M. Burgat, et s’il y avait toujours une exception arabo-islamique ?

Publié le 26 septembre 2011 - par - 1 506 vues
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Il se peut bien que certains pays arabes soient entrés dans une nouvelle phase politique. Mais restons prudents et posons-nous trois questions :

1 –  Qu’est ce qui pourrait transformer l’indéniable et réjouissante nouvelle phase historique en une vraie révolution ?

2 – Qu’en est-il du cœur-même du monde arabe, qui continue d’irriguer cette entité non seulement de pétrodollars, mais aussi d’obscurantisme digne du Moyen-âge, adopté comme on le sait par les talibans ?

3 – Et si toutes ces ténèbres émanaient d’un obscur et noir cube nommé Kaaba, point focal du monde musulman vers lequel se tournent tous les orants ?

Personne ne peut prétendre que nous avons affaire à de vraies révolutions, tant que nous ne disposons pas de constitutions très différentes des anciennes et tant que nous n’avons pas vu des alternances pacifiques et démocratiques s’installer à la place des alternances « légitimées » jusqu’ici par le feu ou par le coup de feu, des putschistes, des armées de libération ou bien des révoltes. Un comité de salut est loin d’être une assemblée d’élus. La légitimité de ces derniers ne sera terrestre que lorsqu’ils seront habilités à légiférer sans être censurés par des muftis ou des mollahs dont les fourches caudines se nomment charia, loi estampillée pour l’éternité par le Ciel.

A franchement parler, mes deux autres questions ne se posent même pas : l’Arabie reste le cœur et le point noir du monde arabe. Il n’y a qu’à considérer l’accoutrement des femmes qui y sont opprimées, contraintes qu’elles sont d’engendrer et d’élever des phallocrates machos, des potentats et leurs aides de camps, forcément de même acabit ! Il n’y qu’à énumérer les injustices et les interdits de la charia, de la loi islamique, qui les frappent depuis la nuit des temps pour comprendre comment l’exception arabique se perpétue sous nos yeux, de génération en génération.

Des Tunisiens ont fini par comprendre que, de tout temps, ils détenaient l’ultime pouvoir de s’asperger d’essence, d’allumer une allumette et de mettre le feu à une partie des planches pourries du monde arabe. C’est à la lueur de ce feu, de cette vraie révolution anthropologique, que  certains de nos ténors, toujours malvoyants, commencent à nous expliquer qu’il n’y a jamais eu d’exception arabe ! Ah bon ! Et si, par hasard, cette exception continuait de leur crever et de nous crever les yeux ?!

Mardi 20 septembre 2011, il n’en fallait pas moins de trois ténors pour nous débiter des lapalissades du haut de l’estrade installée dans la salle du Haut Conseil  de l’ Institut du monde arabe (IMA) :

  • Bertrand Badie, professeur à l’IEP de Paris
  • François Burgat, directeur de l’Institut Français du Proche-Orient (IFPO) et
  • Joseph Maïla, directeur de la Prospective au Ministère des Affaires Etrangères

Lors de leurs interventions, ces experts en dénonciations et indignations surfaites ne nous ont en aucun cas expliqué pourquoi le glacis arabique n’a pas encore engendré de femmes intégralement voilées capables de mettre le feu à leur accoutrement indigne, de s’immoler par le feu dans des voitures qu’elles n’ont pas le droit de conduire et d’embraser ainsi le cœur de ce monde toujours régi par des lois datant du VIIe siècle ? Le trio d’experts en affaires orientales ne nous a pas expliqué pourquoi les armées d’Arabie et celles du Golfe n’ont pas désobéi aux ordres et pourquoi elles ont plutôt contribué à étouffer une révolte populaire ? Ces phénomènes sociaux, anthropologiques et politiques confirment l’exception au carré, au cœur-même du monde arabe. Ils continuent de mettre à rude épreuve l’intelligence de nos dissertateurs invités mardi dernier à l’IMA. Ils ne savent pas quoi inventer puisque le schéma classique de la main invisible qui fait tout bouger dans le monde arabe a été réduite en cendres, remisée dans une urne pour l’Histoire.

Tout ce que nos trois intervenants ont fait avec brio c’est de nous servir une énième flatterie du monde arabe, à peine mise au goût du jour. Ils ont certainement cru réussir à duper leur auditoire en dénonçant une construction intellectuelle ad hoc, bricolée justement à cette occasion pour servir de forteresse en carton-pâte, abattue sous nos yeux par ces preux chevaliers, pourtant en retard d’au moins une guerre et d’une évidente révolution anthropologique. Le spectacle fut pitoyable, fait de parisianisme et d’escarmouches bas de gamme, mille fois réchauffés.

François Burgat avait visiblement des comptes à régler à Bernard-Henri Lévy et à tous ceux qui n’ont aucune estime pour les Frères musulmans, chers à notre conférencier. Pour tenter de parvenir à ce règlement de compte, il n’a rien trouvé de mieux que de nous servir, à nouveau, l’infâme bouillie inconsistante que les régimes arabes et les Frérots ont toujours servie, tous réunis autour de cet abcès de fixation qu’est le conflit israélo-palestinien. Comme si ce réel foyer de tension pouvait encore servir de feu de diversion pour détourner les regards de celui que les Tunisiens ont allumé pour de vrai et qui continue d’enflammer des milliers de manifestants de l’autre côté du Golan et dans bien d’autres contrées du monde arabe.

François Burgat ne se rend pas encore compte qu’il nous rejoue un jeu qui, mille fois déjà, s’est avéré perdant pour les Arabes. Il continue donc de gratter une fibre usée jusqu’à la corde et n’arrive pas encore à admettre que les peuples arabes, comme d’autres peuples avant eux, ont enfin compris que l’Occident est aussi synonyme de Liberté, produit occidental par excellence, porteur d’un plus par rapport à l’Indépendance(1) et que, plus que jamais, le creux militantisme anti-occidental sonne faux. Cette exception arabe est presque finie alors que M. Burgat tente toujours de nous convaincre de la persistance de velléités hégémoniques occidentales. La valeur occidentale par excellence risque de ne plus rester étrangère aux terres arabes, coptes, berbères et kurdes. C’est cela qui fera que M. Burgat, ses semblables et ses Frérots seront, à n’en pas douter, chassés par l’Histoire, comme le seront les potentats vendeurs de salades à la sauce piquante israélo-occidentale. M. Burgat et ses amis aimeraient toujours persuader les Berbères, les Arabes, les Coptes, les Kurdes etc que les USA, Israël, la France et l’Angleterre ne défendent que leurs propres intérêts, qu’ils ne sont nullement bien intentionnés à leurs égards et qu’ils ne sont nullement porteurs de valeurs LIBERATRICES  pour l’Orient. Un jour finit par arriver où les peuples ne se satisfont plus de mensonges proférés au sujet de leurs proches ou lointains voisins. Un jour arrive où la Liberté guide aussi des peuples que Mahomet et ceux qui le vénèrent ont cru maintenir sous voiles, ad vitam aeternam.

La Liberté guidant le peuple

La Liberté guidant le peuple

Mais avouons tout de même ceci : cette exception arabique ne sera levée que lorsque nous aurons vu la Saoudienne et ses enfants libérés, lorsque, ensembles, ils auront été capables de braver les interdits et seront devenus fiers de voir enfin les femmes, c’est à dire leurs mères, leurs sœurs et leurs campagnes accéder aux lumières du jour, au volant des voitures et à la conduite des affaires dans tous les domaines.

Mais M. Burgat ne comprend pas encore le sens de cette vraie révolution qui tarde à venir : il a reproché aux magazines français de toujours se faire les hérauts de la libération des femmes musulmanes. Que M. Burgat le veuille ou non, la Liberté des musulmans ne peut se réaliser sans l’émancipation de la moitié qui les engendre et en fait des êtres capables de se torcher tout seul.

Ce directeur de l’IFPO n’a donc pas encore intégré dans son logiciel ces quelques banalités et il a encore une fois tenté de retourner le couteau dans la blessure narcissique que constitue Israël pour les Arabes et les musulmans à qui on n’a jamais appris à aimer leurs cousins juifs et à leur témoigner de la considération. Ce n’est donc pas M. Burgat et ses Frérots musulmans qui contribueront à la guérison de cette blessure ni à l’avènement de cette autre révolution que le monde arabo-musulman devra accomplir pour se réconcilier avec ses cousins-voisins qui lui ressemblent tant, y compris dans leur entêtement et sempiternelles lamentations en se positionnant uniquement comme victimes !

M. Bertrand Badie, quant à lui ne s’est pas empêché de consacrer à un larmoiement qui s’épanche abondamment ces derniers temps : il a reproché à nos gouvernants de trop s’inquiéter de la vague d’immigrés illégaux à Lampedusa, au lieu de considérer que le nombre de celles et de ceux qui se sont noyés en Méditerranée est presque aussi élevé que celui des massacrés par des régimes honnis. Ce faisant, ce politologue ne se rend même pas compte que ce sont bien des Tunisiens qui décident de rassembler les quelques milliers d’Euros qu’ils choisissent de verser aux passeurs, aussi peu scrupuleux que la famille Trabelsi : ils exploitent ce filon à leur avantage et exportent des problèmes en Europe, alors que le continent n’en manque pas. M. Badie s’encombre donc toujours d’une logique dépassée, loin d’imaginer que les Tunisiens, tous les Tunisiens, y compris les marchands de la misère humaine,  sont responsables de leurs actes. C’est donc nos politologues qui sont irresponsables lorsqu’ils continuent de considérer les Tunisiens qui paient pour quitter leur pays natal, uniquement comme de simples et malheureuses victimes d’un système qui les dépasserait !

A quand donc le changement de logiciel chez les distributeurs d’idéologies obsolètes au sein de l’IEP et de l’IFPO ? Vont-ils enfin se décider à considérer les peuples comme responsables de ce qui leur arrive sur terre, sur mer et même par les airs ? Finiront-ils par ne plus les considérer uniquement comme victimes de forces et de puissances qui leurs seraient étrangères ou extérieures ? Il est peut être temps que nos chercheurs, diplomates et politologues comprennent ce que le poète tunisien Chabbi avait écrit :

Si un jour le peuple fait le choix de la vie,

La Providence se verra obligée d’y concéder

Ce poème, élevé au rang d’hymne national tunisien, n’a pas fini d’inspirer les bonnes volontés contre toutes les idéologies qui tentent d’insinuer que, au choix, Satan, l’Occident, Allah ou la Providence dirigent le monde. C’est bien le sens de la question que j’ai posée hier aux intervenants à l’Institut du Monde Arabe : quand allez-vous changer de logiciel ?

Pascal Hilout

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(1) الحرية ≠ الإستقلال (Liberté  ≠ Indépendance)

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