Faut-il être davantage "précautionneux" quand nous attaquons les islamistes ?

La rédaction de Riposte Laïque a reçu ce texte d’un de nos lecteurs, qui nous alerte sur certaines attaques que nous subissons, et nous conseille amicalement de nous démarquer davantage des racistes et de l’extrême droite.
Bonjour,
J’ai bien reçu votre dernière lettre d’information et je partage le point de vue de la Lettre ouverte de Brigitte Bré Bayle. Récemment de passage à Marseille rue du Bon Pasteur, j’ai pu constater et ce n’était pas la première fois, la présence d’une femme en burka. J’étais accompagné de mon fils âgé de 14 ans et je lui ai expliqué les raisons de ma désapprobation à la vue de cette femme, mais je lui ai bien exposé qu’il ne s’agissait pas de ma part d’un rejet des populations issues de l’immigration, qu’elles soient musulmanes ou pas. A ce propos concernant cette lettre ouverte, je pense qu’il serait nécessaire dans chacun de vos articles de bien vous démarquer des mouvements xénophobes et racistes qui hélas, s’emparent à satiété de ce problème, et bien évidemment pas pour les mêmes raisons que vous. Souvent vous êtes accusés de racisme anti-Arabe. Mais je me doute bien que c’est un débat récurrent au sein de riposte Laïque. Aussi n’hésitez pas dans votre combat contre l’obscurantisme d’affirmer sans cesse votre position contre le racisme et les mouvements Villiéristes ou lepéniste. Certes vous le soulignez (entre parenthèse) dans “Qui sommes-nous ? Mais à mon avis ce n’est pas suffisant.
Bien à vous
Gilles Verger

La remarque de notre lecteur ne peut que nous interpeller, bien sûr. Nous n’ignorons pas que des franges de l’extrême droite utilisent la laïcité pour mieux attaquer certains étrangers, et notamment les Arabes. Nous savons que d’autres secteurs ne supportent pas la religion musulmane, non parce qu’ils sont laïques, mais parce qu’ils sont nostalgiques d’une France catholique. Dans notre présentation « Qui sommes-nous », nous exposons sans aucune ambiguïté nos objectifs et notre volonté de parler avec tout le monde, sauf avec les racistes et les négationnistes (1). Dans un autre article, lors du procès de Fanny Truchelut, je réagissais à la plaidoirie de l’avocat de la LDH, Michel Tubiana, quand ce dernier avait dit à mes amies Anne et Annie qu’ « elles étaient la honte du pays ». (2)
Devons-nous, à chaque fois que nous dénonçons l’intégrisme islamiste, rassurer nos lecteurs, en allongeant nos textes, pour préciser que nous combattons également les intégristes catholiques, protestants ou juifs, sans oublier les sectes ? Devons-nous, à chaque article, préciser que nous nous ne sommes pas racistes, que nous n’avons rien à voir avec Le Pen (par ailleurs parfois très complaisant avec les islamistes), et que nous sommes des vrais laïques, démocrates et progressistes ?
Pourquoi pourrait-on attaquer, à juste titre, les seuls intégristes catholiques, quand ils sévissent en Pologne ou en Lituanie, et ne pourrait-on pas dénoncer les seuls intégristes islamistes, sous peine d’être suspectés de racisme, quand ils sévissent en France ou dans d’autres pays européens ?
Allons plus loin, Ayaan Hirsi Ali, ou Taslima Nasreen, de par leurs origines, auraient-elle le droit de dire des choses contre l’islam que Robert Redeker ou Geert Wilders n’auraient pas le droit, eux, d’exprimer ?
Quand l’ayatollah Khomeiny a inventé le mot « islamophobie », cette expression n’avait-elle pas pour but d’empêcher toute critique de l’islam, au nom du sacré, et en jouant sur l’ambiguïté de l’expression, et son amalgame avec le racisme. Les laïques doivent-ils encore, aujourd’hui, continuer à subir, de manière défensive, cette pression ?
Nous sommes convaincus que, même si nous écrivions à longueur d’article notre refus des thèses des mouvements « xénophobes et racistes », comme nous le suggère amicalement notre lecteur, nous subirions quand même des diffamations, de la part certaines organisations, ou de simples citoyens culpabilisés. Cela ne changerait rien, parce ces organisations ont depuis longtemps montré leur connivence avec l’extrême droite islamiste (les ennemis de notre ennemi Bush sont nos amis). D’autres, avec leur histoire, sont tout simplement victimes du complexe de culpabilité post-colonial, et ne peuvent supporter notre discours, qui leur renvoie leur lâcheté face à l’islamisme.
Quoi que nous fassions, quoi que nous écrivions, ces mouvements feront tout pour nous discréditer, et continueront d’amalgamer, pour le plus grand plaisir des islamistes, la défense de la laïcité et du droit des femmes à du racisme, quand ce sont des musulmans qui sont à l’offensive.
Nous pourrions également faire remarquer à d’éventuels détracteurs que, lors de la campagne pour le « non au TCE », les partisans du « non de gauche », dont nous étions, n’ont pas passé leur temps à se démarquer du Front national ou du Mouvement pour la France, sous prétexte que ces courants appelaient au même vote qu’eux, et qu’ils ont eu parfaitement raison de ne pas s’épuiser à cela, ils avaient mieux à faire. Ne soyons pas hypocrites, nous nous sommes réjouis que le total des voix du « non », d’où qu’elles viennent, ait permis de gagner, malgré le matraquage médiatique des « européistes » et de la plupart des médias.
Nous continuerons donc d’écrire que ceux qui multiplient les attentats sanglants, dans de nombreuses régions du monde, au nom du « prophète », sont des fascistes.
Nous continuerons d’écrire que ceux qui veulent nous empêcher de critiquer librement un dogme, une religion, de manière humoristique ou rationnelle, sont des totalitaires.
Nous continuerons d’écrire que ceux qui imposent le voile islamiste aux femmes, quand ils sont au pouvoir, sont des obscurantistes.
Nous continuerons d’écrire que nous ne sommes pas des théologiens, mais que nous faisons le constat qu’aujourd’hui, la principale menace contre nos libertés, contre la démocratie, contre les femmes et contre la laïcité vient de l’islam politique, et de son projet politico-religieux totalitaire.
Nous n’allons donc pas passer notre temps, de manière défensive, à expliquer, presque en prêtant serment, que nous ne sommes ni racistes ni fascistes.
C’est évident, puisque nous sommes républicains, féministes et laïques, donc attachés, entre autres, à l’égalité des droits, à la liberté d’aimer la personne de son choix, et à la liberté de croire ou de ne pas croire.
Pierre Cassen
(1) http://www.ripostelaique.com/spip.php?page=quisommesnous
2) http://www.ripostelaique.com/nous-etions-au-proces-de-fanny.html

image_pdf
0
0