Et si on faisait une liste de tous les coupables de la mort des deux frères jihadistes…

La mort des deux frères Bons, tombés l’un comme l’autre en Syrie, au service exclusif d’Allah, est en soi un drame absolu.

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/01/06/01016-20140106ARTFIG00411-un-djihadiste-francais-meurt-dans-un-attentat-suicide-en-syrie.php

Rien n’est pire, pour des parents, que de perdre un enfant, alors les deux que l’on a mis au monde ! La manière, cette fois, provoque d’emblée incompréhension et dégoût. Mais comme dans toute tragédie, il importe, une fois le choc encaissé, de chercher le pourquoi, le comment, le par qui. Dans cette affaire, tout semble désigner le seul Islam comme coupable, et les réactions dans les forums accréditeraient facilement l’idée que la religion observée à la lettre près a eu raison de ces deux jeunes hommes, et qu’il ne faut pas chercher plus loin. Je pense que c’est incomplet.

Certes, ces garçons ont été choisis, « capturés » puis lentement, sûrement, par une infernale mécanique de l’esprit, endoctrinés avant d’être jetés, la tête pleine de la nécessité du sacrifice, dans un de ces bourbiers moyen-orientaux où même une chamelle munie de lunettes-laser ne reconnaîtrait pas ses petits. Certes, ceux qui se sont penchés sur leur frêle résistance au Mal lorsqu’ils vivaient en France ne feront pas les fiers devant les caméras. Lâches et satisfaits, repus, même, par l’amoncellement des cadavres devant la porte du Maître, ils sont déjà au chevet d’autres proies dans le cerveau desquelles ils instillent, jour après jour, promesse après promesse, le poison létal du dogme et de ses nécessaires contraintes. Malins et certains de demeurer impunis, ils agissent sous l’oeil à juste titre inquiet des gens du Renseignement. Les seuls, semble-t-il, qui aient à ce jour mesuré l’exact danger dans notre pays. Car, pour le reste…

Le reste, et le principal aussi. Très en amont des fosses communes dans lesquelles auront été jetés les corps de ces deux « innocents » (je dis « innocents », et je le maintiens), il y a la cohorte de ceux qui n’ont pu, voulu, ou même songé à prévenir cette issue syrienne. Les édiles muets devant l’obligation qui leur est faite depuis très exactement quarante ans d’accueillir sans mouffeter la mère et les enfants, le grand-père et l’oncle chômeur, les collatéraux vrais ou faux, les réfugiés ou soi-disant tels, la misère et le calcul, la rouerie et la sincérité, un foutoir en forme de terreau dans lequel, les autochtones ayant été virés ou convertis, les religieux plantent, imperturbables, insolents et désormais provoquants, leurs petites graines coraniques. Ces édiles découragés par avance à l’idée d’affronter le Pouvoir qui les contraint sont coupables.

Coupables en leur compagnie, les traficoteurs de programmes scolaires dont la seule besogne assignée semble être, depuis tout ce temps, de transformer les futurs citoyens en moutons incultes, sans conscience ni mémoire, en troupeau utilisable et jetable à merci à la manière d’un rasoir, d’un mégot ou d’une boîte de Prozac vide. Ceux-là, pour qui le mot révolte signifie d’abord et avant tout le risque de perdre en partie son virement de fin de mois, accompagnent les bouchers de l’enseignement avec la docilité des débiteurs face aux banques qui les étranglent. Même combat de petits chefs dépassés par leurs troupes, mais qui refluent en chantant encore, en maints endroits et le poing levé, l’Internationale.

Coupables, les matamores engraissés sous les ors de la République et dont le seul et unique souci, de plus en plus aveuglant, de plus en plus aigu, de plus en plus gerbatoire, est de profiter au maximum et dans le minimum de temps des avantages offerts par la fonction ministérielle. De tous ceux que concerne le naufrage de la France, ils sont les professionnels incontestés, les modèles pressés de quitter le navire au moment où il coule en empochant via l’Europe et les inépuisables tonneaux danaïdesques de l’État ce qui leur permettra de vivre une retraite heureuse loin du bordel sans nom qu’ils ont créé, entretenu et dont ils laisseront la clef à des noyés en bauge à cochons.

Coupables, eux et d’autres, affidés lappant les bords de l’écuelle et redoutant le coup de croc qui les en éloignera, think-tankers déconnectés de l’Autre, conseillers sortis hébétés des moules où l’on pétrit le futur, crétins journalistiques promus détenteurs de vérités, donneurs de leçons, administrateurs d’épaves à vendre, anxieux de louper la bonne affaire au Qatar, à la City ou dans ces clubs d’orgueilleux où se construit le monde uniforme, silencieux et abêti de demain. Coupables, les inconscients qui voient dans « Le loup de Wall Street » un chef d’oeuvre là où triomphe la mise en pièce de la simple raison qui construisit nos cultures d’Occident. Face à ce désastre désiré, programmé et en cours de réalisation, les enfants perdus de la décadence ont trouvé une famille d’accueil. Coupables sont ceux qui auraient pu leur dire et leur prouver que les soixante douze vierges, la béatitude des martyrs et tout le reste ne sont que foutaises, et qui ne l’ont pas fait. Ils sont nombreux, très nombreux, je trouve, et je sais pourquoi ils ne l’ont pas fait ; parce qu’ils n’ont plus rien à proposer, plus rien à faire admettre, plus rien à donner en exemple sauf eux-mêmes, ce repoussoir ultime. Voilà pourquoi ces deux pauvres types volatilisés en Syrie avec la complicité de ceux qui devaient depuis longtemps les protéger, sont « innocents »*.

Les vrais gagnants de cette mauvaise farce en ont écrit le scénario. Pour la suite, ils ont trouvé, au coeur même du théâtre dans lequel ils ont été invités à investir la machinerie, une invraisemblable cohorte de metteurs en scène, d’accessoiristes, de techniciens, de maquilleuses, de poudreurs-au-gramme-près, le tout devant un public sommé d’applaudir le moment où on lui passera la corde au cou. Là est la seule et vraie tragédie de l’époque.

Alain Dubos

* Leur mère veut monter une association pour sensibiliser le public à la tragique destinée des djihadistes made in France. Projet légitime de la part d’une maman, certes, mais je mets en garde les bonnes âmes susceptibles de câliner des robots conditionnés à la guerre totale contre l’ennemi « d’âme » qu’ils ont reçu ordre d’abattre sans la moindre pitié. Il est des causes plus compassionnelles, sur le territoire même que j’aime et défends.

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