Fédération de Russie : les embarras géopolitiques de Vladimir Poutine

Publié le 18 août 2020 - par - 6 commentaires - 545 vues

Sergei Furgal démasqué ? Une culpabilité se fabrique comme une comptabilité

Moscou a un sérieux problème avec son extrême droite et son extrême gauche géographique. Et comme au Stratego, génial jeu de société fait de stratégie et de bluff, ce sont parfois les plus faibles qui décrochent le drapeau de l’indépendance.

Khabarovsk est la capitale administrative du kraï (territoire, région, province) éponyme, 1 400 000 habitants, un centième de la population russe. Avec plus de 600 000 habitants, Khabarovsk est la plus grande ville de l’Extrême-Orient russe. Située à un jet de pierre de la Chine, la ville fait beaucoup parler d’elle depuis début juillet, quasi autant que Wuhan quelques mois plus tôt. Mais ici, l’agent infectieux détecté au Kremlin serait plutôt autonomique que pandémique.

Moscou-Khabarovsk : 6 140 km en Tupo, 8 305 km en Tipo

Khabarovsk toute proprette comme tous les centres-villes russes

Sergei Furgal est le gouverneur récemment destitué du kraï de Khabarovsk. Il a été arrêté le 9 juillet 2020 de manière fort peu élégante au vu ses fonctions, à la clé de bras mais sans étouffement. Selon l’agence Tass, la commission d’enquête moscovite le soupçonne de complicité de meurtres. Les victimes seraient des hommes d’affaires locaux et les affaires remonteraient à 2003-2004. Il faut croire que la justice est lente chez Popov et que Sergeï Furgal n’était pas très frugal matériellement. L’ancien gouverneur restera en détention à la prison de Lefortovo au minimum jusqu’au 9 septembre 2020.

9 juillet 2020 • Arrestation de Sergeï Furgal

Lefortovo, prison pour détenus politiques. Brrr…

Furgal est né en 1970. Entrepreneur précoce, il faisait déjà de gros business avec les Chinois dans les années nonante. Quoi de plus normal, Pékin n’est qu’à 1 800 km. Moscou, c’est bien plus lointain et c’est surtout sept heures de décalage horaire. Et comme toujours en Russie, le business garantit une entrée parfois fracassante en politique, deux domaines solidement entremêlés en Russie VVP. Si vous optez pour le bon parti, c’est même une protection supplémentaire contre tous ces petits inspecteurs fouineurs et avides de signes extérieurs de richesse.

Parti politique de Furgal ? Le LDPR ou Parti libéral-démocrate de Russie, chef d’orchestre Vladimir Jirinovski. Mais les apparences sont trompeuses : bien loin d’être d’ADN macronien, son cap idéologique est (ultra)nationaliste, panslave et honore l’impérialisme russe de même que l’économie mixte. C’est le parti concessionnaire satellite d’une Russie Unie distribuant bel et bien les cartes vu le rapport de forces construit patiemment par Poutine. LDPR, c’est le second rôle utile pour un boulevard réussi, qui vivra verra s’il survivra.

Formellement, Furgal n’est pas un opposant politique mais un électron (trop) libre. Il a été député à la Douma et a soutenu la modification constitutionnelle permettant à Poutine une éventuelle 5e et 6e mi-temps. Ça s’appelle le bon sens prudent, d’autant plus que 62 % des votants du kraï de Khabarovsk ont fait de même, pour un taux de participation assez faible (40 %).

En 2018, le candidat Russie Unie se prend une solide dégelée sibérienne en territoire de Khabarovsk, logiquement balayé par un Furgal du LDPR perçu comme « l’un des nôtres ». Nouveau gouverneur, il fait alors une sorte de ménage à la scandinave avec licenciement de fonctionnaires parasites, émoluments de l’appareil étatique à la baisse, vente du yacht de fonction du gouverneur et d’un parc automobile jugé ostentatoire. Un comportement qualifié de populiste et certainement atypique pour une nomenklatura kremlinoise y voyant la négation de ses manières de vivre et de penser…

Sorti de son isolement Covid-19, Poutine perd patience et, après mise au frais aux frais de Furgal, désigne le 20 juillet Mikhail Degtyarev (LDPR) nouveau gouverneur du kraï de Khabarovsk. Vendetta, quand tu nous tiens… Degtyarev n’est pas un produit du terroir, ce que la population locale digère assez mal. Dès après l’arrestation de Furgal, la population de Khaba descend chaque jour sur la Place Lénine pour réclamer la libération sur-le-champ de son gouverneur. La solidarité se manifeste par des banderoles comme NOUS NE SOMMES PAS UNE COLONIE DE MOSCOU et FURGAL GOUVERNEUR POPULAIRE.

20 juillet 2020 • Mikhail Degtyarev nouveau gouverneur du kraï de Khabarovsk

Face à ces manifs, les plus massives connues en Russie contemporaine, Degtyarev sort le répertoire classique : des forces étrangères ont été engagées pour booster la contestation. Il déclare également regretter que les manifestants aient tant de temps libre… This is Russia.

Les manifs sont assez fréquentes à Khabarovsk, Vladivostok, Komsomolsk, Omsk, au sein de toutes ces régions où la popularité de Poutine est émaciée. Elles relèvent de divers domaines comme l’environnement, l’allongement de l’âge de départ à la retraite, les velléités d’autonomie. Comment gérer une telle pléiade de forces centrifuges si ce n’est au minimum par la présence sur place du FSB avec comme effet immédiat l’élimination de Furgal ? Par ailleurs, ces régions vivent du commerce avec une Chine étendant peu à peu son rayon d’action comme elle le fait si bien au Pakistan : via ses comptoirs commerciaux. C’est une planète bien différente de celle de l’ouest de l’Oural, d’où stress supplémentaire pour le Kremlin.

Être président de la Fédération de Russie est sans doute le métier le plus difficile au monde. Il y a quelques années, un Belge assez porté sur la Russie post-soviétique m’a dit : « Richard, la Russie sans Poutine, c’est comme Barcelone sans Messi ». Je ne sais s’il réitèrerait ses paroles aujourd’hui, comprenne qui voudra.

18 juillet 2020 • Manifestations à Khabarovsk en faveur de la libération de Furgal

Il y a quelques années, j’ai visionné un excellent reportage Arte consacré à Vladivostok. Je n’oublierai jamais les témoignages de ses habitants : « Poutine compte si peu pour nous. Nos regards sont plutôt portés vers la Chine et le Japon ». Prémonitoire ?

À l’Ouest, rien que du nouveau

La Biélorussie n’est certes pas la Crimée ou le Donbass : ici il n’y a aucun peuple à libérer d’une oppression étrangère et la longue amitié entre peuple russe et biélorusse n’est pas motif à dégommer les chenilles des T-72. Mais quelle tristesse…

Loukachenko a affirmé qu’il ne permettrait jamais d’Euromajdan sur son territoire, mais comment dès lors qualifier les quelque 80 000 personnes présentes à Minsk dimanche dernier ? Le sentiment de peur du régime reste évidemment un élément stabilisateur de cette structure entièrement obsolète, sans quoi le nombre de manifestants serait sans doute décuplé ! D’autant plus qu’en Biélorussie l’agitation politique peut être assimilée à du terrorisme, lui-même passible de peine de mort. Rappelons ici que 300 Biélorusses environ ont été exécutés « légalement » depuis 1991.

En 2020, 80 % de la population biélorusse sont connectés et il apparaît qu’Internet participe de la grande bascule de Loukachenko, les jeunes pouvant aisément comparer leur sort à celui du voisinage apparenté comme les pays baltes. La comparaison entre les deux États frontaliers que sont Pologne et Biélorussie est sidérante : par manque d’activité politique civile et dynamique parlementaire saine, la majorité silencieuse biélorusse apparait comme figée face au seigneur Loukachenko. Désolé Monseigneur, vos serfs de kolkhoze ne sont plus malléables et corvéables à merci.

L’UE annonce un sommet extraordinaire par visio ce mercredi 19 août, ça risque d’être chaud. Du côté des Brexités, le secrétaire des Affaires étrangères Dominic Raab a annoncé que Londres n’acceptait pas les résultats de la présidentielle et comptait sanctionner conséquemment. La Pologne étudie activement un plan de solidarité au profit des Biélorusses. Comment donc réagira le taciturne Kremlin face au tacite Wir sind die Besten berlinois ?

Avis aux Gaulois réfractaires chatouillés par l’expatriation hors francophonie : si Moscou et Minsk sont villes à visiter, Berlin et Varsovie sont villes à vivre.

Richard Mil+a

Les Enfants terribles biélorusses

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Notifiez de
Gyl

En dehors d’articles contre la Russie, tu ne sais rien écrire d’autre..??

patphil

RL est donc bien un site non censeur, n’importe qui peut y faire paraitre un article “bienpensant”

Boris Karpov

Nouvelle loghorée verbale de l’apatride belgopolonoproshleu Mil contre la Russie, dont le seul intérêt est d’apprendre qu’il soutient les assassins et violeurs en Russie (Furgal) et en Biélorussie (https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Peine_de_mort_en_Bi%C3%A9lorussie), qu’il utilise Arte pour s’informer sur la Russie, ce qui fait qu’il n’y connait pas grand chose. Tout est la faute de l’ogre Vladimir bien sûr ! Mil doit faire des cauchemars chaque nuit et vérifier que Poutine n’est pas caché sous son lit avant de se coucher !

Richard Mil

« Belgopolonoproshleu » tient en deux fuseaux horaires et est nettement plus identitaire que vos cent ethnies embarquées sur 11 fuseaux ! Mon p’tit gars, en Pologne on est très lucide face à la « phénoménologie » Poutine. Si le gars se distingue par une détermination certaine, son package politique est rejeté pour vice de corruption et manque d’efficience. À Varsovie, Islam + Kremlin = raus. Encore une excellente nouvelle pour le poutino-bobo : les jeunes Polaques n’apprennent plus le russe (seconde langue obligatoire de leurs grands-parents) mais bien l’anglais et l’allemand. Verstanden ???

quiditvrai

En quoi cet article fait avancer notre combat contre l’islam

D. Lajoie

Mil et Karpov , tous les deux auteurs réputés d’articles trés appréciés sur RL font semblant de s’asticoter. Mais en fait , ils sont copains comme cochons et ils passent leurs soirées ensemble à boire des coups .

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