Excision, circoncision, même combat ?

J’ai avec plaisir accepté la proposition de rejoindre la rédaction de la Riposte Laïque.
RL est en effet un lieu libre, un endroit où la parole se déploie, où la réflexion n’est pas menottée, coincée par les besoins de la raison d’état, ni escortée par des pandores en tenue militaire et/ou religieuse.
Cette publication me semble un acquis précieux en ces temps de renoncement.
De ce point de vue je me solidarise avec les réponses faites aux cris de souffrance de musulman persécuté du journaliste Sifaoui, -qui aurait été assimilé, par définition, aux poseurs de bombes et aux initiateurs de djihad.
C’est un fait que Sifaoui ne saurait nier : les tenues de femmes bagnards afghanes, saoudiennes et iraniennes, encamisolées de la tête aux pieds jusqu’au bout des ongles, sortent un peu partout comme les champignons après la pluie. Faut-il ne pas s’en soucier ? Est-ce seulement un problème vestimentaire ? Racisme, d’en faire le constat et sonner le tocsin ?
C’est un fait que l’on ne peut nier sans se ridiculiser : il existe malheureusement des projets et des actions de remise des femmes sous le joug, au nom de la pureté des mœurs, au nom de la préservation de la virginité jusqu’au mariage, au nom de l’islam restauré. Ces projets se mettent en place, par étapes.
Pour les promouvoir, les militants les plus visibles, ce sont les salafistes et leurs compagnes. Ces « pieuses » personnes dont la piété est d’abord un épieu vestimentaire pour percer mortellement la liberté de penser, organisent ici et là des minis manifestations dans les lieux publics ; il s’agit de narguer et habituer, aux fins d’étendre les exigences de remise des femmes sous le harnais. Les femmes musulmanes d’abord, toutes les autres femmes ensuite, comme à Gaza, comme en Iran des ayatollah et en Arabie saoudite, comme au Soudan de El Béchir, le chef respecté par les dirigeants du Fatah, du « peuple frère » des Palestiniens.

Sifaoui peut-il prétendre le contraire ? Alors, ne rien dire, ne rien faire ?

En France, le levier de cette entreprise, de domestication servage domestique des femmes, se déploie sous la tenue de camouflage de la « liberté ». « Liberté » de s’emprisonner, liberté de sortir un boulet au pieds, sous prétexte, fréquemment, d’affirmer son identité de fille vertueuse d’ex colonisé (une partie de ces ex colonisés étant eux-mêmes des ex conquérants implacables, colonisateurs de l’Afrique du nord, déniant toujours aux autochtones berbères, pourtant majoritaires, le droit à leur culture plusieurs fois millénaires), en revendiquant hautement par ce procédé vestimentaire son statut « d’indigène de la république ».
Bonapartine le relevait très justement en défendant la pétition proposée à la signature par la Riposte Laïque : la remise au pas, « religieuse », des jeunes filles et des jeunes femmes nées dans des familles musulmanes, qui devraient, même en France, être obligatoirement elles mêmes musulmanes pour toute la vie, ne vise pas qu’elles.
Après leur soumission à un prétendu ordre divin, doit venir le tour de toutes les autres femmes.
J’ai eu l’occasion de le faire remarquer à des belles consciences hypocrites, comme celles dont nous pouvons lire les articles d’agit-prop dans le dernier numéro du « monde diplomatique » : elles pleurent sur le sort des gazaoui victimes de la prétendue « grosse machine de guerre israélienne », mais elles sont indifférentes au vécu de ces mêmes gazaoui écrasés par un talon de fer totalitaire de chaque instant qui s’appelle Hamas.
Il est vrai que l’oppression, vingt quatre heures sur vingt quatre, partout et pour chaque chose, au nom de l’application intégrale de la charia, ce n’est, pour le « monde diplomatique », qu’une chose invisible aux yeux de ses brillants journalistes. Et puis, pourquoi le relever pour les musulmans et les non musulmans de Gaza, n’est-ce pas déjà le quotidien des aborigènes égyptiens, les coptes ? N’est-ce pas aussi le quotidien des peuplades Papoues du Timor, converties de forces ou massacrées ? Alors quoi, en France, un vêtement un peu ample et enveloppant, quelle importance ? Une pétition pour protester contre un vêtement ? Oh !! Quel sectarisme !
Si l’on accepte la légitimité du djihad, et nous l’acceptons, nous autres brillants journaliste du « monde diplomatique » -sinon, nous aussi on appellerait à signer la pétition de la Riposte Laïque ou ferions signer une semblable-, nous l’acceptons d’ailleurs au Timor contre les Papous, en Egypte contre les coptes, nous l’acceptons depuis 1974 au Soudan contre les organisations politiques et syndicales du mouvement ouvrier, contre les clans animistes noubas, contre les tribus chrétiennes du sud, contre les Darfouris, si l’on accepte la légitimité politique du djihad parce que ce serait un avatar du combat contre « l’impérialisme », alors on doit accepter la prolifération de la bourqua, du hijab et du niquab et l’on doit dénoncer la pétition de la Riposte Laïque. C’est d’ailleurs ce que fait de son côté la direction des épigones pseudo trotskistes lambertistes qui ont kidnappés la Libre Pensée pour en faire une succursale en voie de disparition.
Je titrais mon article en posant la question de l’égalité entre excision et circoncision.
En effet, l’interview de Dominique Arnaud m’a laissé une impression désagréable. Sûrement parce que moi-même je suis un circoncis, pas incirconcis.
Les choses peuvent se ressembler et différer sérieusement. Elles peuvent avoir une même origine et des effets ou des fonctions différentes.
Alain RUBIN

Un peu d’histoire, débattons

Ceux qui ne sont pas historien mais qui ont eu cette chance, qui est un véritable privilège aujourd’hui, d’avoir pu découvrir l’enseignement de l’histoire dans un cours complémentaire*1 comme le mien, dans un quartier éminemment populaire, Ménilmontant, se souviennent certainement de la Grèce antique et de son avatar macédonien avec Alexandre le Grand. Alexandre qui a conquis et unifié, sous son autorité, les cités grecques et propagé l’hellénisme à la pointe de son glaive, jusqu’en actuelle Afghanistan à l’est et jusqu’en Egypte au sud ouest.
L’empire du conquérant gréco macédonien s’est fragmenté après sa mort. Ses généraux ont fondé des dynasties. En Syrie, en 168- 167 avant l’ère actuelle, la dynastie grecque séleucide, sous la direction d’Antiochus, promulgua une série de décrets contre les Juifs. Ces mesures culminèrent lorsque l’autorité gréco syrienne décida la transformation du Temple de Salomon à Jérusalem en lieu de culte des divinités grecques.
Parmi les mesures antijuives, les plus ressenties comme vexatoires prises par l’administration séleucide, l’interdiction de la circoncision.

La circoncision hébraïque (juive), réalisée à huit jours par un « mohel », un rabbin circonciseur de métier, ne laisse pas un souvenir particulier en matière de mortalité infantile. Elle a très certainement moins d’effets secondaires que n’en a eu et n’en a encore la vaccination obligatoire des enfants, dont on découvre aujourd’hui les dangers considérables pour des millions de gens.
La circoncision à l’âge de 13 ans, l’âge auquel (selon le récit biblique) Abraham aurait circoncis le fils qu’il eut avec Agar, la servante égyptienne de son épouse Sarah, présente certaines différences en termes d’effets sanitaires. Elle présente aussi des différences culturelles et somatiques parce qu’elle est un moment redouté des adolescents. Au lieu d’avoir à lire un discours et un passage de la Torah devant une assistance attentive et instruite, pour marquer le passage à l’âge adulte, le jeune lorsqu’il est circoncis à l’âge d’Ismaël doit prouver sa virilité et qu’il ne redoute pas la douleur. Cela devient pour lui une sorte de rite guerrier, comme il en existait de redoutables à Sparte et dans les tribus guerrières des grandes plaines américaines, là aussi pour faire des guerriers ne craignant pas la douleur.
C’est toujours une circoncision me direz-vous. Certes, c’est toujours la circoncision. Mais il en est en matière de circoncision comme il en est en matière de vins : il y a des grands crus et il y a la piquette. Ce sont toujours des vins, grands crus, piquette, oui, bien sûr que ce sont des vins les uns et les autres …
Mais la douleur, les risques d’infections liés à la vitesse moins grande de cicatrisation, ne sont pas comparables selon l’âge et les procédés, selon que l’ablation du prépuce est réalisée à huit jours par un professionnel expérimenté ou beaucoup plus tard et si la personne ne dispose ni d’expérience ni de conditions d’hygiène.
Je plaide pour ma paroisse va m’objecter l’ami Arnaud. En effet, je plaide et je dis ce que je pense. C’est tout le plaisir d’écrire dans la Riposte Laïque. Pas de dogme : liberté de conscience, liberté de pensée, liberté ce critique. Je reconnais que l’on peut me critiquer et me dire que je suis encore un brin obscurantiste et par trop proche des rabbins, je ne sortirai ni bombe ni poignard, j’argumenterai.
En outre, voulais-je rajouter, c’est un constat : nous autres circoncis sommes moins sensibles mais pas insensibles, si vous voyez ce que je veux dire ; pour nos partenaires, cela représente le grand avantage d’une « union » moins brève, trop brève souvent, pour les compagnes. Nous sommes tout de même sensibles disais-je aussi, et nous ne sommes pas privés d’orgasme. Mutilation la circoncision, humiliation, dans ces conditions ? L’ami Arnaud m’expliquera cela, je n’en ai encore pas conscience après 65 ans.
Question encore : Peut-on mettre une mesure médicale (liée au phimosis) ou religieuse sur des bébés ou des petits enfants, invisible même dans une société papoue, une société ou les hommes vont nus avec, pour tout vêtement, un étui pénien, peut-on la mettre sur le même plan que des vêtements agressifs qui enferment son porteur ou que sur celui d’une ablation majeure risquant effectivement de tuer, privant le plus souvent fortement la femme de sa sensualité, amoindrissant, voir supprimant, désir et plaisir dans la relation amoureuse pour la réduire à un simulacre, un simple acte de fécondation du côté de la femme ?
En outre, on a constaté que les hommes circoncis sont moins vulnérables à la pénétration du VIH. Ce n’est certainement pas le traitement adéquat pour répondre à cette pathologie, mais c’est un élément qui compte quand même en matière se santé publique. Et la santé publique, ce n’est pas toujours, fort heureusement, un médecine politisée poursuivant des fins inquiétantes.
J’ajouterai, pour revenir et finir sur la circoncision, que dans la tradition juive, elle est l’objet de festivités, que les familles ne la font pas réaliser dans un cadre et avec des moyens destinés à obtenir la prise en charge par la sécurité sociale et leurs concitoyens non juifs.
On ne doit donc pas parler en l’occurrence de la circoncision mais des circoncisions.
Pour conclure, si j’ai ainsi titré cet article, « excision, circoncision même combat ? », c’est précisément parce que, moi, je ne le pense absolument pas.
Alain RUBIN
(1) Les cours complémentaires prenaient les élèves de la classe de sixième jusqu’en troisième. On pouvait y entrer, comme dans les autres établissements secondaires, après un examen vérifiant si l’élève savait lire, compter, rédiger et s’il connaissait le programme d’histoire et de géographie des classes primaires.
Le programme des cours complémentaires était identique à celui des lycées et collèges qui pouvaient prendre les enfants en classe de septième (actuel CM2) jusqu’aux baccalauréats (1er et second bac). Sauf en langues, les enseignants y étaient des professeurs d’enseignements général (PEGC) ; c’étaient des instituteurs et des institutrices blanchis sous le harnais, des enseignants expérimentés, initialement recrutés après la classe de troisième parmi les enfants du peuple et formés dans les écoles normales (écoles dissoutes une première fois sous Pétain, rouvertes après 1945 et fermées sous Lang Jospin, au profit d’usines à gaz et à décérébrer appelées IUFM). Le BEPC, passé à la fin de la classe de troisième était un vrai diplôme. Mon cours complémentaire, à Ménilmontant, quartier populaire et cosmopolite s’il en était, obtenait un taux de réussite au BEPC supérieur à celui des grands établissements scolaires parisiens.
Nous venions en classe pour nous instruire, pas pour y être accueillis « dans un lieu de vie », comme le préconisera le sociologue Bourdieu, qui fut malheureusement écouté, et comme le mettront en chantier tous les apprentis sorciers, tous les charlatans démolisseurs de l’école de la République, souvent rejetons des « sciences de l’éducation ».
Alain RUBIN

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