Faut-il encore tirer sur l’ambulance Sarkozy ?

Publié le 23 avril 2012 - par
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Dimanche soir, soirée électorale d’une morne platitude, les résultats sont tombés.

Hollande arrive en tête suivi de près par Sarkozy, cela était attendu. La surprise vint du score de Marine Le Pen qui réussit à rafler la troisième place avec 6.248.515 voix. Le fameux tribun Mélenchon, donné favori en troisième homme par les médias qui soit disant avait fait une campagne formidable, s’est essoufflé en ne récoltant que 3.810.907 voix. Ne parlons pas de François Bayrou (3.124.258 voix) et encore moins d’Éva Joly qui remercie le million d’électeurs qu’elle n’a pas eu (755.315 voix) et qui ose parler de « tache indélébile » en regardant le score du FN . http://eelv.fr/2012/04/22/declaration-deva-joly-a-lissue-du-premier-tour-de-lelection-presidentielle  Qui est la tache à vrai dire ?

Donc je disais que le véritable coup de théâtre venait du score de Marine Le Pen qui représente désormais une force politique non négligeable et surtout incontournable pour le deuxième tour. Grâce à son électorat, Marine Le Pen peut faire gagner ou faire  perdre le représentant de la droite dite classique qu’est l’UMP. Le Front National est-il maintenant l’extrême droite ou la nouvelle droite ? Difficile de choisir entre ces deux terminologies pour les ténors de l’UMP ; difficile aussi de taxer les 6 millions d’électeurs de « débiles ou de cons », c’est un électorat qu’il faut cajoler maintenant, nous entendrons désormais parler d’un vote protestataire qu’il faut écouter.

D’ailleurs dès hier soir, Nicolas Sarkozy lors de sa courte déclaration commençait à ratisser du coté du FN, il comprend les souffrances et les angoisses des électeurs de Marine Le Pen et il a repris les thèmes abordés par Marine Le Pen ( respect des frontières et maitrise de l’immigration) http://www.lafranceforte.fr/medias/presse/declaration-de-nicolas-sarkozy-a-loccasion-du-premier-tour-de-lelection-presidentielle

Il sait bien que sa victoire n’est envisageable que si un maximum de votants lepénistes vienne vers lui. Il a même employé le mot Patrie, lui qui était prêt à abandonner la souveraineté de la France au profit de l’Europe. Il faut se rappeler que pendant toute la campagne électorale il n’a jamais attaqué Marine Le Pen car il savait bien que les maigres réserves de voix dont il dispose se trouvent là. Maintenant la balle est dans le camp de Marine Le Pen , cédera-t-elle à ces avances non dissimulées ou alors préférerait-elle la victoire de François Hollande ce qui lui permettrait dans un premier temps de faire éclater l’UMP et dans un deuxième temps se poser en seul chef de l’opposition et de constituer en leader d’un grand mouvement politique qui pourrait envisager une accession au pouvoir en 2017 en cas d’échec de la Gauche.

Dès ce matin, sur les radios certains cadres du Front National parlaient  d’abstention voire de vote pour Hollande en se bouchant le nez… C’est une stratégie à long terme qui risque de porter ses fruits. Marine Le Pen donnera sa position officielle le 1ier mai, alors attendons…

Pour Nicolas Sarkozy l’autre possibilité de récupérer des voix  est de courtiser les électeurs de François Bayrou ; là notre danseur étoile  va être obligé de faire le grand écart … Comment concilier le centre humaniste du béarnais qui s’est distingué récemment par ses prises de positions sur les nounous voilées et reprendre les thèmes de Marine Le Pen qui sont diamétralement opposés ? François Bayrou lui aussi attend avant de se prononcer.

De toute façon, de manière générale, personne ne dispose des voix de ses électeurs, chacun fait comme il l’entend. Les reports des voix des différents électeurs sont très aléatoires. Chez Bayrou, 32 % des votants iraient  vers Sarkozy  et chez Marine Le Pen 69 %. En additionnant ces reports de voix Nicolas Sarkozy ne gagnerait pas, le deuxième tour n’est pas joué.

Dernier angle d’attaque de Nicolas Sarkozy, c’est la proposition saugrenue de trois débats avec François Hollande avant le 6 mai. Tous les représentants zélés de notre futur ex-président reprenaient en chœur cette proposition en ne manquant pas d’insister sur le manque de courage du candidat PS qui a d’ores et déjà refusé ces trois débats. Lorsque le 23 avril 2002 Jacques Chirac a refusé un seul débat avec Jean-Marie Le Pen avant le deuxième tour de la Présidentielle, a-t-on évoqué un seul instant son  manque de courage ?

Trois débats pour quoi faire ? Sarkozy veut-il nous sortir encore des propositions de son chapeau ?  N’a-t-il pas compris que les Français n’en peuvent plus de son omniprésence médiatique, de ses paroles jamais suivies d’effets, de sa suffisance et de ses attitudes outrancières ?

Dans 15 jours nous aurons la réponse des Français, vont-ils reconduire un Président toujours aussi impopulaire ou alors vont-ils donner une dernière chance à un représentant de la gauche ?

Marie-José LETAILLEUR

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