Extrait de Marrakech la Juive : en cherchant un pont entre tous les peuples

J’ai quitté Marrakech la juive sous la nacre de ses matins d’automne et j’ai retrouvé Marrakech, perle d’argile ensevelie sous une urbanisation à outrance, effaçant en l’espace de quelques décennies un passé glorieux exaltant le vivre-ensemble entre musulmans, juifs et chrétiens. Marrakech où musulmans et juifs se surprenaient à fêter Noël, le jour de l’An et Mardi gras avec les chrétiens, comme si cela était naturel. Une des rares villes à avoir conservé un halo de candeur et d’innocence, symbolisé par la présence des djinns et la force des superstitions. Une ville où personne ne trouvait singulier que des musulmans viennent participer à la Mimouna (sortie d’Égypte) ou à la Hiloula [1] d’un grand rabbin, et que des juifs viennent offrir des moutons aux musulmans pour l’Aid el-Kabir [2]. Tout cela est parti en fumée. Les juifs ne forment plus qu’une minuscule minorité qui s’obstine à perpétuer l’humeur et l’entrain qu’ils ont connus dans le passé, alors que la radicalisation évidente de l’Islam progresse. Sont-ils courageux ? Non, plutôt des convaincus !

« J’ai aimé la vie dans sa musique céleste, sa perfection et ses prétendues imperfections. J’ai refusé de corriger la nature en découvrant les dessous de ce qui me paraissait parfait ou imparfait.

« Le Créateur a ses raisons et c’est à nous de les découvrir.

« J’ai défié les géants et j’ai cheminé de concert avec l’innocence, la foi, la crédulité. J’ai connu la peur, la solitude, l’abandon. J’ai connu la faim, la pauvreté, le dénigrement, la richesse, la profusion, mais j’ai aussi suivi les signes qui jalonnaient mon chemin et me guidaient vers la réalisation de mes aspirations les plus irrationnelles. J’ai toujours su qu’il n’existe qu’une alternative : la vie terrestre ou la céleste. J’ai fait mon choix.

« Je n’ai jamais été capable de haïr, de détester, j’ai toujours contourné les écueils de la vie, avant tout par respect pour elle. J’ai souvent frôlé la mort et j’ai observé les miracles sous toutes leurs formes. J’ai tendu la main à tous ceux qui la cherchaient. J’ai admiré le courage du pauvre face aux plus chanceux. J’ai souffert avec tous ceux qui souffrent. J’ai pleuré avec tous ceux qui pleurent…

« S’il vous semble parfois qu’il n’y a rien de logique dans la création, c’est que nous sommes loin de déchiffrer sa complexité.

« J’ai glissé avec exaltation dans la griserie de l’étude, des recherches, de la connaissance de tout ce qui m’entoure, m’intrigue, m’interpelle et dont j’ai fait mes universités. J’ai découvert les trésors imperceptibles de la Bible, du Talmud qui m’ont, après bien des approfondissements, révélé leurs mystères, leur justice presque mathématique, leur humanisme et leur philosophie. Grâce à eux, j’ai trouvé mes points de repère, j’ai gagné mon équilibre, j’ai conservé ma candeur et ma droiture… Mais j’ai aussi appris à aimer les belles lettres…

J’ai surtout été MOI sans restrictions.

« J’ai souri à la vie et elle m’a souri en retour avec beaucoup d’amour et de clémence, avec sa clarté éblouissante, ses énigmes, ses périls qui ont cessé d’en être lorsque j’ai navigué dans leur courant.

« J’ai renoncé depuis longtemps à la futilité, à la gloire et aux feux des projecteurs pour me vouer à l’humilité et à la pureté de l’âme. Certains diront que j’ai eu tort, moi je proclame dans le souffle vespéral, « Gloire au Créateur et gloire à l’homme qui est le bien le plus précieux de Sa création ! »

Hag Hanoucca Sameach

Thérèse Zrihen-Dvir

EN VENTE CHEZ L’AUTEUR


[1]) La Hiloula (judéo-araméen הילולא, substantif féminin formé à partir de la racine הלל, HLL, dont le sens premier est « crier avec joie et crainte ») est une coutume juive consistant à se rendre sur les tombeaux de Tsadikim (c.-à-d. les Justes) le jour anniversaire de leur mort, et à commémorer cette mort par une cérémonie festive au cours de laquelle les pèlerins lisent des Psaumes et autres textes sacrés ou considérés comme tels (comme le Zohar).

[2]) L‘Aïd al-Adha (en arabe , « fête du sacrifice ») ou Aid al-Kabir (« la grande fête » par opposition avec l’Aïd el-Fitr appelé aïd as-saghir, ou petit aïd), est la fête la plus importante de l’islam. Elle est appelée Tabaski dans les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale (Tchad, Cameroun) comptant une importante communauté musulmane. Elle a lieu le 10 du mois de dhou al-hijja, le dernier mois du calendrier musulman, après waqf atarafa ou station sur le mont Arafat, et marque chaque année la fin du hadj.

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7 Commentaires

  1. J’ai lu un ouvrage publié par l’ Alliance Israëlite et concernant les efforts que cette organisation a fait pour éduquer et instruire les populations juives du Maroc. On part de la fin du 19ème siècle et on nous explique les situations rencontrées tout au long du XXème siècle.
    Les enseignants et organisateurs venant notamment de France ne s’attendaient pas à trouver une population aussi arriérée, soumise à des superstitions et qui ont eu beaucoup de difficultés à assimiler les notions de propreté et d’hygiène. Des juifs découvrant d’autres juifs.
    Sans compter le rejet de l’école par de nombreux parents.

  2. L’avenir des juifs est (et sera toujours) la diaspora, à Marrakech ou partout ailleurs. Un Etat juif, depuis l’an 70, n’est (et ne sera) jamais viable.

    • Anton, c’est vous qui le dites… Israël s’est relevé de ses cendres après plus de deux mille ans… contrairement à tous les empires. Il est le seul qui les a survécu et survivra.

    • Anton, ça fait 2000 ans que les juifs sont en France, cherchez dans votre généalogie, peut être que vous avez du sang juif, qui sait??? Michel Onfray a révélé dernièrement avoir découvert en faisant son arbre généalogique et son ADN qu’il avait eu des descendants juifs retrouvés en Alsace. 2000 ans, il peut s’en passer des choses.

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