Feuilleton de l’été RL : Le Retraité (épisode 23)

Publié le 28 août 2019 - par - 1 commentaire - 301 vues
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Pour ce mois d’août, Riposte Laïque vous propose un roman inédit de Marcus Graven : Le Retraité.
Vern Faulques occupe ses premières semaines de retraité à revisiter les dossiers dont il a été responsable à l’Institut français des études comportementales (Ifec), un institut qui a contribué à créer le désastre actuel et la mise à mort possible du pays dans les mois qui viennent.

Seul devant ma pizza, je ressentis la fragilité de la vieillesse alliée à celle née de l’éloignement. Les deux se mariaient pour instiller en moi l’idée que, même hors de l’Ifec, je n’étais toujours qu’une ombre maléfique. Avec ma mise à la retraite, je n’avais pas su ou pu reprendre corps, épaissir dans le jus de la réalité. Sur cette terrasse à Sydney, je me vis beaucoup plus volatile que lorsque je me glissais dans les vies de Clélia Chardin, d’Antoine Angus et de tant d’autres.

Un couple s’installa à la table près de la mienne. Pendant quelques secondes, je crus que, comme moi, les deux femmes n’avaient pas perçu l’originalité du restaurant. Mais très rapidement, dans leurs regards et leurs caresses furtives, je saisis que ce n’était pas une mère et sa fille.
La plus jeune se prénommait Maureen. Étudiante ou enseignante débutante, une longue fille blonde et chlorotique à la silhouette sage, aux lèvres soumises à un rouge percutant, un cou interminable. Elle était dans un chemisier et un pantalon bleu profond. Elle déposa un sac besace à ses pieds. À sa main gauche, elle portait la bague irlandaise de Clanagh, un anneau surmonté de deux mains tenant un cœur couronné. Le cœur pour l’amour, l’amitié pour les mains, le couronne pour la loyauté.
Je n’entendis pas le prénom de l’autre femme, plus âgée que sa compagne. Chevelure d’un gris hautain, bagues, bracelets et collier aux reflets d’or et de perles, opulence vestimentaire et gestuelle d’un membre de la bourgeoisie libérale, avocate ou médecin, elle contemplait Maureen avec une satisfaction de propriétaire.

Je réglai ma note, laissai un pourboire et m’éloignai. J’étais à une centaine de mètres de la terrasse de la pizzéria quand une série de bruits vifs et piquants me fit me retourner.

Chapitre treize

Maureen, dans un tableau, serait le « détail » que l’œil de l’illustrateur isole pour en faire la couverture d’un roman.
Je la vis s’effondrer, poupée de chiffon jetée au sol par une gamine capricieuse. Puis sa compagne partit en arrière et s’affala dans une position grotesque de femme saoule, les jambes écartées.
Un homme en noir, la tête enveloppée dans une cagoule de camouflage, brailla quelque chose et pointa son arme en direction de la vitrine de la pizzéria. Le jeune homme qui m’avait servi se présenta à la porte, une courte rafale le faucha.
Le type cagoulé commença à crier des imprécations contre les mécréants et les sodomites. « Seigneur, donne-moi victoire sur ce peuple de corrupteurs ! Maudits soient ceux qui commettent l’acte du peuple de Loth. »
Il parlait un anglais léger, presque aérien.

Au fond de moi, j’avais toujours su que viendrait ce moment. Si surprise il y avait, c’était que ce fût à Sydney plutôt que dans le métro parisien ou sur une place de Munich ou sur un pont au-dessus de la Tamise. Sydney ou une preuve de plus que les musulmans étalaient leur djihad sur toute la planète.
À l’intérieur de l’établissement, clients et serveurs cherchaient à se cacher sous les tables, à fuir par la cuisine. Le tueur islamique était d’un calme de professionnel raconteraient les survivants aux policiers et aux journalistes. Il arrachait les nappes et tirait, ouvrait les portes des placards et tirait.
J’entendis les cris et les coups de feu. Des passants, certains des écouteurs sur les oreilles, continuaient de marcher en dodelinant de la tête. Ils se figèrent quand un homme s’extirpa du restaurant en hurlant et tomba le crâne éclaté sous les impacts de balles de Kalachnikov. Une femme se mit à gémir. D’une voix craquelée par la peur, elle commença à prier.

Nous étions à cette heure où l’atmosphère de la ville aurait dû baigner dans l’insouciance, dans la promesse d’un verre en terrasse avec des collègues de travail, dans le choix d’un restaurant, dans la satisfaction proche d’une soirée avec galipettes avec le fiancé ou la copine d’une nuit.
Les premières sirènes de police. Leurs gyrophares brassaient l’ombre des immeubles. Bientôt elles barreraient les rues. De la rubalise bleue et blanche isolerait le théâtre des opérations.
Une sorte de glaciation parcourait les rues et les esprits tandis que les cerveaux des chaînes d’information en continu s’échauffaient.

À l’Ifec, nous avions remis des études sur ce genre d’événements. La guerre était déclarée et l’Occident la refusait. Les peuples acquiesçaient. Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire.
Les consignes des gouvernements européens à leurs citoyens face au terrorisme islamique étaient de tenter de s’échapper ou de se cacher et d’alerter. Les autorités américaines les encourageaient à courir, se planquer et s’ils ne pouvaient faire autrement, se battre.
Qu’avaient préféré les Australiens ? La couardise européenne ou la réaction américaine ?

Devant le téléviseur du salon de mon appartement, je suivis les opérations. Le terroriste musulman avait assassiné huit personnes, il en gardait cinq en otages. Il leur avait fait masquer l’intérieur de la salle du restaurant avec des nappes fixées sur les vitres et avait affiché un drapeau noir sur lequel était écrite, en lettres blanches, la chahada : « Il n’y a de dieu qu’Allah et Mahomet est son prophète ».
Aucune lumière à l’intérieur de la pizzéria. Les rayons des projecteurs de la police détaillaient la façade du bâtiment.
De mon balcon, Sydney n’avait pas changé. La ville était toujours aussi scintillante et le trafic ne s’essoufflait ni dans les rues ni dans le ciel.
Je revenais périodiquement devant Sky News. Le terroriste avait été identifié : Mohamed Ali Khan, un chauffeur de taxi d’origine pakistanaise qui se disait aussi imam. Il s’exprimait en anglais parce que son arabe était très médiocre. Son portrait apparaissait à intervalles réguliers sur l’écran. Un visage émacié, une barbe grise, des yeux noirs et coléreux. Des lunettes à monture métallique lui procuraient le faux air d’intellectuel qu’affectionnent les musulmans pour pérorer sur ce qui est haram : chansons de Céline Dion, menstrues des femmes, musique et dessin, masturbation quand elle procure du plaisir.
Sur une vidéo, on le voyait conclure un prêche en vociférant : « Ô Allah ! Accorde-nous la victoire sur les Juifs, qui sont tes ennemis mais aussi les ennemis de notre religion ! Ô Allah ! Fais périr les mécréants, les polythéistes et les ennemis de l’islam ! Ô Allah ! Éparpille leur nation ! Ô Allah ! Disperse leurs troupes ! Ô Allah ! Détruis leurs édifices ! Ô Allah ! Fais périr leurs récoltes ! Ô Allah ! Rends orphelins leurs enfants ! Ô Allah ! Rends veuves leurs épouses ! Ô Allah ! Fais tomber leurs biens et leurs fortunes comme butin entre les mains des musulmans ! »
Des voisins de l’homme étaient interviewés et tous le disaient aimable, toujours prêt à rendre service, bien intégré. Plus tard les téléspectateurs apprendraient que l’homme détestait les chiens et gueulait sur les filles aux tenues trop légères.

(à suivre)

Tous les êtres, les lieux et les choses apparaissant dans ce roman, y compris les réels, sont purement imaginaires.

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Notifiez de
Anne-Marie G

Très agréable à lire !