Fanny Truchelut ni intellectuelle, ni juriste, a eu raison

Publié le 20 février 2008 - par
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Cette affaire des Vosges décidément n’en fini pas de faire des vagues chez les laïques.

J’observe dans Respublica N° 574 que la partie de ping-pong entre intellectuels bat toujours son plein. C’est un vrai régal, dommage que ça tourne au crêpage de chignons. Les trois philosophes signataires demandent que leurs actions passées en faveur de R. Redeker et Charlie Hebdo soient portées à leurs crédits, le présent n’efface pas le passé, personne ne leur refuserait la carte d’anciens combattants laïques.

Pourtant ça ne va pas, l’affaire des Vosges c’est aussi autre chose. La philosophie est un art majeur pour comprendre les rapports entre les hommes, disséquer, interpréter et expliquer le fonctionnement de la société. Mais ce n’est pas le seul outil disponible, les artistes : peintres, sculpteurs, savent exprimer leurs émotions sans fournir d’explications, le caricaturiste parvient à traduire sa pensée sans légende. Oserai-je, moi qui ne me suis jamais frotté à la philosophie, donner mon avis ? Oui ! parce que je suis un citoyen républicain, laïque, et que je vote.

S’il est nécessaire de me légitimer j’ajoute que je retrouve des traces dans les comptes rendus du conseil municipal de mon village en date du 29 mai 1887 le nom d’un de mes ancêtres qui avec 4 autres conseillés, tous culs terreux fonctionnant au bon sens, proposa au conseil d’exprimer le voeu suivant. Le conseil émet le voeu suivant : 1° Dénonciation du concordat. 2° Suppression du budget des cultes. 3° Séparation de l’église et de l’état. Le conseil adopta à la majorité le voeu déposé. Le conseil de préfecture annula cette délibération. Ce voeu ne respectait pas la loi. En 1905 la loi fut modifiée, elle réalisait leur voeu.

Fanny non plus ne respecte pas la loi. Elle est en avance sur son temps. Je ne suis bien sûr pour rien dans cette affaire, je n’ai aucun mérite, mais j’en suis tout de même fier, la laïcité laisserait-elle des traces dans les gènes ? Si dans 120 ans les descendants de Fanny prennent connaissance de cet épisode de la vie de leur aïeule je serais heureux qu’ils en soient fiers.

Ce qui me gêne à la lecture du bel article de Respublica, c’est le regard exclusivement juridique, donc partiel, des signataires. Les islamistes ont revisité leurs dogmes et ont fait évoluer cette croyance plus vite que la loi, dans un sens qui s’éloigne de nos valeurs humanistes.

Pense-t-on, en encourageant le choix de Madame Demiati faire évoluer l’islam vers une forme démocratique compatible avec notre république laïque ? Rendons-nous service aux nombreux musulmans qui acceptent de vivre avec nos valeurs ?

Les choses ont changé rapidement. En 1905 l’islam n’était pas présent en France. En 2005 un premier contre feu a été institué pour freiner le prosélytisme de cette croyance à l’école, depuis, cette loi incomplète fait toujours l’objet d’attaques de la part des plus engagés dans l’islamisation de l’occident. C’est un objectif clairement revendiqué.

Comment ne pas faire le rapprochement avec la montée pernicieuse de l’hitlérisme ? Nous aussi nous tournons la tête. La démocratie rigoureusement légaliste encourage les fanatiques sans scrupules à sans cesse revendiquer d’avantage, ce sont des combattants ; il faut bien prendre en compte les armes de l’adversaire, si nous livrons un combat de boxe avec un bras attaché dans le dos, de renoncements en accommodements, toujours dans le même sens, nous irons tout droit à la défaite, le communautarisme aura vaincu.

Que deviendrons nos valeurs si elles ne sont pas partagées par tous. Aujourd’hui la progression de l’islamisme dans la communauté arabe progresse, les mamans ne portaient pas le voile, leurs enfants s’y soumettent. Nous constatons que de plus en plus de femme sont voilées et les pionnières carrément en burka.

Faut-il attendre que des Kamikazes prennent notre pays comme terrain de jeux pour faire respecter nos valeurs. Comment ne pas constater que notre république laïque joue petit bras, devant l’offensive islamiste. J’ai en mémoire une anecdote vécue par un ami en mission au Maroc dans les années 80, le premier jour du ramadan il sortait de son hôtel et comme à son habitude allumait une cigarette avant de pénétrer dans sa voiture, aussitôt il fut entouré de gens qui l’interpellaient en l’invectivant, il tenta en vain d’expliquer qu’il n’était pas musulman ; dans un pays musulman on ne fume pas durant le ramadan, il offensait dieu et son prophète. Un argument de ce calibre vous cloue le bec. Il ne voulait offenser personne surtout pas ses interlocuteurs. Il ne lui vint même pas à l’idée de porter plainte.

En France l’adepte d’une religion obscurantiste qui manifeste sa croyance chez vous, sous votre nez, porte plainte si vous trouvez à redire. (Provocation qui ne se faisait pas non plus dans les années 80.) Et ainsi grâce à notre grande tolérance démocratique Fanny a été condamnée, c’est une leçon pour qui ?

Dans le différend de l’affaire des Vosges, Laïque Athée / Islamiste, aucune des parties n’a cherché un compromis, la cliente a couru porter plainte trop heureuse de tenir une belle affaire pour sa cause. Fanny est une résistante elle se sentait offensée elle a réagi instinctivement. Nous sommes certains que si cette femme de caractère avait subi l’occupation durant la dernière guerre elle n’aurait pas hésité à choisir le camp des résistants. Le compromis entre elles était exclu.

Un arsenal juridique inadapté, habilement exploité, fit condamner Fanny. Selon la loi l’arrivée de madame Demiati en burka aurait eu le même dénouement. Ce sera pour la prochaine fois, le problème demeure.

Dans cette affaire que penser des parties civiles venues au coude-à -coude à la curée ; que du lourd, (la licra, le Mrap, LDH) ? Fanny a fait passer ses convictions avant son intérêt, c’est assez rare pour être remarqué. Nous lui souhaitons que le passage de cette affaire en appel aboutisse à une conclusion de bons sens, que les laïques se retrouvent pour lui apporter un soutien efficace, que les parties civiles repartent la queue basse et quelle trouve désormais une occupation où elle ne sera plus confrontée à une semblable situation.

Est-ce que les laïques, détracteurs de Fanny qui est des nôtres, sont vraiment fiers d’eux ? Grâce à Riposte Laïque je me suis retrouvé à soutenir cette brave femme. Pour moi c’est le bon choix.

Guy Beaupin

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