Face à Zemmour, j’ai regretté la frilosité nouvelle d’Onfray sur l’islam

Publié le 14 juin 2015 - par - 1 429 vues
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Onfray-Zemmour« OPTIMISTE : Equivalent d’imbécile. »

Fort de cette saillie de Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues, j’ai suivi le débat, organisé à l’opéra de Nice par le journal Le Point et animé par le fâcheux Franz-Olivier Giesbert, entre Michel Onfray et Eric Zemmour qui, quelles que soient les objections de chacun, pensent et se réclament d’une continuité intellectuelle et historique solide qui nous distrait de l’indigence habituelle des plateaux de télévision et autres lupanars idéologiquement proprets. Ici donc, point d’optimisme béat ou malhonnête, mais du réel, rien que du réel.

Certes, j’ai été interloqué par la soudaine modération d’Onfray sur l’islam,  formulant le vœu que cette religion ontologiquement immuable se convertisse à la République, à la manière du judaïsme et du christianisme. Autrement dit, l’expurger de sa substantifique moelle. Utopie contrebalancée par un Zemmour plus réaliste en la matière, affirmant, avec raison, qu’il n’y avait pas deux islams, que l’islam terroriste était littéraliste, c’est-à-dire fidèle à la doctrine contenue dans le Coran, incréé et donc divin et indiscutable. Ce que ne sont pas les Evangiles, on le rappelle.

Onfray s’est alors fendu d’une remarque aussi malvenue qu’inepte, déclarant qu’Hitler aimait Jésus lorsqu’il chassait les marchands du Temple, ce qui sous-entendait, peut-être, qu’il était aussi violent que Mahomet !

Ce même Onfray, qui nous a tous exhortés à éviter les « gros sabots » en évoquant les Arabes, semblait oublier qu’il lui est arrivé de les chausser, ces sabots, pour déboulonner sans restriction les statues de ceux qui n’ont pas l’heur de lui plaire. Serait-ce un soudain syndrome de Stockholm à l’égard de l’islam ? A surveiller.

Venait ensuite le deuxième sujet : l’Europe. Onfray, retrouvant ses esprits, en a profité pour portraiturer le cynique Mitterrand – « ce petit homme », dira-t-il si justement – tandis que le noceur mondain et parisien Giesbert croyait bon de le défendre post-mortem, avec son intempestive logorrhée. Passons.

Onfray a donc détricoté cette Europe accouchée aux forceps malgré les peuples, dont le français, et Zemmour en a rajouté une couche, énonçant une vérité implacable : « Le droit européen nous a privés de toute souveraineté. » Oui, il y a bien eu une prise d’otage des peuples du Vieux Continent, sommés d’adorer l’idole Europe et de s’y oublier, sous peine d’être estampillés faiseurs de haine. Comprenez : l’Europe nous préserve des guerres fratricides, la rejeter c’est creuser des tranchées ! Anachronisme si stupide de la part des élites européistes qu’il ne mérite pas d’être relevé.

Troisième acte, Mai 68, dont Onfray a pertinemment rappelé qu’en France cela a donné naissance à des aberrations comme la théorie du genre, laquelle prive de repères des enfants déjà fragilisés par maintes calamités dans l’air du temps. Là, je le suis plus que sur un islam soluble dans l’eau de nos rivières !

Mais c’est l’analyse de Zemmour qui, à mon avis, a remporté la mise : Mai 68 a été l’expression de l’individualisme, et pas du collectivisme comme certains l’ont cru à tort, dont ces trotskistes devenus depuis d’honnêtes notables capitalistes ! Or, une fois mises à bas les structures pour les encadrer, les individus, privés de repères, sont devenus fous, produisant la société qu’on connaît, dépossédée de sa conscience et tournée vers un consumérisme qui cache la réalité désastreuse : nous sommes envahis et en passe d’être remplacés.

Pour la question conclusive sur l’avenir, les deux esprits se sont rejoints, reconnaissant que notre civilisation était mourante, Zemmour précisant qu’elle régressait à l’ère des guerres de Religion tandis qu’Onfray y voyait une fatalité presque logique.

Ainsi s’est déroulé un échange courtois et non moins animé – exceptant le pénible parasitage de Giesbert – où l’authentique controverse s’est substituée à l’ignorance satisfaite des ordinaires bien-pensants médiatiques, aussi bourratifs qu’indigestes.

Je regrette cependant la frilosité de Michel Onfray qui, s’il daignait regarder l’islam pour ce qu’il est, s’épargnerait des absurdités telles qu’un islam républicain. Sa modération sur ce sujet confinait à de l’aveuglement. Zemmour a heureusement rétabli les faits et démontré sans détour qu’il y avait péril en la demeure. On ne tend pas la main à l’islam sans risque, et certain philosophe devrait méditer cela, surtout avec des prétentions hédonistes !

Charles Demassieux

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