« Fascisme », politiquement correct et « territoire »

Publié le 20 septembre 2010 - par
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Le fascisme ce n’est pas seulement Hitler, Mussolini ou Pinochet (les gros épouvantails de nos livres d’histoire servent aussi à cacher ceux qui sont derrière et les agitent pour faire diversion), le fascisme c’est aussi la volonté de détourner le peuple de la pensée. Celui-là est invisible. Ce que Hitler voulait imposer par les chars et en brûlant les livres, les « invisibles » de la pensée unique l’ont imposé par leurs réseaux. Sur ce nouveau champ de bataille point de cadavres dérangeants, point de tas de cendre. Les seules victimes de cette guerre sont nos cerveaux et notre capacité à organiser notre indignation. Une guerre sans hémoglobine, sans bruits ni traces… Pas de bruits donc malheureusement (et logiquement) peu de résistance. Censure et désinformation sont les deux mamelles de la « bien pensance ». Les guerres silencieuses sont celles qui font à long terme le plus de mal, elles n’ont jamais été déclarées…

L’obsession des élites c’est le peuple. Il a le droit de vote, le droit de manifester, le droit d’avoir des droits et (en principe) de changer les choses. Dans la logique néolibérale la pensée et le peuple sont des dangers, des fardeaux faisant perdre du temps. Que la Philosophie soit régulièrement remise en cause comme épreuve du Bac est un autre symptôme – un symbole – (L’Allemagne nazie avait officiellement supprimé la Philosophie qui « corrompait la jeunesse ». Il est terrible de constater que les théories néolibérales rejoignent les tristement célèbres théories nationales socialistes. L’obsession d’un peuple ultra discipliné et ne manifestant pas n’est jamais vraiment mort dans l’esprit des gouvernants de quelque bord que se soit).

Il y a une idéologie derrière: Il faut être productif et laisser la « pensée » aux élites. Tout ceci, bien entendu, n’est pas officiel; Le peuple est maintenu dans l’illusion. La démocratie reste une vitrine propre, pas un instrument efficace.

La nostalgie de mai 68 est au – delà des divagations maoïstes ou trotskistes, au – delà des images d’Epinal de pavés jetés sur des C.R.S et au – delà des slogans (parfois ridicules) devenus citations. Il y avait, à cette époque là, un raz de marée de la pensée et du verbe, donc de la démocratie, pas la démocratie théorique des spécialistes (politiques, énarques et technocrates la considèrent comme une fiction, un bel objet que l’on fait briller dans des discours mais dont on ne se sert jamais) mais la démocratie du Droit des gens. La démocratie – par essence – appartient à tout le monde, le rappeler concrètement aux élites ne plaît guère, le statu quo est plus confortable. Observer un monde calme et docile (surtout docile) de son bureau est le rêve de tout technocrate.

Les hommes politiques ont compris le danger de l’appropriation de la démocratie par le peuple et les jeunes, et ont tout fait pour les détourner de la pensée et de la liberté de s’intéresser à la politique: Développement à outrance des boites de nuit, de la drogue (combattue uniquement en surface. L’hypocrisie de la pseudo lutte contre la drogue… Tout un programme ça aussi!)[1]. Développement d’une sous culture musicale, cinématographique et télévisuelle, développement de la dictature de la mode contribuant à démobiliser et distraire la jeunesse (la dérive organisée de l’école et du crédit des enseignants datent de cette époque). Un jeune gavé de télévision ou de drogue habillé « tendance » fera toujours un contestataire de moins, et pour les élus se relayant dans les parlements, les ministères, les conseils régionaux et les mairies il n’y a que ça qui compte. R.M.I, Drogue et techno party sont le prix de la paix sociale, un contrat inavoué où rien n’a jamais été signé mais où tous les protagonistes se comprennent bien… à nous le pouvoir, à vous le rêve; qui veut manipuler son peuple le prive d’abord d’intelligence et des outils menant à elle. Il est plus intéressant de corrompre l’âme et le corps des jeunes que de leur donner un sens civique, le civisme[2] mène au pire…

Aux grèves, aux révolutions voire même à l’intelligence, malheur! La « permissivité » apparente de notre société n’est que le reflet d’un désir de muselage et de dispersion, pas d’émancipation. Un pays qui n’a que le football, la dope et les « rave » pour distraire et (surtout) calmer sa jeunesse est un pays qui va mal, j’aimerais qu’un journaliste courageux, qu’un homme politique désintéressé affirme cette vérité haut et fort, mais à part l’exception Chevènement c’est le silence… Ne heurtons point nos lecteurs, ne blessons point les électeurs. Je l’ai déjà écrit mais le répète: Les débats qui font mal sont morts ou très diplomatiquement contournés. Quand des ministres en personne vont danser dans des raves parties, comment parler de citoyenneté à la jeunesse sans paraître ringard? Des miettes de bêtise sont jetées au peuple et à la jeunesse qui s’en gavent, fiers de son esclavage au goût vanille.

On donne souvent le nom de « liberté » à la médiocrité pour s’excuser de ne pas avoir pu s’en débarrasser avant; on « collabore » au lieu de se battre… un mal typiquement français.

Faire semblant de s’intéresser à la jeunesse désoeuvré et en rupture est une brique essentielle dans l’édification du mur marquant l’incapacité des politiques dans ce pays à gérer les nouvelles « hordes sauvages ». Les os à ronger qu’on leur lance les tiennent momentanément loin de la « bonne société ». D’une logique de laïcité et de république nous sommes passés à la logique des tribus: Chacun dans son espace, chacun dans sa culture.

En 68 80% des jeunes étaient fiers d’adopter des positions politiques. Aujourd’hui la préoccupation de 80% des jeunes est de savoir dans quelle boite ils passeront le week-end… Big Brother a gagné la bataille. « Allez dans les boites, gavez-vous de drogue, matez les films pornos, laissez les professionnels s’occuper de l’organisation de la société et surtout restez à votre place! ». Il ne reste de 68 que la caricature, l’esprit et les quelques bonnes idées sont morts, restent les déchets qui depuis plus de quarante ans stagnent avec nous, il faut croire que nous aimons l’odeur…

Quarante ans de vaisselle en retard, personne ne veut endosser la responsabilité du nettoyage, surtout avant une élection… et comme nous sommes toujours avant une élection, la crasse à de l’avenir dans ce pays. Nous vivons sur le corps pourrissant de mai 68, et la « bien pensance » établi nous ordonne d’aimer l’odeur qui s’en dégage, comme s’il était primordial d’aimer à jamais les cadavres sacrés d’un imaginaire romantique. Pour faire survivre des idées ayant étalées leurs échecs, ils pensent avoir le droit d’empuantir les alentours. A méditer!

Il y a peu de temps de cela un événement m’a choqué, je peux même parler de révélation, d’un tournant. Pendant des grèves enseignantes de 2000 il s’est passé quelques chose de tristement révélateur: Lors d’une manifestation, pour leur condition de travail, des enseignants ont été matraqué par les forces de l’ordre; Le même jour, au victoire de la musique, une brassée de notables du tout Paris et de ministres (éducation en tête) orchestraient et institutionnalisaient la victoire du Rap en direct à la télévision. Le Rap, la techno ce n’est plus de la musique mais de la politique; oser les critiquer c’est être intolérant, « fasciste », anti-jeune (la pire des insultes); aimer ces musiques et contribuer à leur développement c’est être dans le camp des jeunes branchés, des « gentils »… faire partie de la nouvelle bouillie de gauche en quelque sorte. Ce jour là j’ai tout compris, nous avions touché le fond; c’était sûr, on ne s’en sortirait pas – sentence sans appel – Le pays qui frappe ses enseignants et le même jour porte au pinacle le Rap est un pays qui meurt, en rythme binaire certes, mais qui meurt. Cette année là, la « justice » a mis les menottes à des enseignants sur leur lieu de travail pour des raisons absurdes et démagogiques (zéro à un élève, choix d’un texte subversif…) pendant que les dealers continuaient à avoir pignon sur rue devant les écoles et les pédophiles à être protégés au plus haut niveau de l’état; il sera toujours plus facile d’arrêter des profs honnêtes plutôt que les dealers… J’imagine leurs commentaires devant les écoles: « Ils arrêtent les profs maintenant, On a vraiment plus de soucis à se faire… » Et ils ont raison, ils n’ont plus à s’en faire. Même les comités et les associations « antiracistes » bondissent et soutiennent ces pauvres dealers et délinquants injustement persécutés par la police (forcément raciste) qui, à force d’usure et d’isolement, n’ose plus agir comme elle le devrait… Acharnez vous sur les profs, ça ne coûte rien!

Les voyous ont entre 13 et 20 ans… Leurs Caïds ont entre 20 et 30 ans…
Ce sont ces derniers qui tirent les ficelles et saisissent les moindres prétextes pour casser, brûler… Afin que « leurs territoires » restent un lieu de « zone » et de deal…
Les petits jeunes suivent comme des moutons décérébrés, fiers de leur ignorance et de leur bêtise…
Brûler des bibliothèques et des écoles n’est pas innocent, il s’en prennent à tout ce qui pourrait représenter un espoir intellectuel pour les futures générations, donc rivaliser avec eux. (Je fais ici une comparaison avec Hitler qui lui faisait brûler les livres en public… ces livres qui « corrompaient la jeunesse »… Dans les cités ces mêmes livres « corrompent » les plus jeunes censés appartenir aux Caïds et plus tard les servir… Il s’est créé dans certaines cités françaises un nouveau fascisme… Son ennemi est le même qu’avant : Intelligence, Intégrité, culture…)

Nous sommes aujourd’hui impuissant, car la moindre action ou critique vis à vis de ces quartiers là fait surgir une horde de droitdelhommards et gauchos hurlant au « Racisme » … !!!

Personne n’ose sanctionner les vrais voyous de ces zones, et je suis pessimiste pour demain.

Le crime de réflexion est grave, le peuple ne doit pas penser, ce n’est pas son rôle, mais curieusement quand un homme se met à critiquer la corruption ou les fraudes de notre société, les élites le traitent de populiste ou de poujadiste! Etrange contraste, il est légitime de gaver le peuple de plaisirs « populaires » souvent vulgaires et médiocres, mais il est scandaleux de s’indigner civilement devant les gabegies organisées. Il y a, dans notre société, deux plans d’existence, deux mondes qui surtout ne doivent pas se côtoyer. Etrange démocratie où les grands chambellans gardiens de la loi du silence sont sanctifiés et récompensés par leurs pairs et où les simples citoyens condamnant le mensonge deviennent des parias voire des bannis… Souvenez-vous de l’affaire Valenciennes O.M, le seul joueur ayant dénoncé le trucage du match de 1993 a été forcé de partir dans les îles pour continuer son métier de footballeur! Et, en 2001, l’unique cycliste professionnel militant officiellement contre le dopage a été – ça ne s’invente pas – interdit de tour de France!!! Etrange démocratie où ceux dénonçant le mal sont traités comme des pestiférés.

Fred Tasse

 

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