Valeurs Actuelles – Obono, je me suis rappelé que vous aviez publié cet article que je vous repropose de publier du fait de son actualité.
Je dispose en effet d’une encyclopédie décrivant, à travers les voyages de nombreux auteurs, de l’état de nombreux pays du Monde à l’aube du XIXe siècle. Dans l’un des ouvrages, Savorgnan de Brazza décrit l’esclavage pratiqué par les Noirs africains et les difficultés qu’il rencontra pour libérer ces hommes. Rappelons à madame Obono, aux « indigènes de la république », aux membres bien menaçants de la LDNA que ce sont les pays colonisateurs qui ont mis fin à l’esclavage presque partout dans le monde et qu’il leur reste la possibilité d’agir contre les esclavagistes qui sévissent encore en Mauritanie, au Soudan (https://www.youtube.com/watch?v=4FcfTniSh0o) et en Arabie saoudite. (http://www.rfi.fr/afrique/20150729-arabie-saoudite-jeunes-mauritaniennes-reduites-esclavage

Voici l’extrait :
“Voyages dans l’Ouest africain, par Savorgnan de Brazza (1875-1887). Publié dans: LE TOUR DU MONDE NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES. Sous la direction de M. Édouard Charton et illustré par nos plus célèbres artistes. 1888. Deuxième semestre. Libraire Hachette et Compagnie Paris Boulevard Saint Germain, 79 Londres, King William Street, Strand 1888

“La nouvelle de mon retour, promptement répandue dans le bas fleuve, avait amené chez les Okandas le vieux roi Rénoké et ses Inengas, qu’accompagnaient les Galois, les Okotas et les Apingis. Depuis bien des années, le marché de Lopé ne s’était présenté sous d’aussi brillants auspices; les transactions avaient lieu à deux pas de notre pavillon, tout honteux d’abriter un pareil voisinage.
Cette plaie de l’esclavage, qui s’étalait à nu, me faisait encore mieux sentir le besoin de créer à ces peuplades d’autres intérêts. Était-ce donc pour obtenir un pareil résultat que nous avions déployé tant d’activité et enduré tant de privations ? Nos fatigues et nos travaux allaient-ils donc aboutir à faire refleurir ce commerce alimenté par les peuplades de l’intérieur ?
Ces sauvages cannibales n’étaient certes point des agents de l’humanité et du progrès, et pourtant leur action n’avait-elle pas été utile ? Le mobile supérieur qui nous poussait vers le pays adouma n’allait-il pas ramener l’ancien trafic en rouvrant la rivière ?
J’avais conscience des difficultés avec lesquelles j’allais me trouver aux prises dans cette question de l’esclavage, mais je ne pus résister à l’occasion de tenter un essai.

Tous ces indigènes du bas fleuve réunis à Lopé savaient fort bien que, si nous avions l’air de ne pas nous en apercevoir, nous ne pouvions tolérer la vente des esclaves ; ils avaient donc établi leur marché à une certaine distance de notre poste, évitant ainsi de choquer mes yeux.
Une nuit, je fus réveillé par des appels ; c’était un esclave évadé demandant protection. Le lendemain, il fut recherché de tous, côtés. Son maître, ayant appris qu’il avait trouvé refuge auprès de moi, vint le réclamer. Selon les idées du pays j’aurais pu garder cet esclave, mais c’eût été aux dépens de l’influence acquise auprès des chefs indigènes, trop directement menacés dans leurs intérêts. D’autre part, le fait seul d’avoir choisi pour asile la maison où flottait notre pavillon me faisait un devoir de ne pas relâcher le malheureux fugitif. Je tranchai la difficulté en faisant un cadeau très considérable à son maître. Ce qu’ayant appris, les chefs okandas voulurent faire des échanges analogues ; mais, la question du pavillon n’étant plus en jeu, je préférai leur acheter, tout simplement, au prix courant les six esclaves qu’ils me proposaient.

Au moment où approchait la clôture du marché de Lopé, fidèle à mon programme, je fis dire aux esclaves prêts à être descendus dans le bas Ogôoué que j’étais disposé à acheter tous ceux qui le désireraient. Mais ces malheureux, dans leur crainte superstitieuse des Blancs, préférèrent rester aux mains de leurs maîtres noirs et repartir vers des régions d’où ils ne devaient jamais revenir. Dix-huit seulement répondirent à mes propositions, ils furent payés par un bon de trois cents francs sur les factoreries de Lambaréné et conduits dans la cour de notre poste.
En cette circonstance, je crus utile d’affirmer avec une certaine pompe les prérogatives de notre pavillon. Cet acte, accompli en présence de tant de tribus diverses réunies, devait produire un effet considérable au loin, dans toutes ces régions.
“Vous voyez, leur dis-je en leur montrant le mât noir où nous hissions nos couleurs : tous ceux qui touchent notre pavillon sont libres, car nous ne reconnaissons à personne le droit de retenir un homme comme esclave. “

À mesure que chacun allait le toucher, les fourches du cou tombaient, les entraves du pied étaient brisées, pendant que mes laptots présentaient les armes au drapeau, qui, s’élevant majestueusement dans les airs, semblait envelopper et protéger de ses replis tous les déshérités de l’humanité.
Malgré mon assurance, malgré la grandeur de cette cérémonie, ces malheureux ne se rendaient pas compte qu’ils étaient désormais réellement libres et maîtres d’eux-mêmes. Ils ne pouvaient comprendre l’idée  grande résumée par les trois mots de liberté, égalité, fraternité, qui résonnaient pour la première fois sur cette terre d’esclavage. Mais la semence était jetée : il appartenait à l’avenir de la faire germer.
J’eus beau leur dire qu’ils pouvaient partir ou rester que s’ils me servaient comme pagayeurs ou comme domestiques ils auraient droit à un salaire, ils se refusaient de croire à leur liberté. Je les employai à divers travaux sans autrement m’occuper d’eux.

Un jour, sans doute après s’être concertés bien longtemps, ils vinrent me demander la permission d’aller au loin, dans la forêt, pour y faire provision du fruit du n’chego, dont ils étaient très friands. Ils s’attendaient à un refus, et grande fut leur surprise lorsque non seulement je leur accordai la permission sollicitée, mais leur donnai, en outre, des fusils et de la poudre, afin qu’ils pussent se défendre au besoin.
Ils durent se rendre à l’évidence et disparurent dans les bois. Deux jours après, ils étaient de retour. Pas un ne manquait. Ils avaient compris enfin qu’ils étaient libres ; s’ils s’étaient crus encore esclaves, aucun d’eux ne serait revenu.
Bien vêtus, touchant une solde relativement élevée, abondamment nourris du produit des chasses fructueuses des laptots, ils faisaient envie même aux Okandas.

Craignant d’être complètement dépourvu d’esclaves, Renoké hâta son retour dans le bas Ogôoué. Avant le départ il convoqua en grand palabre tous les chefs attirés à Lopé, de trois ou quatre cents kilomètres en aval et en amont, par l’éclat inusité du marché.
Parmi ces chefs il y avait des Pahouins de Mamiaca et de Bouno, venus simplement avec quelques hommes pour me rendre visite.
“Grands chefs de I’Ogôoué, prononça Renoké dans un langage sacré, employant successivement les idiomes du pays;moi, par qui les marchandises d’Europe arrivent dans la rivière, je vous confie l’homme blanc. II quitte ici la route qui appartient à moi et à ceux de ma famille, pour celle gardée par M’bouengia et les fétiches des Okandas. Le chef blanc veut même aller plus loin, là ou les fétiches de Dumba et de Djoumba commandent la route de la rivière. Il se dirige vers les peuples d’en haut, que les Adoumas eux-mêmes ne connaissent pas. Les fétiches, qui interdisent à chacun de nous de franchir les limites de son commerce, ne doivent pas arrêter l’homme blanc.
“Il n’est pas venu pour nous enlever le bénéfice des monopoles commerciaux que chaque peuple tient de ses ancêtres ; sa présence nous protège. Qu’il ne lui arrive rien de mal, ni par les rapides de la rivière, ni par les hommes ! “

Et, joignant dans un même serment le mot fétiche des divers peuples, il prononça la formule mystique suivante : De par ya ci na mouedie na, mangongo na diboco (vous, fétiches des contrées mystérieuses de l’intérieur, écoutez-moi) : Renoké, de par qui les marchandises viennent dans la rivière, vous confie le chef blanc; et vous, peuples d’amont, n’oubliez pas que si la route de nos aïeux est ouverte, c’est à lui que nous le devons. “
La superstition générale faisait considérer le vieux chef aveugle comme le féticheur suprême et lui donnait une certaine influence sur toutes les peuplades riveraines. Mais ce n’était point celles-là qui me préoccupaient, elles nous étaient déjà acquises par leurs intérêts commerciaux. La vraie difficulté se trouvait personnifiée dans les deux chefs pahouins représentant la race guerrière et envahissante. C’était elle qu’il fallait gagner à ma cause ; je n’ignorais pas que, sans son concours, je n’arriverais pas aux résultats que je commençais à entrevoir dans l’avenir.
Les deux chefs pahouins et leurs hommes se tenaient là, à l’écart, fiers et silencieux. Ils assistaient pour la première fois à une pareille agglomération de tribus diverses, réunies par un intérêt commun en une sorte de fédération, et ils commençaient peut-être à comprendre qu’il y a autre chose que la force brutale, en voyant tous ces chefs s’incliner devant les Blancs et se placer sous ma protection. Cette puissance d’un homme qui ne se posait pas en guerrier les plongeait dans l’étonnement.

À ce palabre je compris la nécessité de nous allier ces peuplades pahouines, qu’aucun intérêt n’attachait encore à nous, et qui gardaient le secret de leur amitié ou de leur haine envers les Européens.
Profitant des leçons du passé, il fallait les empêcher de prendre vis-à-vis de nous l’attitude hostile que j’avais déjà été à même de constater en 1872 dans mes premières excursions chez leurs congénères des rivières du Gabon”.

Pascal Bernard

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Notifiez de
SAINT-MARC Jean-Paul

http://jlcharvet.over-blog.com/2014/08/sacrifices-humains-au-dahomey.html

Dahomey, royaume de l’ex-roi Behanzin reversé par les français (1892).
S’y pratiquait des sacrifices humains par centaines, voire par milliers à certaines occasions comme le décès d’un roi suivi de l’avènement de son successeur !

Le gaulois

D’où la couleur (rouge sang) des cases des rois à Abomey.

Rems

En voyage au Sénégal, j’ai invité des connaissances du pays à m’accompagner en Mauritanie ! Aucun n’a accepté tant la peur de l’esclavage était dans tous les esprits ! cela se passait en 2008………

katarina

oui il existe encore des esclaves en Afrique, au Mali aussi, il y en a 800 000 actuellement! et la famille Traoré le pratique, le grand-père d’Adama traoré était gouverneur de Kayes, esclavagiste de père en fils, et adama travaille pour Edmond de Rootschild, une fondation, elle dit qu’elle n’y travaille plus car en arrêt maladie! il faut le dire partout sur internet, car c’est une personne qui veut semer la guerre de race, en accusant les français “d’esclavagistes” oui, un comble, elle insulte les gens de ce qu’elle est “elle”, son identité d’origine, c’est une bourgeoise africaine de famille d’esclavagistes……..un reportage sur TV5 monde en parle de cet esclavage actuel;

Ivan Greindl

Passionnant extrait, dont cette ‘députée’ devrait prendre connaissance pour éclairer quelque peu sa lanterne… Merci, M. Bernard !

Theophile05

On attend avec interêt les commentaires de Mme Obono…

Jean Roche

Alors que le pays a connu des régimes très “progressistes” la ville de Brazzaville a gardé son nom (par contraste, Léopoldville, en face sur le fleuve Zaïre, est devenue Kinshasa).

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