Fatima Naout : Pourquoi la vague des Lumières est-elle en retard dans nos pays ?

Fatima Naout : « Pourquoi la vague des Lumières est-elle en retard dans nos pays arabo-musulmans ? »

Fatima Naout est écrivain, poète et journaliste égyptienne. Engagée pour défendre la cause des femmes et celle des minorités dans son pays, elle fait face aux islamistes qui mènent souvent des campagnes de dénigrement et de menaces à son encontre sur les réseaux sociaux.

En octobre 2013 elle poste sur Facebook l’expression « Une boucherie heureuse » à propos de l’Aïd al-Adha (la fête du sacrifice), que les islamistes considèrent comme blasphématoire. D’autant plus qu’elle a même qualifié cette fête de festival annuel pour promouvoir et glorifier « le plus grand massacre commis par les êtres humains ». Accusée d’atteinte à la sacralité de l’islam, une Cour de délit au Caire la condamne à trois ans de prison et à une amende de 20.000 livres égyptiennes (ca. 3.000 $). Heureusement que la cour d’appel réduit cette peine à six mois avec sursis.

https://www.terresainte.net/2015/01/laffaire-fatma-naout-un-proces-pour-la-liberte-dexpression/

Cette figure de femme moderne rêve de voir le progrès, la justice et l’égalité homme-femme régner dans son pays et dans toute la région. Elle nous explique avec amertume, sur ahewar.org le 15.8.2020, les raisons dissuasives qui handicapent cet objectif et empêchent toute diffusion de concepts innovants au sein de l’islam. Ses réflexions symboliques, mais d’une portée très significative, dévoilent le drame et les souffrances des esprits critiques dans cette communauté. Nous portons ici ses propos à la connaissance des lecteurs francophones :

« Un homme porta un jour une lampe dans une main pour éclairer le chemin de ceux qui sont égarés. Dans l’autre, il tenait un miroir et le fixait sur les visages de ceux qui égarent les gens, les trompent et inoculent dans leurs cœurs la haine et la perversion. Cet homme savait que le miroir reflète la laideur de leur esprit dans leurs propres yeux. Le fait d’observer leur monstruosité les conduira à provoquer leur colère et leur rage ou à se réveiller et se repentir.

Un tel sage apparaît à toute époque et n’importe où dans le monde. Le ciel l’envoie souvent afin de délivrer le commun des mortels de la fourberie des malfaiteurs qui exploitent l’ignorance et les besoins des autres. Ces imposteurs profitent de leur naïveté pour les assujettir. Ils les exploitent pour constituer un gigantesque fonds de commerce.

Quel est le profil de ce sage ? Comment et de quoi parle-t-il ? En effet, il incarne maints profils et utilise plusieurs langages. À chaque époque, il porte des vêtements appropriés et trouve l’uniforme adéquat.

Il porte des noms multiples. En Occident, il s’appelle Voltaire, Protagoras, Francis Bacon, Bertrand Russel, Martin Luther, Spinoza, John Locke, Copernic, Descartes, et tant d’autres. Dans notre monde arabo-musulman, on les appelait autrefois Al-Hallaj[1], Abou Bakr al-Razi[2], Averroes[3], al-Mutanabbi[4], et de nos jours, Taha Hussein[5], Nasr Hamid Abou Zayd[6], Farag Fouda[7] et de nombreux contemporains.

Un homme sage de cet acabit s’oppose à l’ignorance, à la stupidité, à l’abrutissement, à la violence, à l’exploitation des esprits des gens, mais surtout au mercenariat au nom du ciel. Les groupes ciblés s’inquiètent et affûtent leur stratagème pour conserver leur pouvoir et protéger leurs intérêts. Les pharisiens et les tartuffes le stigmatisent et le mettent en cause. Les ignares et les imposteurs le haïssent. Les marchands du temple d’Allah qui vivent au détriment des stupides, le honnissent. Toute la meute d’opposants, de fanatiques et de haineux se réunissent dans leur cave pour ourdir un complot contre lui. Ils lui tendent des pièges, l’accusent comme étant l’ennemi répréhensible le plus dangereux pour leur communauté mais surtout pour leur carrière mercantiliste et leur entreprise mafieuse.

Et pourtant, ce sage ne les a jamais combattus, puisqu’il hait le combat. Il ne brandit une épée contre personne, puisqu’il n’en a jamais eu. Tout ce qu’il possède, c’est un esprit lucide et un flambeau lumineux qu’il dégaine face à ses détracteurs. La lumière endolorit leurs yeux et perturbe leurs esprits. Oliver Holmes, le fameux « théoricien du droit  » n’a-t-il pas dit : « L’esprit du fanatique ressemble à la prunelle des yeux. Plus on y fixe la lumière, plus elle se rétrécit. »

En effet, la lumière du flambeau de notre sage trouble leur vue. Pour atténuer l’impact de la luminosité, les dérangés cachent leurs yeux avec leurs poignets. Et dès qu’ils les écartent, ils découvrent que le rétroviseur dans la main de l’homme est toujours pointé sur eux. Voyant leur laideur, ils sursautent et tremblent. Ils craignent la chute de leurs masques et la mise à nu de leur vérité devant leur clientèle qui nourrit leur fonds de commerce. Alors, ils se déchaînent davantage, poussent des cris de colère, vocifèrent, tempêtent. Puis ils menacent, font du chantage avant de dégainer leurs épées et leurs poignards et de passer à l’acte.

L’homme sage qui vit dans sa solitude, comme il sied à tout homme de raison, sait bien qu’un seul petit coup tiré d’un revolver dans son cœur suffit pour tomber ensanglanté par terre. Par conséquent, les fous vont se calmer en se débarrassant de lui.

Et pourtant, les grossiers mercenaires, déguisés en gardiens du temple de l’islam, ne supportent pas que le sage meure de manière facile, rapide, tranquille. Ayant beaucoup souffert de ses idées de Lumières, ils décident de lui infliger d’autres souffrances. Ils lui déchirent ses vêtements, le flagellent, tapent sur sa tête avec les ouvrages qu’il a publiés jusqu’à ce qu’il perde la vue. Ils le forcent à boire du poison. Ils le crucifient sur une colonne en bois. Ils amputent ses membres. Ils lui crèvent les yeux. Ils tirent sur son corps. Ils scient ce qui en reste. Ils utilisent tous les moyens de torture. Avant de rendre l’âme, notre sage, se croyant encore capable de se défendre, chante :

« J’occulte l’essence de mon savoir afin que l’ignare ne l’apprenne et ne me condamne pas. Si j’en divulgue quelques indices, les musulmans, soumis à Allah et déterminés à combattre pour sa cause, m’accuseront de mécréance. Ils « hallalisent » encore l’effusion de mon sang. Pour eux rien n’est plus beau et meilleur pour l’humanité que leur perversion.  »

Nous avons tous tué cet homme sage qui portait le flambeau et le miroir. Il a orienté son rétroviseur sur nos visages, dans nos yeux, mais nous avions honte de regarder notre laideur et nos obscénités.

Nous l’avons assassiné, alors qu’il répétait aux tréfonds de son âme cette phrase célèbre de Jamal al-Din al-Afghani :

« Maudit soit celui qui étouffe une pensée, qui dégaine une cravache, qui musèle une opinion, qui porte l’étendard du despotisme ! »

« Maudit soit celui qui viole le droit de l’homme, même s’il prie, s’il jeûne, s’il paye la zakat et s’il passe toute sa vie dans la lecture du Coran.  » »

À bon entendeur, salut !

Texte traduit et annoté par Maurice Saliba

[1] Mansour Al-Hallaj (858-922), mystique persan soufi. Son enseignement dérangeait les présumés savants de l’islam. Suspectant ses idées mystiques et son influence sur les foules, ils le condamnent à mort et le crucifient à Bagdad le 27 mars 922. Louis Massignon, spécialiste de la mystique islamique, fut le premier traducteur en français de son œuvre.

[2] Abou Bakr al-Razi (862-925), savant polyvalent, fut l’objet de nombreuses critiques et de persécutions pour son opposition à l’aristotélisme et surtout pour sa libre pensée vis-à-vis de la religion musulmane

[3] Averroès ou Ibn Rushd (1126-1198), philosophe, théologien et médecin andalou. Bien que considéré comme un grand philosophe de la civilisation islamique, il fut accusé d’hérésie. Dans son œuvre, Averroès met l’accent sur la nécessité pour les savants de pratiquer la philosophie et d’étudier la nature créée par Dieu. Sa pensée inquiète les musulmans traditionalistes. Ibn Taymiya qui a relevé le caractère impie de son œuvre, poussa des fondamentalistes à en brûler une grande partie.

[4] Al-Mutanabbî (915-965), grand poète arabe, né en Irak. Son véritable nom est Abou T̩ayyeb Ahmad al-Kindi. Dans sa jeunesse, il composait des poèmes d’une grande éloquence et prétendait qu’ils sont d’inspiration divine. On lui adjoint alors le qualificatif « Al-Mutannabbî » qui signifie « celui qui se dit prophète ». Il s’est révolté contre les grammairiens qui critiquaient sa poésie pour une simple erreur linguistique. Par contre, ces grammairiens-exégètes qui étaient embarrassés et troublés par les nombreuses fautes linguistiques dans le Coran et les contradictions conséquentes, s’efforçaient à tout prix de les justifier. Pris de colère, Al-Mutanabbî se moque de leur comportement ridicule et insensé face au Coran : « C’est à moi de composer et à vous d’appliquer ! Est-ce que vous ne faites pas ainsi avec le Coran ? Les règles sont uniquement prescrites pour les petits, alors que tout est permis aux grands. Dégagez d’ici et retournez dans votre tribu ! »

[5] Taha Hussein (1889-1973), romancier, essayiste et critique littéraire égyptien. Il critique l’Université Al-Azhar, ses enseignants et son programme éducatif. Dans son étude du Coran, il relève des versets identiques à des vers de la poésie préislamique. Ainsi met-il en doute l’authenticité du Coran. Accusé de blasphème à l’encontre de l’islam, il perd son poste à l’Université. Son livre sur la poésie préislamique fut interdit et confisqué.

[6] Nasr Hamid Abu Zayd (1943-2010), professeur égyptien d’études islamiques. Il cherche à interpréter le Coran par une procédure herméneutique. Persécuté pour ses idées religieuses, son mariage est annulé pour apostasie. Menacé par des groupes islamistes, il s’enfuit aux Pays-Bas, où il décède d’une attaque cardiaque en 2010.

[7] Farag Fouda (1945-1992), écrivain égyptien, chroniqueur et militant des droits de l’homme. Il réclame un régime politique laïc dans son pays et dénonce l’utopisme du projet politique des Frères musulmans. Il dénonce la dhimmitude comme loi infâme et indigne. Accusé de blasphème et d’ennemi de l’islam, il est condamné à mort. Deux jeunes musulmans analphabètes l’assassinent devant sa maison sans être perturbés par la police ni par la justice égyptienne.

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9 Commentaires

  1. Quand c’est à ce niveau il y a moins de commentaires !
    Ou est ce miroir qui reflète la laideur réelle de l’âme d’un quidam qu’on le fasse circuler dans les bancs de certaines assemblées qui nous gouvernent..si ça fonctionne…ils devraient se suicider !

  2. A des années lumières des Lumières. On ILs ne referont pas 800 ans de monarchies et de République et plus de 2000 d’Histoires en la Sérénissime Europa partie de Grèce en passant par Rorme, QUI A TOUT INVENTEE. Par le premier texte HUMANISTE de la Déclaration des Droits de L’HOMME et du Citoyen. Alors de grâce copiez sans jamais égaler et laissez la fée Europa tranquille !

  3. Les Lumières ont resplendi dans l’Europe entière. Elles s’éteignent peu à peu….
    Pareil pour la langue Française…
    L’Obscurantisme a rarement quitté l’islam, qui ne voit que Pouvoir et Soumission.

  4. parce que peut etre , vous avez fermé les fenêtres et les volets de vos cerveaux? la lumière n’entre plus….

  5. Ils m’ennuie tout ces musulmans modérés avec leurs geignardises sur la laïcité, Les Lumières, et leur pacifisme bêlant.
    2 pages de pathos pseudo-philosophique et pas une fois elle n’évoque les vrais problèmes, cette beurette libérée, grande bourgeoise qui peut se permettre tout ce qu’elle veut, comme les princesses saoudiennes.
    La lumière et la laïcité n’atteindront jamais les cafards islamiques parce que ce sont des concepts de blancs.
    Le musulman moyen a 80 de QI, ou les capacités intelectuelles d’un gosse de 12 ans.
    Parce qu’il se reproduit entre cousins depuis 1500 ans, sans parler du facteur racial.
    Aucun état musulman n’a jamais interdit la pratique, et les dirigeants qui ont imposés la laïcite pour un temps (Nacer, Kemal) c’était à coups de pompe, le pacifisme ne sert à rien.

    • Il y a des choses qu’elle ne peut pas dire, sinon c’est l’égorgement, au mieux.

      Vous n’êtes pas capable de comprendre ça ?

  6. et cette engeance nouvellement arrivée en europe veut nous mettre sous le boisseau!
    avec la complicité des zélites mondialistes

  7. Arrêtez de faire la distinction entre islam et islamisme ! Mais c’est insupportable ! Sinon montrez moi un coran islamiste et un coran pas islamiste ! Merde à la fin ! C’est de l’enfumage pur et simple !

    • Un peu de calme, Monsieur Jean Val. Lisez et relisez le texte avec un peu de recul. Ce genre d’intellectuels, notamment les femmes, qui risquent leur vie, sont les seuls qui prouvent que l’islam c’est l’islamisme et l’islamisme c’est l’islam. La révolution française n’a pas eu lieu en un jour. Et la révolution au sein de l’islam est, grâce à des esprits rebelles comme Fatima Naout, est comme le feu sous les cendres. Si on laisse ces gens interveir sur nos plateaux de télévision, ils changeront beaucoup de chose dans la physionomie politique et l’islam en pêtira beaucoup.

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