Feuilleton de l’été RL : Le Retraité (épisode 21)

Publié le 26 août 2019 - par - 4 commentaires - 329 vues
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Pour ce mois d’août, Riposte Laïque vous propose un roman inédit de Marcus Graven : Le Retraité.
Vern Faulques occupe ses premières semaines de retraité à revisiter les dossiers dont il a été responsable à l’Institut français des études comportementales (Ifec), un institut qui a contribué à créer le désastre actuel et la mise à mort possible du pays dans les mois qui viennent.

Dans ma chambre, je cherchai un passage Des rats et des labyrinthes. Je feuilletai le bouquin quelques minutes avant de le trouver.
« Ils apprécient tant de patauger dans la vie privée des autres qu’il n’est pas impossible qu’eux-mêmes s’immiscent dans le parcours de leurs collègues au nom d’études de comportements. Pour savoir pourquoi le voisin de bureau modifie son rapport afin de le rendre conforme à la réalité décrite par les hommes politiques, les associations, les médias, les financiers. Pour appréhender à quel moment des manipulateurs cèdent à la manipulation. Et, à partir de là, ont des existences aussi volatiles que celles des cobayes. »

De quelle manière ceux qui me suivaient peut-être sur les radars de l’Ifec analyseraient-ils mon escale en Australie à la recherche du fantôme de Fred ?
Frédéric Briais avait été engagé par l’Ifec quelques années après moi. Il n’avait guère le profil d’un agent. Il avait bourlingué en Guyane, accompagnant des expéditions de chercheurs du CNRS en tant que responsable de la sécurité. Il habitait là-bas une maison vétuste où, racontait-il, des serpents séjournaient dans la salle de bain et des mygales derrière la cuvette des toilettes.
J’entendais encore sa voix pleine d’éclats de rire, ses histoires truffées de jeux de mots, de décrochements comiques, de parenthèses scatologiques.
C’est dans un bar qu’il me révéla qu’il avait été recruté comme baroudeur – « L’homme des terrains difficiles » – par l’Ifec qu’il baptisait périodiquement « l’Infect ».
Il avait été envoyé dans un des confettis de l’ancien Empire français où les rares Européens étaient cernés par des clandestins musulmans qui ne cessaient de prendre pied sur le rivage.
« Ils deviennent vite des Français de papiers, des Français d’allocs, des Français qui n’ont que des droits…, rigolait Fred. Du coup, l’enseignement est tellement dégradé qu’il illustre le paradis égalitaire socialiste. Plus personne n’y apprend rien. L’égalité parfaite selon les ministres de l’Éducation nationale. »
Il décrivait les bidonvilles qui métastasaient, transformant des quartiers en décharges publiques, les embouteillages endémiques sur des routes de plus en plus inidentifiables, dignes du Nigeria ou du Zimbabwe, des probabilités africaines d’être cambriolé, agressé dans la rue, assassiné pour avoir osé résister à un petit voleur sur un marché.
Quant à la culture, la mainmise de l’islam sur la société la réduisait à un quasi néant.
Dans les services administratifs, seuls les Européens bossaient, les autres rigolaient et – au nom de la discrimination positive et de l’antiracisme – montaient les échelons plus rapidement que les « blancs becs mo’ue salée ». Et évidemment les Européens se taisaient.
« Ceci nous apprend que nos Français de souche resteront bien sagement chez eux quand les muzz africains débarqueront en masse sur nos plages méditerranéennes. Le Camp de Saints, toujours Le Camp des Saints, mon pote », disait Fred.

Frédéric Briais plaçait les Métros qui avaient été mutés sur l’archipel. Ils les logeaient dans les zones les plus désastreuses et comptaient combien de jours ils tenaient.

Aujourd’hui, Fred ne serait pas étonné par la virulence des associations qui soutenaient les clandestins, par la mansuétude des juges à leur encontre, par l’absence de résistance organisée de la population face aux envahisseurs qui réclamaient des logements, des repas à leurs goûts, des installations wifi plus puissantes, des cartes bancaires. Les barbares triomphaient et les Européens avaient peur d’être dénoncés pour avoir protesté contre l’insécurité installée par les hordes sauvages.

Pour mon dernier jour à Nouméa, je pris un bateau jaune à la coque ornée d’une bande en damier comme les taxis new-yorkais, une navette qui me laissa à l’extrémité d’un ponton sur l’île aux Canards, à cinq minutes de l’Anse Vata.

Sur la plage médiocre – restes grisâtres et grossiers de coraux morts –, je louais un transat couplé à un parasol, et un masque et un tuba.
Autour de moi d’autres touristes sur les mêmes chaises longues, sous les mêmes parasols, sagement rangés. Difficile de repousser la vision d’un djihadiste surgissant de l’eau turquoise, Kalachnikov pointée sur les corps blancs replets des hommes et les poitrines dénudées de femmes, de ne pas voir les cadavres cachés sous des draps de bain, le sang sur le sable.
Je quittai mon transat pour nager dans une eau tiède. Des poissons tropicaux seuls ou en bancs faisaient des passées devant moi, d’autres me fixaient à travers la vitre du masque. Je me perçus plus objet du spectacle que spectateur.

La navette pour l’aéroport était à l’heure. Un jeune gars au visage ouvert rangea mon sac dans une remorque que tractait le bus Hyundai qu’il conduisait.
Route tranquille jusqu’à Tontouta. J’écoutai d’une oreille distraite un pâtissier aux traits d’adolescent décrire au chauffeur sa vie en Australie où, grâce à son métier, il avait facilement trouvé du travail. Il admirait les Australiens, leur sens du civisme, leur gentillesse, leur amour de la nation. Il les comparait aux Français dont il moqua la docilité envers ceux qui voulaient les détruire, leur servilité, leur absence de résistance à l’oppression.

Le vol Qantas à destination de Sydney dura le temps d’un polar cinématographique sans intérêt.
Formalités d’entrée. Récupération de mon bagage de soute. Le chauffeur de taxi peina à découvrir l’immeuble Oaks Harmony, caché dans une ruelle près de George Street, une des avenues qui quadrillent le centre de Sydney.
Je ne pouvais pas récupérer la clé de la suite avant 14 heures. Je laissai mon sac et 200 dollars de caution à la réception.

J’errai dans le quartier chinois. La densité des Asiatiques me surprit. Les rares Blancs ressemblaient à des touristes même s’il s’agissait de Sydneysiders. Mais il n’y avait aucune hostilité dans l’air.
Dans la galerie commerciale de Paddy’s Market, j’achetai un plat préparé : des nouilles grasses avec des morceaux caramélisés de poulet et retournai à l’hôtel.
La clé de l’appartement était accompagnée d’un bitoniau qu’il fallait présenter devant un boîtier dans l’ascenseur pour que celui-ci accepte de se mettre en mouvement.
Porte 180 au dix-neuvième étage avec vue sur les gratte-ciel du quartier des affaires.

Je mangeai le plat de nouilles chinoises, rangeai quelques vêtements dans le placard de la chambre, parcourus les prospectus présents près du téléviseur sur les distractions qu’offrait la ville.
À trois heures du matin, une vive douleur me traversa la jambe gauche du pied jusqu’à la hanche. J’avalai un Doliprane et restai un moment à regarder les lumières de la ville. Plus que la douleur, c’était ma solitude dans cette cité étrangère qui m’avait réveillé. Moi qui pensais ne pas craindre la mort, voilà qu’elle m’effrayait subitement et sans mesure. Je voyais ma vie comme un paquet de débris flottant sur la mer après une catastrophe aérienne.

(à suivre)

Tous les êtres, les lieux et les choses apparaissant dans ce roman, y compris les réels, sont purement imaginaires.

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Notifiez de
Peau de la Vieille Hutte

Moi aussi j’aime bien !

Elliot

Bonjour !
J’ai demandé hier si vous aviez prévu de publier ce roman/livre…
Je suis juste surpris par les -20 pouces en bas…lol…
Apparemment ce roman « déplaît » à beaucoup…Enfin pour ceux qui le lisent….Est ce que cette fiction/réalité dérange ????
Perso j’aime bien….Continuez !
Pour les autres « haineux » regardez BFM TV…
Bonne journée….

Marcus Graven

Merci. Si les 20 pouces en bas sont ceux de lecteurs -ce dont je doute – rien ne les oblige à me lire. Le pouce en bas est hélas à quoi se réduit aujourd’hui la pensée critique.
Pour l’instant, aucune publication papier prévue.

Elliot

Bonjour ! Dommage alors….Bonne journée à vous…