Faut-il vraiment choisir son camp ?

Publié le 30 août 2014 - par - 1 318 vues
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meme-les-grenouillesMessieurs Cassen et Hilout, Madame Tasin et tant d’autres, de nombreux contributeurs à la cause laïque et républicaine, à la liberté d’expression et au droit des femmes, à travers le monde libre, ont le courage d’affronter les tribunaux, ont le courage de lutter à visage découvert, constituant nos propres martyrs. Pourtant la haine, du juif, du blanc, de l’arabe ou du noir s’exprime ailleurs, dans les commentaires de plus en plus virulents d’internautes excédés par les reculs démocratiques auxquels ils ont à faire face dans leurs quartiers, leurs piscines, leurs cantines, mais aussi pour certains, habités par le racisme le plus grégaire. Par des musulmans haineux, des juifs haineux, des catholiques haineux… Je suis inquiet.

Pour ma part, en proposant un billet d’humeur à Riposte Laïque, je peux témoigner du malaise que cela peut engendrer, à l’intérieur, et qui se manifeste sous deux formes antinomiques. Pour mieux  vous faire palper ce ressenti que je suis sûr de nombreux patriotes partagent, voici quelques mots de mon histoire personnelle :

Né d’un père d’origine arabe (et arménienne), agnostique à tendance chrétienne, de parents socialistes gauchistes, je porte un nom fortement connoté musulman et arabe. J’ai grandi dans la belle province campagnarde et ai d’abord subi les quolibets et le regard en biais des adultes, la notation injuste de certains profs, avant d’essuyer les insultes et de vivre les humiliations de mes coreligionnaires. J’étais pourtant un élève moyen, réservé, et sans histoires. « Sale arabe ! », « sale bougnoule ! », et les agressions physiques, voici la manière dont j’ai appris mes origines, ma différence, alors même que physiquement, après une ou deux générations de métissage, mon visage ne laisse rien paraitre du sud de la Méditerranée ou presque. J’ai donc appris à jouer des poings pour gagner le droit de me tenir debout, sans honte ni complexes.

Comment contribuer à Riposte Laïque, comment me rendre à l’apéro saucisson pinard, comment songer ne serait-ce qu’un seul instant à voter Front National en ayant moi-même souffert du racisme le plus ignorant et imbécile ? J’imagine parfois les chrétiens réfugiés d’Irak ou d’ailleurs, dans les rues de nos villes, déambulant avec leur faciès typique, d’ici six mois un an… Et je suis inquiet.

Il ne fait pas bon être juif, comme peut en témoigner un ami dont l’apparence ne trompe pas… Pourtant catholique ! Il ne fait pas bon être arabe… Même anglican. Il ne fait pas bon être noir… Même luthérien.

Alors que vais-je faire ? Je veux me battre contre un fascisme, une idéologie, une opinion, et non contre des hommes. Je veux lutter pour mes églises, pour la paix, la tolérance, le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes, et non rajouter du racisme au racisme. Ma carrière professionnelle a réellement commencé lorsque j’ai francisé mon nom. Je sais toute la discrimination que peuvent subir les enfants d’immigrés. Je sais qu’on peut aussi comme l’ont prouvé mes ancêtres arméniens venir en France sans parler un mot de français mais travailler dur, et devenir des citoyens exemplaires, avec des enfants qui seront centraliens ou médecins, ou avocats.

J’ai peur de devenir, par moment, juste un bref instant, au hasard d’un article alertant d’une nouvelle islamisation forcée de notre pays, un peu raciste. Juste un peu.

Bien après son décès, j’ai repris le nom de mon père, qui figure désormais sur mes papiers d’identité, dûment accolé à celui de ma mère berrichonne. C’est ma fierté, mais je suis inquiet.

Ce qui m’inquiète à droite, est ce racisme anti-arabe qui monte, qui monte ! Et à gauche, ce qui m’angoisse, c’est cet aveuglement criminel envers le Coran, les hadiths, ce cancer du cerveau, cette peste intellectuelle, cette négation du cœur.

J’ai voulu créer un site d’information pour ouvrir les yeux de mes compatriotes sur la nature réelle et les dangers de l’Islam. Comment signer ? Les musulmans ne vont-ils pas retracer mon IP et venir m’égorger, quand l’heure aura sonné ? Vais-je pouvoir protéger ma famille de la barbarie des plus zélés d’entre eux ? Alors je ne sais plus. J’ai juste peur, de devenir raciste, de devenir martyr, et du monde qui se révèle peu à peu au travers de ces commentaires violents sur le net, pour mes enfants, un monde de division, sans partage, sans musique, sans douceur de vivre.

Que faire ? Si je cherche à m’intégrer dans une association « islamophobe », n’entendrais-je pas des appels au meurtre, le meurtre de moi : L’arabe ? Et si je ne fais rien contre « la soumission » (islam), ne suis-je pas la lâcheté et la traitrise incarnée ? Alors je reste seul, entre deux lignes, continuant à m’ulcérer de mes élèves arborant leur T-shirt algérien (mon pays « d’origine ») qui crient comme on rote « Allah Akbar » en plein cours, continuant à vomir en lisant les commentaires nauséabonds concernant les noirs qui nous envahissent, les arabes qui sont tous violents… Je reste seul et inquiet au centre d’une France qui déraille. Inquiet pour mes deux seuls amis, un musulman, un haïtien… Puis je regarde mes enfants, tout au fond des yeux, et je choisi mon camp, chaque jour, le même : Le leur ! Qu’aurait pensé mon père de mon prochain bulletin de vote, lui, Kamel,  l’arabe devenu prof et expert-comptable ? Il me répondrait sans doute  « FOUS LE CAMP ! FOUS-LE-CAMP ! Ne fais confiance à personne ».

Je préfère me battre.

Grégor Hadjadj

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