Six dignitaires religieux osent réclamer à la France une “laïcité de bonne intelligence”

Publié le 1 avril 2011 - par - 370 vues

Après la laïcité ouverte, après la laïcité positive, voici maintenant un nouvel élément de langage : la “laïcité de bonne intelligence”. Les représentants des cultes abrahamiques, auxquels s’est joint le président de l’Union bouddhiste de France, font cause commune contre le débat du 5 avril et ont co-signé une tribune commune toute en sournoiserie parue dans Le Parisien du 29 mars. Quelques extraits :

“La laïcité est un des piliers de notre pacte républicain, un des supports de notre démocratie, un des fondements de notre vouloir vivre ensemble. Veillons à ne pas dilapider ce précieux acquis. Il nous parait capital, pendant cette période pré-électorale, de bien garder sereinement le cap en évitant amalgames et risques de stigmatisation.”

Nous tenons à vous rassurer, Messieurs : à Riposte Laïque, nous entendons bien veiller à ce que ce précieux acquis ne soit pas dilapidé.

Et nous dénonçons vos insinuations : de quels amalgames parlez-vous ? De quels risques de stigmatisation ? Quand on accuse ainsi, il faut être précis, ou se taire. Pour notre part, sans faire d’amalgames et sans stigmatiser personne, nous entendons dénoncer la mauvaise foi de ceux qui transforment la laïcité en son contraire  à coup d’adjectifs sans cesse renouvelés, et qui vont jusqu’à lui faire dire que le contribuable doit financer les lieux de culte et que le consommateur doit manger halal ou casher sans le savoir pour équilibrer les filières économiques de la viande sacrificielle. Rappelons que le seul vrai stigmate, au sens originel de marqueur d’infériorité, présent sur le sol français, est le voile islamique.

Nous lisons encore :

” Nous sommes déterminés à réfléchir et à œuvrer ensemble sur la durée, en relation avec les autorités et les forces vives de notre pays, afin que le facteur religieux y soit un élément de paix et de progrès.”

Désolée, Messieurs  (oui : Messieurs, car, – quelle surprise ! –  il n’y a aucune dame parmi les signataires) mais c’est d’abord vous qui êtes responsables du fait que le facteur religieux devienne (ou pas)  un élément de paix et de progrès plutôt que de haine et de retour au Moyen-Age. Vous êtes les premiers responsables du contenu de vos prêches, et vous n’avez besoin d’aucune relation avec les pouvoirs publics pour vous abstenir de prononcer des sermons incendiaires. Et, si vous en prononcez quand même, les pouvoirs publics continuent de n’avoir rien à discuter avec vous. Ils doivent simplement sanctionner.

Vous poursuivez :

“Nous restons très attentifs aux évolutions profondes de notre société, notamment celles qui concernent les religions, dans le respect du cadre de la République. Ces évolutions appellent parfois des adaptations voire des améliorations du cadre juridique et règlementaire de l’expression et de la vie des cultes en France. Nous ne manquerons pas d’être une force positive de propositions dans ce sens.”

Si je comprends bien, vous estimez que le cadre juridique qui régit la vie des cultes doit être amélioré. C’est à dire que vous souhaitez modifier ou contourner la loi de 1905 dans un sens qui vous est favorable. Merci de nous prévenir. Nous resterons vigilants et travaillerons à vous en empêcher.

Et maintenant, le bouquet :

“Faut-il dans le contexte actuel un débat sur la laïcité ? Le débat est toujours signe de santé et de vitalité. Le dialogue est toujours une nécessité. Il a un rôle majeur dans une société libre, démocratique et respectueuse de la personne humaine. Mais un parti politique, fût-il majoritaire, est-il la bonne instance pour le conduire seul ?”

Vous voulez bien, dites-vous, d’un débat, mais vous estimez qu’un parti politique ne doit pas le conduire seul !

Première nouvelle ! Un débat concerne la vie politique, et les partis ont pleinement vocation à lancer et à  conduire des débats. C’est même à cela qu’ils servent. Ils peuvent débattre seuls s’ils le veulent, en interne, ou bien ouvrir le débat à qui ils veulent.

Plutôt que de confier le débat aux partis politiques, nos bons apôtres suggèrent plutôt des commissions obscures, comme celle qui avait abouti au rapport Machelon, de sinistre mémoire, qui prévoyait le financement des lieux de cultes par les communes, ainsi qu’un détricotage plus technique de différents éléments de la loi de 1905.

Messieurs les religieux veulent être seuls à discuter avec le pouvoir. Le citoyen ordinaire les gêne. Vous savez ce citoyen lambda qui est le payeur final de toutes ces générosités. Et la citoyenne lambda qui sera la première à pâtir de l’islamisation qui ne gêne pas ces messieurs.

Désolée, mais la laïcité, c’est la séparation des Eglises et de l’Etat. Les pouvoirs publics n’ont aucune obligation de consulter les chefs religieux sur aucun sujet, et surtout pas sur l’endroit où doit se trouver la limite entre le domaine de César et celui de Dieu. Nous savons qu’il y a des religions qui revendiquent pour leur Dieu (et surtout pour ses représentants) la totalité du champ politique, social et sociétal, ce qui revient à une théocratie. Et nous entendons bien ne pas vous laisser instaurer une théocratie, ou une pluri-théocratie, sous couvert de laïcité positive, ouverte, ou quoi que ce soit d’autre.

Catherine Ségurane

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