Et si « la "révolution » libyenne" n’était ni démocratique, ni spontanée ?

Le CF2R nous communique : « Madame, Monsieur,
Organisée à l’initiative du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) et du Centre international de recherche et d’études sur le terrorisme et d’aide aux victimes du terrorisme (CIRET-AVT), et avec le soutien du Forum pour la paix en Méditerranée, une délégation internationale d’experts s’est rendue tour à tour à Tripoli et en Tripolitaine (du 31 mars au 6 avril), puis à Benghazi et en Cyrénaïque (du 19 au 25 avril), afin d’évaluer la situation libyenne en toute indépendance et neutralité et de rencontrer les représentants des deux parties.
Vous trouverez ci-joint le rapport de cette mission.
Cordialement »
http://www.cf2r.org/images/stories/news/201106/rapport-libye.pdf
Pour ceux qui n’auraient pas le temps ou le courage de lire les 44 pages de ce rapport, retenons simplement cette conclusion, qui va dans le sens de certaines craintes déjà exprimées à Riposte laïque et qui rappelle étrangement la « révolution » iranienne :
« Rien n’est plus légitime que l’aspiration à plus de liberté et de démocratie. Les auteurs du rapport sont donc convaincus de la sincérité des démocrates libyens opposés au régime et qui souhaitent mettre un terme à l’autoritarisme de Muammar Kadhafi.
Néanmoins, l’étude des faits nous conduit à affirmer que la « révolution » libyenne n’est ni démocratique, ni spontanée. Nous sommes en présence d’un soulèvement armé organisé de la partie orientale du pays, dans un esprit de revanche et de dissidence. Ce mouvement se trouve avoir été largement impulsé et soutenu de l’étranger. Il n’est que de voir le nombre de drapeaux français, américains, qataris… dans les rues des villes de Cyrénaïque pour remettre en cause le caractère « national » de cette « révolution ». Surtout, c’est une insurrection dont les leaders se cachent. La situation n’a donc rien de comparable avec les révoltes populaires tunisienne et égyptienne.
Si l’on peut souhaiter la fin du régime actuel, il importe, en toute équité, de formuler des réserves au sujet du Conseil national de transition. Le CNT est une coalition d’éléments disparates aux intérêts divergents, dont l’unique point commun est leur opposition déterminée au régime. Les véritables démocrates n’y sont qu’une minorité, quasiment otages des tenants d’un retour de la monarchie ou de l’instauration d’un islam radical et des nouveaux convertis de l’ancien régime. Ces trois factions ont compris qu’il fallait les mettre en avant afin de rassurer, sinon de berner, l’Occident. Or l’histoire a maintes fois montré que les défenseurs de la liberté sortaient rarement vainqueurs d’une « stratégie de front » dans laquelle cohabitent d’autres acteurs déterminés et armés.
Le CNT n’offre, en conséquence, aucune garantie malgré l’évidente bonne volonté des démocrates, car les anciens dignitaires du régime, les monarchistes et les islamistes sont majoritaires et entendent bien orienter le conseil dans le sens de leurs objectifs.
La Libye est le seul pays du « printemps » arabe dans lequel la guerre civile s’est installée – avec un réel risque de partition – et où le risque islamiste s’accroît. Il est probable que, si la frange la plus dure du CNT prenait le pouvoir en Cyrénaïque ou en Libye, nous assistions à l’islamisation radicale du pays. Ce que les djihadistes n’ont pu faire en Algérie, ils pourraient le réussir en Libye. Les conséquences en seraient alors catastrophiques pour le monde occidental.
Il apparaît donc que les puissances occidentales ont fait preuve d’un aventurisme coupable en s’engageant dans cette crise, à moins qu’il ne s’agisse d’un machiavélisme parfaitement cynique. Ce qui devait être une victoire facile est devenu un semi-échec que seuls les médias dissimulent, en raison de l’inconsistance des forces rebelles. L’enlisement des opérations des insurgés ne laisse aux nations occidentales que deux possibilités : un recul peu glorieux ou un engagement accru dans le conflit, notamment par l’envoi d’unités terrestres.
(…)
La coalition parviendra peut-être à éliminer le guide libyen ou à provoquer son départ. Mais l’Occident doit prendre garde qu’il ne soit pas remplacé par un régime plus radicalement anti-occidental et tout aussi peu démocratique. Il serait alors devenu son complice. Il est légitime de se demander si une telle direction n’est pas déjà choisie, lorsque l’on observe les étonnantes alliances contre-nature qui ont été conclues autour de l’affaire libyenne par Washington, pour l’unique défense de ses intérêts stratégiques. Tout laisse craindre que les Occidentaux n’aient oublié l’Afghanistan des années 1990 et, surtout, la vieille histoire de Charybde et Scylla.
(…)
La communauté internationale n’est pas un super-Etat qui pourrait à sa guise chasser des gouvernements. Surtout au nom de principes qu’elle met en avant et, pour son propre compte, ne respecte pas. Et en distinguant soigneusement les coupables en fonction de leurs ressources pétrolières et non de leurs crimes, réels ou supposés. »
Par ailleurs, Eric Denécé, qui dirige le CF2R et qui a participé à cette mission d’étude, donne son avis personnel sur les « révolutions arabes » dans une interview au quotidien La Tribune. Pour lui, ce ne sont « que des coups d’Etat militaires masqués ». Il ne croit pas « à la spontanéité de ces « révolutions », qui étaient en préparation depuis plusieurs années. (…) Le processus était le même que celui qui a précédé le démantèlement de l’URSS, la Révolution serbe, la Révolution orange en Ukraine ou encore celle des Roses en Géorgie. »
Donc en gros, ces « révolutions » seraient une grosse manip de Washington, qui a instrumentalisé un véritable mécontentement social (plus que démocratique…)
Nous pouvons prendre le pari que nos bobos à la BHL, Fourest, Mélenchon, Delanoë, etc. vont vite déchanter… Retourneront-ils leurs vestes une fois de plus ou auront-ils l’honnêteté intellectuelle de faire une œuvre de « repentance » qu’ils exigent si souvent – et à tort – de ceux qui ont commis le péché d’avoir eu raison bien avant eux ?

Cordialement
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