Face à l’islam, nos Etats sont des navires sans capitaine, ni boussole !

Publié le 7 février 2011 - par
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Au printemps 1982, lors d’une mission pour MSF, j’ai croisé, dans la montagne afghane, un groupe d’une trentaine de moudjahiddines qui revenaient du nord.

On m’expliqua qu’il s’agissait de volontaires pour une mission au Tadjikistan soviétique. Ces hommes rentraient au pays après plusieurs mois passés clandestinement en URSS, où, à défaut d’y manier la kalachnikov, ils étaient allés porter la bonne parole islamique à leurs frères envahisseurs de l’Afghanistan.

Etonnante découverte pour un Français persuadé de l’étanchéité des frontières de l’Est. Je dus alors me rendre à l’évidence : le pays de Brejnev était ainsi envahi à son tour, d’une manière certes moins brutale et massive que l’Afghanistan mais en tout cas redoutablement efficace.

Trente ans plus tard, cette anecdote me revient en mémoire au moment où la presse française commence à mesurer pour de bon l’entrisme de l’Islam dans notre cher et vieux pays, le titre du Point de la semaine dernière : Le « spectre de l’islamisme » illustrant cette prise de conscience tant attendue par les gens lucides.

Spectre : apparition effrayante (ou surnaturelle, d’un fantôme, d’un esprit), nous précise le dictionnaire. J’en conclus que, même s’agissant de contrées plus ou moins proches de nous, une sorte de terreur saisit ceux qui, dans les démocraties, sont censés faire, influencer voire manipuler l’opinion. On mesurera le parcours de quelques beaux esprits depuis l’épiphénomène musulman des années 70 en Europe, l’émergence terroriste des années 80, la révélation communautaire des années 90, et, étape en cours, le chemin aujourd’hui tracé pour l’offensive in situ de l’Islam en Occident, sur les ruines des tours jumelles. Quarante années de fausses routes, d’esquives et de « remise à plus tard » des solutions au problème. Quarante années d’errance.

Que de temps perdu, d’énergies gaspillées, de mensonges que l’on continue un peu partout à se dire à soi-même. Que d’aveuglement, de surdité, de reculs et de lâchetés. Nous voici cependant officiellement face au spectre. Au moins l’-t-on désormais identifié!

Je pense que les gens touchent enfin du doigt le mouvement qui, depuis tout ce temps et même bien avant, rampait sous leurs pieds. C’est l’Orient des profondeurs, brûlant de colère, de frustration et de jalousies sous la chape de chaleur, de soleil et de lascive complicité qui émeut tant le touriste. C’est le flux bouillonnant, longtemps arrêté, d’un océan apparemment refroidi que la coupable courte vue de nos dirigeants a laissé se réveiller patiemment et qui, libéré par la destruction du cordon dunaire, déferle maintenant sur nos rivages. Ne pas avoir expliqué en temps voulu au peuple la mécanique de ce cataclysme pourtant prévisible est une faute, une très lourde faute. De la peur du spectre à la panique de devoir l’affronter, la route à faire n’est plus très longue, tant les choses vont vite. La prochaine station de ce calvaire annoncé sera, peut-être, la mise en chantier des barrages nécessaires à la survie mentale des nations encore libres, la question étant de savoir qui aura le courage de poser la première pierre du système au moment où la frontière commune de nos libertés se révèle être un gruyère plus riche en trous qu’en pâte dure.

Pour l’instant, on conjure, on espère, on souhaite que la démocratie s’installe là où les dictatures s’effondrent. On prie aussi pour cela, sans doute! Mais on n’a pas encore mesuré l’exacte puissance du mouvement émergent évoqué plus haut. Il faut, pour cela, avoir suffisamment fréquenté l’Orient pour le comprendre autrement que par l’entremise lénifiante des tours-opérateurs, des « experts » en sciences politiques et des perruches (autruches?) médiatiques. Il faut, pour cela, avoir trouvé ce qui se cache sous les zéphyrs languides qui bercent les soirées constellées, les vacances insouciantes et les nostalgies des Mille et une nuits. Ce qui gît là-dessous s’appelle tempête. Nous sommes déjà dans ses tourbillons. Il serait bon que tous ici ressentent pareillement ses premiers effets. Hélas, c’est loin d’être le cas. Nos Etats sont des navires sans capitaines ni boussoles, imprudemment lancés sur la houle. Je crains qu’il ne soit déjà bien tard pour apprendre au plus grand nombre les manoeuvres et les décisions qui sauvent des naufrages.

Alain Dubos

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