Face à la France de la décomposition nationale, la République sortira-t-elle enfin d’un coma de 40 ans ?

Il existe désormais officiellement deux France. Elles ne sont plus plus séparées comme avant par l’affrontement classique gauche-droite sur des critères historiques et dans une matrice partagée, mais par celui des peuples à l’intérieur de frontières communes. Les rassemblements de la Bastille et de la Mutualité au soir du 6 Mai l’ont montré d’une manière éclatante.

Lorsqu’il déclare que les drapeaux français agités dans le 5è arrondissement de Paris lui rappellent les grandes messes nazies des années 30, Monsieur Axel Kahn nous prouve que le fait d’être un brillant scientifique imposant aux masses sa supériorité intellectuelle n’empêche aucunement de proférer des âneries plus épaisses qu’une couenne de jambon pata negra. À ce compte-là, les marées tricolores de la Libération doivent-elles être considérées a posteriori comme la simple continuation de l’affichage massif des bannières à croix gammée dans les rues de nos villes, quatre années durant?

À cette niaiserie étonnante pour un cerveau réputé sur-dimensionné, je renvoie, comme le négatif d’une photo, la floraison printanière de couleurs étrangères dans l’arrondissement voisin, convaincu que cette intrusion, ébauchée lors de la seconde élection de Jacques Chirac, étalée sans pudeur aujourd’hui et jugée « bon-enfant » par tant de commentateurs, a profondément choqué une majorité de citoyens de tous bords. L’absence quasi-totale des couleurs françaises sur la Place de la Bastille résonnant comme l’acceptation par le plus grand nombre des présents ce soir-là de cette très symbolique domination.

Deux France, oui, l’une portant haut sa mémoire, l’autre exhibant celle que des parents, des éducateurs, des enseignants, des manipulateurs d’opinion et maints autres agents de la décomposition nationale, lui présentent comme étant la seule qui vaille d’être honorée. Le 6 Mai 2012, une bascule s’est opérée, un clivage est apparu, de la dimension d’une faille. Ne manquaient à la Bastille que les drapeaux d’Al Quaïda habituellement associés à ce genre de démonstration, drapeaux à propos desquels il est raisonnable de supposer que des gens avisés ont recommandé aux têtes chaudes de les laisser à la maison. Pour un soir.

Déjà s’exprime tant sur le net que dans la rue, qu’à l’école, qu’au marché, la superbe de ceux qui pensent avoir gagné à eux seuls la bataille. Un pays leur est donné clefs en main, alors, ils le prennent par les mots en attendant de pouvoir le faire par l’action. Des poncifs anti-israëliens anonnés par des gamins à la Bastille aux immédiates exigences de changement de Monsieur Erdogan en passant par les candides considérations d’un Francis Lalanne sur la pureté absolue de l’Islam, on aura, dans un fatras multi-n’importe quoi, tout entendu, en un temps record. Ce mois de Mai 2012 est une catharsis, le problème étant de savoir si elle débouchera sur une guérison ou sur une nouvelle phase clinique.

Nous verrons très vite comment les soignants qui ont pris en main le malade comptent améliorer son état, et quelle pharmacopée ils mettront en oeuvre. Nul n’est à ce jour en droit de les juger avant qu’ils aient entrepris leur besogne. Il y a certes les intentions, qui inquiètent et le mot est faible. Les actes sont une autre affaire.

Il est certain cependant que la République aura fort à faire pour se sortir du coma dans lequel l’ont plongée quarante années de fuite en avant, de laxisme, d’autorité péteuse et de jeu avec le feu. L’ambiance générale du pays le Lundi 7 Mai nous dit que si les défoulements de la veille furent ce qu’ils furent, le fond d’angoisse pour sa survie en tant qu’une, indivisible, laïque, démocratique et sociale, hante, aussi lourdement sans doute qu’en Juin 40, l’âme tourmentée de la France.

Alain Dubos

 

 

 

 

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