Et si le CRAN lâchait les baskets à Sarkozy ?

Le CRAN n’est pas content. Le Conseil Représentatif des Associations Noires, qui représente une poignée de pékins, mais se croit très important, sans doute à cause de sa proximité avec le Mrap et de l’étrange ressemblance de leurs combats, est vexé.
Le chef de l’Etat n’a pas assisté aux cérémonies organisées à l’occasion de la commémoration de l’esclavage (1).
Quel crime de lèse-cran !
Le chef de l’Etat ne s’est pas prosterné en battant sa coulpe pour demander pardon pour un esclavage dont ni lui ni les Français de 2009 ne sont responsables. Scandaleux ?
Le chef de l’Etat ne s’est pas prosterné en battant sa coulpe pour entrer dans un délire culpabilisation-souvenir de ce que le Cran présente comme un génocide, ce que l’esclavage n’est pas, puisque le but n’était pas d’exterminer cette main d’oeuvre qui rapportait tant d’argent à ses propriétaires.
Entendons-nous bien : il n’est pas question ici de défendre l’esclavage. Je le condamne vivement et je me réjouis, passionnément, qu’il ait été aboli.
Non, ce que je conteste, c’est que les doléances du Cran participent à cette entreprise de culpabilisation malsaine, propice à tous les discours de revanche (je dois avouer que ce n’est pas une vue de l’esprit, mes textes et mes videos m’amènent à recevoir de drôles de courriers, de drôles de commentaires, étonnants et inquiétants…). La haine n’est jamais loin de l’esprit de revanche, de compensation qui justifie tout, pour un certain nombre de nos contemporains.

Ce qui m’agace prodigieusement, c’est que le Cran ne reproche pas au chef de l’Etat son absence aux commémorations de l’abolition de l’esclavage, mais le fait que  » la République a besoin que tous les Français, donc symboliquement le chef de l’Etat (et pas seulement les Noirs de France) se souviennent ensemble de la mémoire des millions de victimes de ces crimes ».
Voilà tout, repentance. On sent bien que ce qui les chagrine, c’est le discours de Dakar, en 2007, de Nicolas Sakozy, quand il a refusé de demander pardon, et avec quelle raison !!!! Il a refusé de s’humilier, d’humilier la France, d’entrer dans un petit jeu malsain, qui n’apporte rien à personne. Et que Ségolène Royal ait voulu demander pardon à sa place confirme qu’il avait raison.
Par ailleurs, dans le même état d’esprit, les Bretons ronchonnaient parce que Sarkozy ne devait pas assister la finale de la coupe de France. Ça devient ridicule et insupportable. Est-ce qu’un Président de la République est obligé d’inaugurer à tour de bras, d’assister à toutes les finales sportives, à toutes les commémorations ??? Et quand est-ce qu’il réfléchit ? Et quand est-ce qu’il travaille ? Et quand est-ce qu’il gouverne ???
Mais le plus ridicule et insupportable, qui montre à l’envi que Sarkozy a fait une belle boulette en nommant dans son gouvernement Yazid Sabeg, c’est que ne râlent, ne protestent, encore une fois, que les communautaristes et les régionalistes en tous genres. Tous ceux qui n’existent que par et pour une particularité. On a peu entendu d’arguments disant que la place de Sarkozy était au Stade de France parce que c’était une tradition ; mais on a entendu jusqu’à plus soif qu’il fallait voir dans son absence annoncée une insulte… non pas aux joueurs, non pas au foot mais … aux Bretons eux-mêmes !!!!! Quelles sottises !
Pour terminer ce coup de sang, je ne résiste pas au plaisir de vous redonner des extraits du discours de Dakar. Je ne partage pas, et c’est un euphémisme, la plus grande partie des options politiques, économiques et européennes de Nicolas Sarkozy, mais quand c’est bien il faut le dire, et son discours de Dakar, les extraits ci-dessous le prouvent, est un modèle ; il dit tout, avec dignité, et il répond, deux années à l’avance aux pleurnicheries du CRAN, avec des accents humanistes, avec l’art de relier toutes les communautés, tous les pays, tous les hommes, qu’ils soient blancs ou noirs. Exactement ce que ne fait pas le CRAN.

LE FAMEUX DISCOURS DE DAKAR DE SARKOZY

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour pleurer avec vous sur les malheurs de l’Afrique. Car l’Afrique n’a pas besoin de mes pleurs.
Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour m’apitoyer sur votre sort parce que votre sort est d’abord entre vos mains. Que feriez-vous, fière jeunesse africaine de ma pitié ?
Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s’efface pas.
Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes.
Il y a eu la traite négrière, il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l’homme, ce fut un crime contre l’humanité toute entière.
Et l’homme noir qui éternellement « entend de la cale monter les malédictions enchaînées, les hoquettements des mourants, le bruit de l’un d’entre eux qu’on jette à la mer ». Cet homme noir qui ne peut s’empêcher de se répéter sans fin « Et ce pays cria pendant des siècles que nous sommes des bêtes brutes ». Cet homme noir, je veux le dire ici à Dakar, a le visage de tous les hommes du monde.
Cette souffrance de l’homme noir, je ne parle pas de l’homme au sens du sexe, je parle de l’homme au sens de l’être humain et bien sûr de la femme et de l’homme dans son acceptation générale. Cette souffrance de l’homme noir, c’est la souffrance de tous les hommes. Cette blessure ouverte dans l’âme de l’homme noir est une blessure ouverte dans l’âme de tous les hommes.
Mais nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères.
Jeunes d’Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l’esclavage comme des crimes envers l’humanité. Je suis venu vous dire que votre déchirure et votre souffrance sont les nôtres et sont donc les miennes.
Je suis venu vous proposer de regarder ensemble, Africains et Français, au-delà de cette déchirure et au-delà de cette souffrance.
Je suis venu vous proposer, jeunes d’Afrique, non d’oublier cette déchirure et cette souffrance qui ne peuvent pas être oubliées, mais de les dépasser.
Je suis venu vous proposer, jeunes d’Afrique, non de ressasser ensemble le passé mais d’en tirer ensemble les leçons afin de regarder ensemble l’avenir.
Je suis venu, jeunes d’Afrique, regarder en face avec vous notre histoire commune.

Christine Tasin
Texte paru sur le blog http://christinetasin.over-blog.fr/
(1) [http://actu.orange.fr/articles/france/Abolition-de-l-esclavage-le-Cran-deplore-l-absence-de-Nicolas-Sarkozy.html->http://actu.orange.fr/articles/france/Abolition-de-l-esclavage-le-Cran-deplore-l-absence-de-Nicolas-Sarkozy.html

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