Fadela dans le gouvernement de Sarkozy, l'arête dans la gorge du PS

Fadela a fait le choix de rejoindre le gouvernement Sarkozy… En aucun cas ce choix ne peut effacer son action militante des années passées, en faveur des femmes.
« Une arête l’étrangla tire lire lère, une arête l’étrangla tire lire là ! ». C’est à cette chanson enfantine que pourrait nous faire penser le dépit qui s’exprime chez certains responsables du PS à l’égard de ceux qui les ont quittés. Et il y a une arête qui ne passe vraiment pas, c’est Fadela Amara.
Dans son émission « revu et corrigé » du samedi 30 janvier, (1) lors d’un débat sur le projet de loi pour l’interdiction du voile intégral, Paul Amar avait rassemblé Ali Elmoujahed parlant en qualité d’imam de Montreuil et de Président des musulmans de France, Eric Raoul, Harlem Désir, député européen, et Sihem Habchi, présidente des Ni Putes ni Soumises.
Avec la pugnacité qu’on lui connaît, Sihem Habchi revient à la charge pour défendre le droit des femmes, transmet une fois encore les demandes des musulmanes afin qu’on entende leur besoin de protection, leur désir d’émancipation, de laïcité, leur exigence de République, face à la « gangrène » intégriste qui les menace. Rappelons-nous « la République ou la burqa » avait-elle dit devant la mission Gérin.
Notre bel imam barbu, s’exprime calme et souriant, mais ne trompe que lui. Quand Sihem lui demande : « pourquoi les musulmanes doivent-elles cacher leur corps ?», il ne répond pas mais nous vante la modernité du prophète, on ne saura donc jamais pourquoi les femmes doivent se cacher. Habileté maligne à laquelle nous sommes habitués de la part des imams, qui pour la plupart veulent voiler les femmes, et qui ne nous surprend plus. Là où ça se gâte c’est qu’il conteste le droit de notre parlement ( donc des Français) de donner son avis sur la question du voile intégral. Bigre, c’est un peu fort de café ! Mais, dans ce débat, le plus navrant, c’est qu’à la demande de Sihem, pour que le PS s’engage dans ce combat, avec les forces progressistes de notre pays, Harlem Désir, termine son intervention en lui jetant méchamment à la figure : Fadela Amara ! Pitoyable ! Heureusement Sihem réagit avec intelligence à ces propos, et renvoie Harlem au tapis.
Lors de l’audition, nous avions déjà noté à l’égard de Sihem Habchi, une agressivité de la part de Mme Mazetier et dans une moindre mesure de M. Glavany, contrariés qu’elle leur rappelle les erreurs de la gauche en 89 (avoir autorisé le voile à l’école), absence de réaction qui, 20 ans plus tard, nous amène au niqab. Est-ce à cause de leurs justes revendications que les NPNS ne semblent pas en honneur de sainteté au PS ? Et bien non ! C’est à cause de Fadela, créatrice de leur mouvement, et traître à la cause socialiste. Le PS voulait un bouc émissaire, il l’a.

Qui est Fadela ? C’est une femme courageuse qui, prenant conscience des ravages que fait l’islam des caves, de la violence qu’exercent les grands frères contre les jeunes filles et les femmes des cités, se lève un jour pour dire NON, pour dire STOP… Avec une petite équipe dans laquelle il y a Sihem, elle entreprend, au printemps 2002, un tour de France des banlieues. Elle écoute attentivement les confidences, les récits douloureux des femmes et des jeunes filles. Batailles, débats difficiles, souvent houleux, menaces, (déjà les menaces). Ces femmes se dressent, seules contre les barbus, (déjà les barbus) et bien souvent leur tiennent tête ainsi qu’à la gente masculine de l’extrême gauche dont on se demande, encore aujourd’hui, leur positionnement sur le sort des femmes. Comme ils ont admiré Mao, certains comme au NPA continuent d’admirer les ayatollahs et les barbus et, comme eux : « les femmes en tchador ils adorent ! »
Fadela Amara, c’est le respect et l’amour de la France, c’est une ligne claire : « ni voile, ni burqa », c’est aussi un slogan qu’elle envoie aux musulmanes du monde entier : « Ni putes, ni Soumises » (2) audacieuse devise de liberté. Il faut apprécier la constance de ses idées féministes auxquelles elle ne renonce pas, même avec sa fonction officielle.
Fadela a choisi de rejoindre Nicolas Sarkozy. On peut approuver ou désapprouver cette décision, (nous souhaitons juste lui demander de comprendre que maintenant qu’elle est devenue Secrétaire d’état d’une République laïque elle n’a pas à nous faire savoir qu’elle fait ses cinq prières par jour et le ramadan ; ça ne nous regarde pas, la foi est quelque chose de privé pour les ministres aussi) mais en aucun cas ce choix qu’elle a fait ne peut effacer son action militante des années passées, en faveur des femmes. En aucun cas ça ne justifie que face aux demandes pressantes d’action de Sihem, Harlem termine le débat en jetant comme une injure, le nom de Fadela Amara. C’est médiocre, c’est mesquin.
Chantal Crabère
(1) France 5 Paul Amar
(2) Ni Putes ni Soumises Edition La découverte/ Poche

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