Etudions la chute de Byzance, vaincue par l’empire ottoman

ChuteByzanceCet article relate des événements historiques survenus au XVe siècle. Toute ressemblance avec des faits actuels est fortuite.

Printemps 1453: mille ans après la chute de son homologue occidental, c’est l’Empire Romain d’Orient (ou « byzantin ») qui est sur le point de s’effondrer. Il est loin le temps du grand Justinien et de Nicéphore le Conquérant. Le glorieux empire ne contrôle plus que la ville de Constantinople et quelques bourgades alentour. Partout ailleurs, il est littéralement encerclé par les Turcs ottomans.

Si la situation géopolitique est désastreuse, les Byzantins ne sont pas mieux lotis sur le plan économique et militaire. En effet, le train de vie somptueux du Palais et des notables a ruiné l’économie du pays, l’État est amené à faire fondre le métal des objets religieux et augmente les impôts pour financer un semblant d’armée. Mais d’armée, cet assemblage de soldats hétéroclites n’a que le nom. Principalement composée de mercenaires italiens, serbes et hongrois, ses effectifs ne dépassent guère les 8 000 hommes. C’est peu face aux 150 000 guerriers du puissant voisin ottoman.

Les Ottomans, installés en Asie Mineure depuis deux siècles y ont bâti un empire qui resserre à présent son étau sur les Byzantins. Leur sultan, Mehmed II, jeune roi fougueux d’à peine vingt-et-un ans rêve de constituer une « empire musulman universel » et de conquérir l’Occident. Faisant d’abord mine de s’allier à Byzance, il s’apprête à trahir son serment et à attaquer ses voisins affaiblis. Seulement à Constantinople, personne n’y croit… « Les Turcs ont signé un traité de paix, ils ne vont quand même pas se parjurer! » entend-on dans la ville.

Elle est belle la vie à Byzance, malgré la crise économique, le délitement moral et la décrépitude politique. Les courses de chars continuent dans l’antique hippodrome où près de 100 000 supporteurs peuvent venir regarder les exploits de leurs équipes. Les jeunes sont les plus exaltés. Incapables de prendre les armes pour défendre leur patrie, ils s’adonnent à un véritable culte pour les jeux du cirque : c’est courant de voir différentes factions houliganes s’affronter dans les rues.

Parallèlement, la culture se développe. Le pays se meurt mais l’art fleurit: architectes, peintres et écrivains divers y exercent leur art dans une totale nonchalance. D’autres préfèrent s’expatrier en Italie, la vie y est moins dure et l’on y craint moins la menace turque. Courage, fuyons !

Et que dire des religieux? A quelques kilomètres de là, des chrétiens sont égorgés, crucifiés ou contraints de payer le tribut du dhimmi. Pendant ce temps, les clercs byzantins glosent à l’infini sur des questions théologiques. Les anges sont-ils sexués ou non? Faut-il rendre un culte aux icônes ou est-ce de l’idolâtrie? Jésus avait-il une nature humaine ou était-il pleinement divin? Voilà le genre de questionnements abstraits auxquels se livrent les religieux de Constantinople pendant que leur ville est sur le point de tomber.

C’est en avril que l’armée ottomane se met en route. Le 15, ils sont aux portes de Byzance. L’empereur Constantin XI a juste eu le temps d’envoyer des ambassades à travers toute l’Europe, pour y demander du renfort. Mais l’Empire d’Orient est orthodoxe, tandis que l’Europe de l’ouest est catholique; beaucoup ne sont pas disposés à aider les « schismatiques ». Et puis, l’Europe occidentale est loin de vivre un âge d’or. La France et l’Angleterre achèvent une guerre séculaire tandis que l’Italie est en proie aux conflits entre cités. L’Espagne se démène avec ses propres musulmans; et l’empereur allemand est en froid avec la Hongrie (alliée des Byzantins). Ces conjectures rendent toute aide occidentale impossible.

Mais les principaux coupables sont les Byzantins eux-mêmes. Quelques années plus tôt, le pape leur avait proposé une « Union » entre les deux églises, celle d’Orient deviendrait soumise à Rome tout en gardant une large indépendance (comme les maronites actuellement). Une telle union aurait pu redonner un peu de bonne volonté aux souverains occidentaux pour aider leurs frères Orientaux en difficulté; mais pour les Byzantins, c’est un scandale. « Plutôt le turban que le chapeau de cardinal! » s’écrie l’amiral Luc Notaras, commandant en chef des armées byzantines. Son vœu sera exaucé.

En mai, le siège devient intenable. Le 28, on fixe la contre-attaque pour le lendemain, le dernier jour: soit les Byzantins l’emporteront, soit l’empire disparaîtra.

29 mai: l’empereur se réveille dans une ville presque aux mains de l’ennemi. Mais le protocole du palais suit son cours immuable. Le lever de l’empereur est scrupuleusement respecté, jusqu’aux moindres détails. Les offices religieux sont célébrés, comme si de rien n’était. Et les clercs se réunissent pour leur séance quotidienne de querelle théologique. Constantin XI tente une sortie, mais la fameuse contre-attaque échoue: l’empereur est tué, et les Ottomans pénètrent dans la ville. Byzance est en feu: hommes, femmes et enfants sont exterminés. Le sultan trempe sa main dans le sang des Chrétiens et en imprime la marque en la posant tel un sceau satanique sur une colonne de la basilique Sainte-Sophie. L’empire d’Orient n’est plus.

Nicolas Kirkitadze

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22 Commentaires

  1. La République française est née dans le sang de son roi ainsi que de la population, elle finira dans son sang, nous sommes des parricides (du moins les ancêtres de certains d’entre-nous), nous en paierons le prix fort … hélas pour les descendants de ceux qui n’ont pas accepté cette raie-publique.

  2. L’Islam ne sortira jamais du Moyen-Âge. Il y restera jusqu’à sa disparition. Et qui ne se produira que par la force et la ténacité.

    Du Machrek (mot signifie ‘les pays où le soleil se lève’) jusqu’au Maghreb (dont nous faisons partie, ce second mot signifiant ‘les pays où le soleil se couche’, l’ensemble étant vu de la Kaaba à La Mecque)… Du Machrek jusqu’au Maghreb l’histoire de l’Islam n’aura été que bains de sang.

    Le monde non-musulman n’est en guerre ‘de religion’ contre personne de sa propre initiative. Les guerres ‘de religion’ ont toujours été et restent aujourd’hui encore EXCLUSIVEMENT des initiatives uniquement de la part des barbares de l’Islam, par le sang ET par la croissance démographique dans les terres à conquérir (la seconde solution n’ayant de surcroît jamais exclu la première).

    Seules de nouvelles croisades, avec les moyens modernes, pourront débarrasser le monde de ce cancer de l’humanité. Nous ne pourront faire autrement : il FAUDRA de nouvelles croisades.

  3. Très mauvaise nouvelle sur le front de l’horreur :

    52 adolescents viennent d’être brûlés vifs dans un bûcher collectif par Daech hier à Hawija dans le nord Irak.

    https://fr.sputniknews.com/international/201608071027192574-daech-adolescents-brule-vifs/

    C’est encore pire que les 19 femmes kurdes brûlées vives elles aussi dans un autre bûcher collectif à Mossoul le 2 juin dernier.

    52 adolescents brûlés vifs dans un bûcher !
    (+ 4 autres fusillés à un autre endroit de la ville)

    • mais ou sont donc nos belles ames à s’ émouvoir de ces atrocités ???? je ne les entend plus les gugusses hollande , valls , cazeneuve si promptes à s’ enflammer et à déferler leur haine sur Bachar !!! ils sont ou nos bobos lobotomisés des médias prout prout avec leur islamophilie aigue plus préoccupés de l’ image médiatique d’ un enfant mort syrien sur une plage que d’ un enfant mort sur la promenade des anglais ou du sort d’ une mère de famille et ses 3 enfants poignardés par un marocain dans un camp de vacances ????? je n’ entend pas non plus l’ église dans tout ça plus préoccupée à faire des coranneries à l’ islam jusqu’ à leurs lécher les babouches !!!!!!!

  4. L’Empire romain d’Orient a survécu mille ans à l’Empire romain d’Occident. Et la Russie qui est l’héritière de Byzance résiste mieux à l’islam que nous. Par ailleurs la quatrième croisade n’a pas fait que du bien à Byzance !

    Non, au XVe siècle les discussions sur la nature du Christ sont loin derrière. La question est réglée en 325 à Nicée suivie par quelques ajustements christologiques au Ve siècle en 431 à Ephèse et en 451 à Chalcédoine. Les deux vagues iconoclastes qui ont été brisées appartiennent aussi au passé, VIIIe et IXe siècles.

  5. Toute ressemblance avec la situation de la France – ou de l’Europe – est fortuite… J’admire votre humour…
    Vous avez raison de comparer hier à aujourd’hui. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Trop peu en sont conscients. Et l’on peut toujours espérer que ce rappel du passé produira une réflexion chez les incultes et les sceptiques, les amenant à une prise de conscience salutaire…

  6. Un très grand merci Nicolas pour ce rappel. Le passe explique le present. L’Histoire n’est jalonnee que d’invasions. Nous avions pense naivement que celle de 1939 etait la derniere. Celle d’aujourd’hui est plus sournoise.

    • Nous avons viré le drapeau croix gammée (avec l’aide des forces alliées car sinon c’était foutu) mais nous aurons celui avec le croissant

  7. Pour un catholique, la cause de la chute Rome et de Byzance est identique.

    Ils sont tombés du fait de leur apostasie, la travestissement de la loi chrétienne y étant assimilée.

    Par exemple, pour Rome, tolérer pour les besoins de sa grandeur, la coexistence de plusieurs religions (relativisme religio-culturel) et donc la diversité de cultures incompatibles signe à terme son arrêt de mort.

    Également quand Byzance refuse son ralliement à l’Église de Rome, elle se suicide.Et quand elle rompt avec l’exigence de la « sobriété dans le luxe », (vertu chrétienne) elle se mutile par le pourrissement de ses mœurs.

    On cumule Rome et Byzance.

    • Oui. L’espèce humaine a toujours confondu mixité et diversité. Or ce sont deux choses totalement différentes. La diversité est ce qu’il y a de plus beau au monde (c’est justement ce qui enrichit par les échanges commerciaux, culturels, etc.) alors que la mixité est ce qu’il y a de pire au monde car la mixité en un même lieu induit nécessairement la lente émergence d’une homogénéité qui n’est qu’apparente et mortifère car en réalité elle couvre toujours de profondes différences qui restent inexorables et ne peuvent être que sources de conflits à la fois graves et sur le long terme.

      L’espèce humaine n’arrive pas à comprendre que la plus belle chose dans la vie c’est la DIVERSITÉ et que celle-ci ne peut perdurer que si chaque peuple évolue DE SON CÔTÉ, INDÉPENDAMMENT DES AUTRES, TOUT EN FAVORISANT LES ÉCHANGES CULTURELS.

      On est loin du racisme, on en est même à l’opposé total. Car c’est le respect des différences (chacun chez soi) qui évite justement les comparaisons qualitatives.

  8. Que c’est triste… Pauvre Byzance, pauvre douce Constantinople….devenu « Istamboul » ! Beeeuuurk……Pauvre Egypte…pauvre Perse…pauvre Mesopotamie…pauvre Inde avec tous ce que tu as subis par ces satans…pauvre Espagne qui a souffert le martyr durant 800 ans… pauvre Arménie qui a vécu 800 ans sous le statut de dhimmis jusqu’à ce que ta population chrétienne soit être exterminée en 1896,1909,1915 avec 2 millions de martyres arméniens…pauvre Assyrie…même date 1915, 700 000 martyrs. Pour la même date pour les grecs pontiques, 500 000 martyrs…pauvre slaves des Balkans…etc. Quand je vois toutes les regions chrétiennes qu’ils ont agressées, conquises et islamisées, je pense qu’il n’ont aucun droit a venir pleurnicher parce que l’Europe les a colonisés (en leur apportant mille et un bienfait). J’ai compris qu’il faut que les chrétiens soient UNIS et PLUS AGRESSIFS que l’agresseur pour pouvoir vaincre. Unis et PLUS agressifs en toutes circonstances.

  9. J’ai lu, mais je ne sais plus quel livre, que les byzantins fumaient pas mal d’opium et de cannabis, et que cela aurait beaucoup précipité l’affaiblissement de Constantinople, lorsque les turcs sont entré dans la ville les rues étaient pleines de fumées de drogues… Avez vous des précisions sur ces faits ?

    • Oui, mais avec un mélange de vérités et d’affabulations.

      En plus du Maghreb, le cannabis (haschich est le nom arabe) se cultive dans toute l’Eurasie centrale depuis les Balkans jusqu’à la région des montagnes du TianShan (à la pointe Est du Kirghizistan qui sépare l’Asie Centrale de la Chine). La région d’origine de la plante à l’état sauvage était la région de la Géorgie et de l’Arménie. Il est donc évident que les Turcs la consommaient à l’époque des croisades. Elle a été consommée par les peuples nomades de la région dès le VI ou VII° siècle AVANT JC, mais a surtout été exportée par les arabes lors de leurs conquêtes de l’Asie Centrale, surtout en Afghanistan… et jusque dans le TianShan. Son extension vers l’Europe Centrale elle, s’est faite au néolithique de façon quasi-naturelle en accompagnant l’agriculture.

      Le pavot de l’opium lui, est parti de l’Euphrate 3000 ans av. JC et s’est répandu jusqu’au Maroc et jusque dans le sud-ouest de la Chine… par les arabes encore!

    • La faune et la flore du Proche et du Moyen-Orient (en fait de toute la bordure de l’ancienne mer appelée Thétys) est une chose que je connais particulièrement bien. En 1983 c’était justement le sujet de ma thèse en biologie de l’évolution. Mon sujet de thèse était d’analyser les bouleversements biogéographiques qui ont eu lieu lorsqu’au Miocène la pointe nord-est de l’Afrique à percuté le Proche-Orient, fermant la mer Thétys qui reliait l’Atlantique à l’Océan Indien, créant toute la région de la Turquie et du Moyen-Orient (et la péninsule arabique par ailleurs), ainsi que les profonds et graves changements que cela a amené dans la biodiversité animale et végétale et l’extension des déserts depuis cette époque (gigantesques échanges de faune et de végétation entre l’Afrique et l’Eurasie, la collision ayant eu lieu il y a 18 millions d’années dans l’actuel Sinaï puis se propageant ensuite très rapidement à tout ce qui est le Proche-Orient et le Golfe Persique) jusqu’à aujourd’hui.

  10. I.J’évoque régulièrement ce fait historique dans mes commentaires. L’analogie avec la situation actuelle peut être faite mais il y a des nuances. L’empire byzantin à toujours résister lui aux invasions arabes puis turques et cela pendant plus de 800 ans. Il y a eu des périodes de recul puis de renaissance. Malheureusement pour eux, après la mort de Basile II en 1025, le dernier grand empereur byzantin, le déclin a été irrémédiable mais il a durée plus de 400 ans. Les facteurs de la chute de l’empire sont multiples : endogènes (révoltes aristocratiques pour le pouvoir, dépenses somptuaires de la cour et donc forte pression fiscale qui décourage les producteurs, devoir se battre sur au moins 3 fronts: Italie, Balkans et Anatolie) et exogènes (invasion d’autres peuples comme les Normands, les Russes, les Bulgares, les Comans, les Petchenégues…, querelles religieuses avec Rome entre catholiques et orthodoxes, affrontements avec les croisés à plusieurs reprises, concurrence de Venise…).

  11. Bravo Nicolas admirable histoire juste une question parle tu de Byzance ou de la FRANCE de 2016.

    • Les deux se ressemblent à s’y méprendre, cher Thor Ragnarok.

      Merci en tout cas d’avoir lu mon article et d’y avoir posté votre commentaire.

      bien à vous

      Nicolas K.

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