Évolution de l’Islam : nous avons le devoir de ne point baisser la garde !

Publié le 19 décembre 2011 - par

Dans la Dépêche du Midi du 10 décembre 2011, Jean-Michel Ducomte,  Président de la Ligue de l’Enseignement, écrivait : « Des mouvements comme Riposte Laïque n’ont précisément rien à voir avec la laïcité et je les considère comme dangereux ». Peut-être est-ce parce que Jean-Michel Ducomte n’a pas, contrairement au philosophe Michel Onfray (1), une réelle connaissance de l’islam, et de son livre fondateur, qu’il est persuadé que l’islam et la laïcité peuvent faire forcément bon ménage et qu’il n’y a pas lieu d’oser  réfléchir à cela. Pour une partie des intellectuels français qui se sont érigés en défenseurs officiels de la laïcité,  se questionner sur cette dualité est interdit : ils ont des certitudes.  Ces personnes agissent de façon purement symbolique,  en plantant chaque année, le 9 décembre, un arbre dédié à la laïcité : un petit coup d’arrosoir et hop la laïcité repart ! S’ils ne veulent pas voir ce qui cloche vraiment, leurs travaux de jardinage pourraient bien conduire à l’enterrement définitif de la « chose laïque » dont ils se veulent les uniques défenseurs. Pascal Hilout rappelait dans un récent article (2) la fragilité du concept de laïcité face à l’islam. Depuis 1989 et la pénétration des premiers voiles islamiques à l’école jusqu’à la fin des années 2000 avec l’apparition des tchadors et des niqabs  dans l’espace public, il y a eu tellement de signes, tellement d’évidences que de nombreux Français ont ouvert les yeux ! On nous reproche de trop focaliser sur l’islam et d’en donner une image sombre alors que des intellectuels nous vantent un islam lumineux tolérant qui ne serait pollué que par quelques mauvaises interprétations du Coran. On nous certifie que cette religion peut très bien s’adapter à la laïcité et en respecter le cadre… Islam et laïcité : une évidence alors?

Nous aimerions avoir tort et, par suite,  pouvoir reconnaître que nous nous sommes  trompés. Nous aimerions que, de l’autre côté de la Méditerranée, la poussée démocratique des peuples de confession musulmane nous rassure en nous  laissant penser que les laïcs vont avoir enfin droit à la parole. Autrement dit, nous aimerions avoir des raisons d’être optimistes. Mais les événements actuels du Maghreb et du Machrek qui résultent d’élections dont on ne peut pas contester le processus réellement démocratique sont là… L’islam n’est pas en marche aux côtés des démocrates pour promouvoir des idéaux que nous, Occidentaux,  pensions vraiment révolutionnaires en ce qu’ils auraient mené à des  libertés individuelles plus larges. De quoi accoucheront ces  révolutions ?  Pourquoi les laïcs ont-ils autant de mal à se faire entendre de l’autre côté de notre mer commune ? Pourquoi en Tunisie – un des pays qu’on disait les plus modernes – Nadia El Fani n’a-t-elle pas pu, sans subir de menaces, présenter son film à Tunis (3) ( film analysant l’influence du ramadan sur la vie de l’ensemble des citoyens tunisiens et abordant l’idée d’un État laïque) ? Pourquoi aussi ce délire violent lors de la projection du  film Persépolis (4) dans cette même ville ? L’attelage laïcité/islam ne serait-il pas une association problématique en terre d’Islam ?

Pour les peuples élevés dans l’islam depuis longtemps, l’avenir semble être aujourd’hui de revenir aux sources du fondamentalisme. Si on examine les premiers résultats des élections en Égypte, les 40 % de voix des Frères musulmans (5) auxquels s’ajoutent les 25 % des salafistes ne montrent-ils pas un désir profond des Égyptiens de refonder une société  encadrée par l’islam seul ? A partir de là, on doit se poser des questions. Les Égyptiens pensent-ils que seul l’islam des traditions est capable de leur apporter le progrès ? S’agit-il d’un refuge pour une protection sociale ? Ne s’agit-il pas plutôt de l’affirmation d’un pouvoir politique islamique bienvenu qui reconquiert un espace perdu, réalisant (enfin !) le projet des pères fondateurs de 1928 (6) ? N’y a-t-il pas là la volonté de faire triompher l’islam en Égypte d’abord, avant de l’exporter ensuite dans le monde pour le plus grand bonheur de notre ami Tariq Ramadan ? En accordant seulement 13 % des voix aux libéraux, les Égyptiens n’ont laissé aucune place à la voix de la laïcité.

Dans le journal Marianne (n° 764 du 10 décembre 2011) Martine Gozlan (envoyée spéciale  en Égypte) publie un long reportage de 4 pages intitulé : « Surenchère entre islamistes ». C’est avec les tenues vestimentaires des femmes qu’elle plante le décor et qu’elle pose le diagnostic  :« Hidjab à bâbord, niqab à tribord dans les rues du Caire ou d’Alexandrie…. On a rêvé d’un autre visage pour la révolution » poursuit-elle. Pour illustrer son article, une photo choc en pleine page : la manifestation du 18 novembre  au Caire : les salafistes brandissent à la fois le Coran et le nœud coulant d’une grosse corde, promesse d’un programme on ne peut plus musclé et explicite. En rajoutant le traditionnel « isme », celui qui protège de tout, la journaliste écrit :  « Dans l’islam-isme il y a toujours plus pieux, plus propre que le voisin et le rival. Il y a toujours plus couverte, plus voilée que la voisine : cette concurrence ouvre sur le fanatisme »… Elle rappelle ensuite « les procès des années 1990-2000 contre les actrices comme Yousra, la préférée de Youssef Chahine, pour atteinte à la pudeur ». Aujourd’hui, ce sont les romans  de Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature, qui sont attaqués par un élu salafiste au motif d’incitation à la prostitution et à l’athéisme… (Ah ! l’athéisme leur bête noire…. !). De  Mohamed Morsi, islamiste « modéré », Président de «Liberté et Justice» à qui elle demande la définition de la démocratie, Martine Gozlan obtient cette réponse : « La démocratie n’est qu’un moyen. Notre but c’est l’application de la charia » (5) ! Au moins l’homme annonce la couleur : il ne triche pas, et a le mérite de la clarté.

Et les femmes dans tout cela ? Pour Omaïma Kamel, du mouvement des «Sœurs musulmanes » (le pendant des « Frères musulmans »), « il ne faudra pas renoncer à l’éducation des filles… il y a encore 40% de la population féminine analphabète » : elle se battra pour cela. Mais le voile ? Le voile, «  c’est un ordre, et on doit obéir à tous les ordres du Coran » ! Bien chef, mais où est la liberté dans tout cela ?

Les finances sont derrière ces succès. Selon le journal Marianne : les salafistes sont appuyés par le Prince Nayef, nouvel homme fort d’Arabie Saoudite, avide de contrôler les révolutions arabes, alors que les Frères musulmans bénéficieraient de l’appui du Qatar (7). Les plus inquiets sont évidemment les Coptes : « Où va la révolution ? » demande la journaliste à Georges, un ingénieur copte. « Comme en 1979 à Téhéran, notre révolution a commencé avec la gauche, puis les religieux s’en sont emparés »… Très inquiet pour le devenir de sa communauté et de sa famille, Georges est pessimiste, à moins qu’il ne soit terriblement réaliste !

Que peut penser la Ligue de l’Enseignement de tout cela ? Motus et bouche cousue ? Les  féministes tunisiennes transmettent des messages alarmants à leurs homologues françaises. En France, seule Jeannette Bougrab s’inquiète : « Il n’y a pas de charia light » a-t-elle déclaré, avant de se faire tancer par ses supérieurs. On ne veut sans doute pas que les Français réfléchissent à l’évolution de l’islam et en voient le vrai visage : circulez, il n’y a rien à voir ! Et pourtant la constatation que nous faisons aujourd’hui est celle de l’immense force de l’islam, qui  utilise le Coran et les croyants pour faire progresser son projet politique dans cette partie du monde, projet dont on devine aisément le côté  totalitaire. Il y a eu l’Iran, puis les tristes événements d’Algérie. Aujourd’hui l’Égypte peut basculer, la Libye demain ! Le Maroc fait, lui aussi, les yeux doux aux fondamentalistes. Jusqu’ici aucun signe qui pourrait prouver que nous nous sommes trompés et nous faire entrevoir une évolution authentiquement démocratique et laïque des sociétés islamiques.  Nous aimerions bien avoir tort,  évidemment, mais, n’en déplaise à la Ligue de l’Enseignement,  pour l’instant nous avons le devoir de ne point baisser la garde !

Chantal Crabère

(1)Sur RTL : C’est l’islam qui est un problème… on n’est pas dans une logique républicaine… ce n’est pas une religion de paix d’amour et de tolérance ce n’est pas vrai.

(2)https://ripostelaique.com/une-supercherie-nommee-principe-de-laicite.html

(3)Titre en arabe Ni Dieu ni maître, titre en Français la laïcité inch Allah

(4)Une chaîne tunisienne attaquée par des islamistes pour avoir 

(5) Origine des Frères Musulmans, Hassan Al Banna, instituteur 

(6) C’est ce même pays qui actuellement investit en France PSG, projets dans les banlieues etc….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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