Existe-t-il des élus qui savent ce que signifie vivre avec 1100 euros par mois ?

Les hommes et les femmes politiques pensent que la mollesse collective des citoyens l’emporte toujours sur les grognements de l’opinion, que leur indécence commune notamment dans le mensonge est plus consistante que le désir de vérité des électeurs.

Jérôme Cahuzac se défend dans le Canard Enchaîné en enfonçant une porte certes ouverte mais que beaucoup croit encore solide et bien fermée : « On me dit que j’ai menti sur ma situation personnelle. Cela veut dire quoi ? Qu’il y aurait des mensonges indignes et d’autres qui seraient dignes ?» Et le député du Lot‑et‑Garonne de préciser sa pensée : « Quand on ment sur ordre, et pour des raisons politiques, à l’Assemblée, est-ce digne ? A ce compte‑là, j’ai menti devant l’Assemblée sur la possibilité de réaliser 3% de déficit en 2013 ».

Le 13 février dernier, Jérôme Cahuzac, encore ministre du Budget, a en effet affirmé en plein hémicycle et les yeux dans les yeux que le gouvernement fondait son action sur cet objectif de 3%, alors même que l’on sait maintenant qu’en privé, il n’en croyait pas un mot, pas plus que le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, pas plus que François Hollande.

Le mensonge est moyen politique. Doit-il être dénoncé? Jacques Attali, dans l’émission de Taddéï « Ce soir ou jamais » du 29 mars, a lancé qu’il est normal de prendre l’argent des épargnants comme cela se fait à Chypre parce qu’ils ont cru les mensonges des gens qu’ils ont élus. Pour lui, les électeurs sont les premiers responsables, par leurs votes, de la situation. En d’autres termes, les élus sont des menteurs invétérés oints du vote des électeurs (ce qui au passage disqualifie Moscovici et Hollande).

Depuis quelques jours, ces élus de la République criaillent comme des mouettes trop grasses sur le fait qu’ils devraient publier leur patrimoine :

« Retour de l’Inquisition », « Chasse aux sorcières », « Safari aux riches », « Cela donnera l’impression que tous les élus sont condamnables », « L’engagement est un sacrifice ».

Bien entendu le problème n’est pas là.

Ce que refusent les citoyens c’est le fait que des gens qui n’ont aucun souci de pouvoir d’achat, de fin de mois, aucun obstacle à obtenir les meilleurs soins, aucun problème de pilotage de l’instruction de leur progéniture viennent leur faire la leçon sur les économies à réaliser, sur le serrage obligatoire de ceinture, sur la dégradation inévitable de leur quotidien.

Existe-il des élus nationaux qui savent ce qu’est vivre avec 1100 € par mois en payant son loyer, son eau, son électricité, son chauffage ?

Quelques-uns de ces politiciens professionnels ont senti le danger. Ils lancent maintenant que 98% des élus sont honnêtes (chiffre improuvable comme est improuvable le contraire) et qu’il ne faut surtout pas que les Français pensent qu’un élu parce qu’il a des revenus confortables ne se soucie pas du bien commun, du quotidien de ses concitoyens.

Peut-être ! Mais il n’est pas certains que vivre sous les ors de la République depuis trente ans, sans jamais payer un repas, être conduit par un chauffeur dans une luxueuse voiture de fonction favorise l’altérité.

Autre argument :« Pourquoi moi (l’élu) plutôt que mon pharmacien ? » (article sur Rue 89). Parce que mon pharmacien ne me tape pas sur la figure à coups d’impôts, de normes plus imbéciles les unes que les autres, ne se défausse pas sur l’Europe pour embrouiller ma vie par un tas de petites saloperies administratives, ne soutient pas l’islamisation de mon pays, ne conteste pas la représentativité de manifestations attirant des centaines de milliers de personnes et ne vote pas une loi à main levée comme dans un Etat totalitaire.

Les remèdes – comme dirait mon pharmacien – pour que la République soit plus proches des citoyens paraissent assez simples : non-cumul des mandats, pas plus de deux mandats sur un poste, abandon du métier quand on est investi d’un mandat (l’avocat quitte son cabinet, le médecin ne devient pas ministre de la santé, le patron laisse la direction de son entreprise et n’intervient pas dans les secteurs où celle-ci œuvre, l’enseignant quitte l’Education nationale), l’élu publie son patrimoine et celui de ses proches au début et à la fin de son mandat.

Mais visiblement le malade, pour l’instant, refuse de se soigner. Pour lui, oser le contester c’est se radicaliser. Déni de réalité. Et ce n’est pas en niant celle-ci que les élus de tous bords rétabliront le lien avec les hommes et les femmes de cette République en détresse.

Marcus Graven

 

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