Et le Marsouin mit une torgnole au prof gaucho…

(La scène se déroule au « café du Commerce » de Macron-sur-Trogneux, un patelin perdu et sinistré du département de la Somme, entre Amiens et Le Touquet. Accoudés au bar, deux habitués : Jean Foupalourd, prof de techno au collège Salvador Allende de la bourgade, et Alain Dochine, ancien parachutiste colonial . Comme il parle peu de lui, et encore moins de ses campagnes, personne ne sait s’il était caporal, adjudant-chef ou capitaine, du coup, on l’a surnommé « le Marsouin » (1). Derrière le comptoir, le patron, un gros type adipeux et ventripotent, qui  répond au nom de Jules Liénas…).

« Le Marsouin », levant son verre : « À Borodino, à la Moscova et au maréchal Ney ! Vive l’Empereur et mort aux cons ! »

L’enseignant, s’adressant au patron : « Il est déjà bourré ou quoi ? »

Le patron interpelle « le Marsouin » : « Dis-donc Marsouin, monsieur te demande si tu es déjà plein. Moi, je peux attester que tu viens d’arriver et que c’est ton premier Ricard ».

« Le Marsouin », bougon : « Jules, dis à cette feignasse que je l’emmerde. S’il connaissait un peu l’histoire, il saurait qu’en septembre 1812, le 7 précisément, la Grande Armée battait l’armée russe à Borodino. Une bataille de géants : 250 000 soldats. Les pertes ont été de 70 000 hommes. Le nom de Moskova a été choisi par Napoléon. Le maréchal Ney a été fait prince de la Moscova. Moi, Môssieur le prof, je n’ai pas fait de longues études mais j’ai lu « Guerre et Paix » de Tolstoï… ».

Le prof plante son nez de fouine dans son verre de jus de tomate bio et marmonne :

« Napoléon était un criminel. Il est responsable de centaines de milliers de morts. D’ailleurs, je suis pacifiste ; pour moi, les militaires sont des criminels ; ils ne méritent pas d’entrer au Panthéon. Et je comprends les « décoloniaux » car les pires sont ceux, qui, comme vous, sont allés tuer des Noirs et des Arabes ; en plus d’être des assassins, ils sont racistes ».

« Le Marsouin » qui s’adresse volontairement au patron et non à l’enseignant :

« Dis à ce gauchiste que, si j’avais vingt ans de moins, il prendrait mon poing dans la gueule. Cette lope émasculée, qui n’a peut-être même pas fait son service militaire, m’accuse d’avoir cassé du Viet, du nègre et du bicot. Non, je me suis battu, en Indochine, pour protéger les Vietnamiens du communisme ; en Algérie, pour que les musulmans fidèles à la France ne soient pas massacrés par le FLN ; et en Afrique, au  nom d’accords anciens, souvent unilatéraux, avec nos ex-colonies. Quant au Panthéon, je ne vois pas ce que ça vient foutre dans la conversation ? »

L’enseignant, qui continue à regarder ses Nike (fabriquées au Vietnam, par des enfants de 12 ans qui bossent 12 heures par jour) : « Le Panthéon, c’est le tombeau de nos grands hommes, ceux que la République veut honorer ; les militaires n’ont rien à y faire ».

« Le Marsouin », éclate d’un rire sonore : « N’importe quoi ! Décidément, depuis mai 68, « la culture c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale ». Le Panthéon, l’ancienne église Sainte-Geneviève, ce temple de la laïcité maçonnique, renferme 80 personnalités dont plus de la moitié a été « panthéonisée » sous le Premier Empire. Et parmi ces gens célèbres il y a pas mal de militaires, comme Alexandre-Antoine Hureau de Sénarmont, artilleur des armées et baron d’Empire, ou le maréchal Lannes (2), entre autres. »

Le prof, qui perd pied : « Si ça ne tenait qu’à moi, on les retirerait du Panthéon ; ils n’y ont pas leur place. J’en ai marre des symboles guerriers, je suis pour l’Europe unie et pour la paix : Christo a bien fait d’empaqueter l’Arc de Triomphe, ce monument à la gloire de l’Empire est une honte et une tâche dans Paris. Je dis bravo aux Black blocs qui l’ont saccagé. »

Le patron du bistrot, dont les bajoues tremblent d’émotion :

« Vous trouvez normal de profaner la tombe du soldat inconnu ? Elle rappelle pourtant le sacrifice d’ 1,4 million de Français pendant la Grande Guerre, c’est quelque chose quand même ».

Le prof : « On s’en fout ! Moi je suis pour les mutins de Craonne. »

 « Le Marsouin » : « Mais Môssieur-je-sais-tout, dans le passé on n’a pas hésité à virer du Panthéon de vrais salopards, je pense, par exemple, à Louis Lepeletier de Saint-Fargeau, l’ancêtre de Jean d’Ormesson, cet aristocrate régicide dont il était si fier, et aussi à cette ordure de Marat.                                                                                                                                                      

Et, le 11 novembre 2020, l’avorton présidentiel a fait entrer l’écrivain Maurice Genevoix au Panthéon, en hommage à « Ceux de 14 » (4) : ça parle au cœur des Français. »

Le prof, qui veut avoir le dernier mot : « Moi,  j’aime pas Macron mais je suis d’accord avec lui quand il veut panthéoniser des femmes et des Blacks, comme Gisèle Halimi et Joséphine Baker. Il paraît qu’il hésite pour Gisèle Halimi mais là, je dis qu’il  a tort. »

« Le Marsouin », qui rit encore plus fort : « Et allez donc, le couplet sur la diversité et les minorités ! Le Panthéon, Môssieur, est déjà rempli de gens de gauche et/ou de francs-maçons : cette canaille de Voltaire et son frère ennemi Rousseau, l’abbé Grégoire, Victor Schœlcher, Émile Zola, Germaine Tillion et j’en passe, et pas forcément des meilleurs. Comme le petit Macron veut ratisser large, allons-y pour les gonzesses, les allogènes bigarrés et les invertis… »

Le prof, faussement étonné : « Gisèle Halimi est une grande Française, que je sache ? »

« Le Marsouin », commandant d’un geste un second Ricard : « Et mon c.., c’est du poulet ? Gisèle Halimi, née Zeiza Taïeb, est une Séfarade de Tunisie qui a œuvré toute sa vie contre la France. Avocate, elle a pris position en faveur du FLN algérien contre l’armée française ; elle a défendu des terroristes ; ensuite, aux côtés de Simone de Beauvoir, elle a été  la seule avocate signataire du « manifeste des 343 (salopes) » en  1971, qui réunissait des femelles qui déclaraient avoir déjà avorté et réclamaient l’avortement libre. Elle a contribué à la légalisation de l’IVG qui a débouché sur la loi Veil en 1975. Depuis 1975, à raison de 220 000 IVG par an, la France a tué plus de 9 millions d’innocents, soit 50 % de plus que la Shoah. Je m’étonne que ni Simone Jacob épouse Veil, ni Gisèle Halimi, juives toutes les deux, n’aient pas fait ce triste parallèle. En 1981, Robert Badinter – dit « Robert le diable » – a fait abolir la peine de mort, sauf… pour les innocents.

Cette harpie a tout ce qu’il faut pour entrer au Panthéon : de gauche, juive et avorteuse. Mais Macron hésite. Remarquez qu’une femme de gauche (larvée), juive et avorteuse, on en a déjà une : Simone Veil, la copine du tandem Giscard-Chirac, celle qui refusait qu’on favorise l’aide au retour  et qu’on  remette en cause l’immigration massive et le  « regroupement familial »… »

L’enseignant, mal à l’aise, rétorque dans un souffle : « Mais pour Joséphine Baker, là, rien à dire : c’est une grande résistante. Elle entrera au Panthéon en novembre. Je suis bien content qu’on rende enfin hommage aux Noirs dans ce pays raciste et xénophobe ».

« Le Marsouin », trinquant avec le patron : « Quand on voit le niveau de nullité des profs, faut pas s’étonner que nos gosses ne sachent rien. Je vais vous dire, Môssieur le prof, ce que je pense de cette négresse : elle a été choisie parce qu’elle incarne TOUT ce que l’anti-France aime. Je ne vais pas vous raconter sa vie car je ne connais pas son pédigrée par cœur. Je sais qu’elle est née en 1906, dans le Missouri. En 1925, elle débarque à Paris et passe dans « la Revue nègre » au Théâtre des Champs-Élysées. Quasiment nue, vêtue d’une ceinture de bananes, elle danse le charleston dans un décor de savane.  Elle a déjà tout pour plaire aux progressistes car elle déclare à la presse : « Je me moque des Blancs et de leur manière de gérer les colonies… La France a des progrès à faire avec les gens de couleur et leur insertion dans la société ! » C’est beau comme du Macron ou du Mélenchon mâtiné Taubira ! Elle triomphe aux « Folies Bergère ». En 1931, elle remporte un énorme succès avec la chanson « J’ai deux amours » de Vincent Scotto. Elle tente alors une carrière au cinéma : elle tourne « Zouzou » avec Jean Gabin, puis « Princesse Tam-Tam », deux authentiques navets.

En 1935, sa tournée aux États-Unis fera un bide. Là-bas on lui reproche, entre autres, ses sympathies communistes. En 1937, elle épouse son troisième mari – Jean Lévy (dit Lion) – obtient la nationalité française et achète le château des Milandes, en Dordogne. Elle dépense beaucoup et mène la vie luxueuse d’une enfant gâtée ! Mais venons-en à son action dans la Résistance… »

L’enseignant, qui jubile : « Ah, là vous ne pouvez pas nier qu’elle a été résistante ! »

« Le Marsouin », qui vide cul-sec son second Ricard : « Comme je n’ai pas tous les éléments, je m’en tiendrai à la légende, en lui trouvant quelques… incohérences ou invraisemblances.

En septembre 1939, traitée par le commandant Abtey, Joséphine Baker devient agent du contre-espionnage français. Abtey profite de ses relations et de ses tournées pour la charger de glaner des renseignements au profit des Alliés.                                                                                                                       

Installée au Maroc entre 1941 et 1944, elle se lance dans une longue tournée, et selon ses dires, « elle collecte toutes les informations qu’elle peut auprès des officiels qu’elle rencontre ». Elle se sert de ses partitions pour coder des messages et cache des microfilms dans son soutien-gorge. Une vraie Mata-Hari, un James Bond en jupon.  « Et en même temps » comme dirait Macron, elle sert dans la Croix-Rouge et dans l’armée de l’Air. En 1944, elle débarque à Marseille en uniforme de sous-lieutenant, certes à une époque où l’avancement dans la Résistance était rapide !

Sa biographie nous dit que jusqu’à la Libération « elle se consacre à la Croix-Rouge, chante pour les soldats, et suit la 1re armée française, avec ses musiciens ».

En réalité elle sert de caution, de vitrine, de faire-valoir, à la Résistance gaullo-communiste.

Ses activités débordantes lui vaudront la médaille de la Résistance (en 1946). Mais de nombreux vrais résistants trouveront qu’elle en fait trop. Et il lui faudra attendre le retour aux affaires du « Grand Charles » pour recevoir la Légion d’honneur et la Croix de Guerre 39-45 (en 1961). Bon, vous me direz qu’elle n’est pas la seule dans ce cas : François Mitterrand a fait valider ses titres de résistant en…1983, alors qu’il était au pouvoir depuis deux ans… »

Le prof, qui rebondit: « C’est pourtant en qualité de résistante qu’elle entrera au Panthéon ».

« Le Marsouin », toujours hilare : « Et bien non, Môssieur, c’est AUSSI pour ses mœurs et ses idées de gauche. Savez-vous, par exemple, que fin 1965, elle a été invitée par Fidel Castro, avec le couple Régis Debray, pour la « Conférence tricontinentale ». Là, elle a chanté « J’ai deux amours, mon pays et… Cuba » et elle a déclaré à la presse : « La Tricontinentale, c’est formidable avec ces gens de tous les pays, toutes les couleurs. Toute la race humaine réunie en une seule famille ». Elle s’est enthousiasmée  pour Fidel Castro  et a été ovationnée place de la Révolution.

On a beaucoup parlé de sa générosité et de sa « tribu arc-en-ciel » : les 12 enfants de toutes origines qu’elle a adoptés. En fait, elle était bien une femme de gauche : dépensière, menant grand train, et très généreuse… avec l’argent des autres. Elle oubliait aussi de payer ses impôts. En 1964, criblée de dettes et harcelée par le fisc, elle lançait  un appel pour sauver son château des Milandes, où vivait sa tribu. Le château sera vendu pour un dixième de sa valeur en 1968.  Ruinée, c’est la princesse Grace de Monaco qui lui offrira un logement à Roquebrune (5).  

En matière de mœurs, elle avait tout pour plaire à cette gauche dépravée et partouzeuse : mariée cinq fois, on ne compte plus ses nombreux amants, mais elle aimait aussi le « gazon maudit ». Dans sa biographie, son fils Jean-Claude Baker mentionne six de ses maîtresses dont la romancière Colette. Mais ce qui est cocasse, et je terminerai par là (car personne ne vous en parlera), c’est qu’elle était lesbienne et… homophobe : elle a chassé de son foyer un de ses fils, Jarry Bouillon Baker, car il était pédé et elle craignait « qu’il contamine ses frères », ça ne s’invente pas.

J’allais oublier de vous dire, pour conclure, que Joséphine Baker a été  initiée, le 6 mars 1960, au sein de la loge maçonnique « La Nouvelle Jérusalem » de la Grande Loge Féminine de France.

Avouez, Môssieur le prof, qu’elle avait toutes les qualités pour entrer au Panthéon !… »

L’enseignant pique une colère de faible : « Vous, les fascistes, vous vous complaisez dans les histoires nauséabondes. Vous avez du pot d’avoir le double de mon âge, sinon, sinon… »

« Le sergent » pose calmement son verre vide, retrousse sa manche droite et décoche une mandale virile au prof qui s’effondre, telle une serpillière, contre le bar. Puis il dit au patron :

                « J’aurais pas dû discuter avec cette sous-merde. Audiard  disait : « J’parle pas aux cons, ça les instruit ! » et il avait raison : taper dans la merde, ça éclabousse »

Et, en sortant, il rajoute : « Bien sûr, mon Ricard, c’est pour Môssieur. Il me doit bien ça ! Je lui ai appris deux choses : primo, que le Panthéon est – majoritairement – un repaire de malfaisants et, secundo, que quand on cherche la cogne, on finit toujours par la trouver. Il n’ira pas demander un arrêt de travail  pour une  châtaigne ; faudrait encore qu’il travaille ».

Cédric de Valfrancisque                                                                                                                                    

1)- le nom « marsouin » désigne le soldat de l’infanterie coloniale (re)devenue infanterie de marine. Le « bigor » désigne l’artilleur colonial ou de marine.

2)- Alexandre-Antoine Hureau de Sénarmont (1769-1811). Maréchal  Jean Lannes (1769-1809).

3)- Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau (1760-1793), et Jean-Paul Marat (1743-1793).

4)- « Ceux de 14 » de Maurice Genevoix ; romans (comprenant « Sous Verdun », « Nuits de guerre », « La Boue », et « Les Éparges ») ; Editions G. Durassié & Cie ; 1949 ; puis Flammarion ; 1950.

5)Elle est  d’ailleurs enterrée à Monaco. 

 

 

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7 Commentaires

  1. J’ai apprécié ce cours d’histoire, si bien raconter. Si réel que j’ai l’impression de faire partie des clients du bar.
    Merci 🙏

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