Feuilleton de l’été RL : Le Retraité (épisode 24)

Publié le 29 août 2019 - par - 3 commentaires - 256 vues
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Pour ce mois d’août, Riposte Laïque vous propose un roman inédit de Marcus Graven : Le Retraité.
Vern Faulques occupe ses premières semaines de retraité à revisiter les dossiers dont il a été responsable à l’Institut français des études comportementales (Ifec), un institut qui a contribué à créer le désastre actuel et la mise à mort possible du pays dans les mois qui viennent.

Vers une heure trente du matin, les explosions des grenades assourdissantes, les flashes des grenades aveuglantes, le crépitement des armes automatiques me tirèrent de la torpeur dans laquelle je m’étais enfoncé vers minuit devant le téléviseur. Une unité spéciale de la police donnait l’assaut. Deux véhicules blindés s’étaient approchés à toute allure de la vitrine obscure de la pizzéria. Un hélicoptère survolait la zone en balayant les toits avec un projecteur.
Puis ce fut une ronde d’ambulances. Et le bilan : trois otages décédés et Mohammed Ali Khan était allé profiter des 72 vierges que Mahomet avait promises aux types comme lui.
Le porte-parole de la police de New South Wales et celui du gouvernement australien parlaient en chœur d’acte isolé. Les premiers commentaires sur une supposée maladie mentale surgissaient déjà. Qui oserait la nommer ?

Je ne dormis pas. Vers 6 heures du matin, je me douchai, changeai de vêtements et pris un rapide petit-déjeuner en gardant un œil sur l’écran de télévision. Les portraits des victimes de Mohamed Ali Khan défilaient. Une photo d’identité. Des yeux clairs, intelligents. Elle s’appelait Maureen O’Connors.
Mais, pour moi, elle resterait une esquisse, un personnage entraperçut entre les pages d’un roman-fleuve. Elle ne vieillirait pas, elle ne subirait jamais le lamentable poids des années. Connaître son nom l’offrait davantage à ma mémoire. J’aurais aimé construire un dossier sur elle, étudier sa brève existence, son enfance et son adolescence, le parcours de ses parents, sa liaison avec celle que Sky News identifiait comme Sarah Hampton, femme d’âge presque mûr, directrice d’une agence de publicité.
Des représentants de la communauté musulmane de Sydney pleurnichaient devant les caméras, appelant comme d’habitude à ne pas faire d’amalgame entre eux et les terroristes fanatiques, mentant sur leur religion qu’ils prétendaient d’amour, de bonté, d’ouverture, affirmant prier pour le repos définitif des victimes.

Je rendis la clé à un gardien hébété, les yeux rougis par le manque de sommeil qui balbutia quelques mots sur le malheur qui s’était abattu sur la ville depuis la veille. Il m’appela un taxi.
Un matin gris perlait sur Sydney.

À l’aéroport, les contrôles déjà très pointilleux avaient été renforcés. Les alarmes des portiques sonnaient sans arrêt. Des policiers et des soldats patrouillaient dans les halls.

Sur Paris, l’air avait une odeur d’hiver. Le rétrécissement du jour oxydait la lumière. Une pluie fine, sarcastique, diluait le paysage en coulées grises. Le regret de la chaleur et de la clarté de l’hémisphère austral m’effleura.

En buvant un cappuccino dans un snack de Paris Charles de Gaulle, je vérifiai que j’avais toujours mes économies sur mes comptes bancaires et que ma carte de débit fonctionnait encore.
L’Ifec avait réalisé une multitude d’études sur le comportement de survie des individus dépouillés du jour au lendemain de leurs biens, de leur famille, de leur identité. L’Institut avait utilisé des organismes de prêts à la consommation pour ruiner des dizaines de Français et conclut que là encore, cela n’amenait aucun sentiment de révolte, uniquement de la résignation. Après la perte de leur habitation, leur divorce, leur plongée dans l’alcool et la drogue conclue par un licenciement, les gars et les femmes traînaient les journées d’hiver dans les médiathèques, les gares, les stations de métro, cherchaient des chiottes pour crotter et se débarbouiller. Ils mendiaient en s’accroupissant derrière un carton sur lequel leur infortune était décrite en une dizaine de mots et le soir, téléphonaient pour tenter de dégoter une place dans un centre d’accueil. D’autres cherchaient désespérément l’adresse d’un ancien copain ou d’un parent oublié chez qui aller sonner pour demander de l’aide.
Qu’aurais-je fait à leur place ?

Je consultai depuis mon ordinateur les sites des principaux journaux et hebdomadaires.
La sempiternelle sarabande de l’actualité avec ses mensonges au nom du Bien. La ronde infernale des valeurs progressistes et d’un pathos victimaire et sentimental.
Rien ou presque sur l’islam. Les milliardaires propriétaires de la majorité de la presse veillaient au grain.
Chacun était infecté jusqu’à la moelle par la trouille de ce qu’il vivait, par les mises en garde, par l’autosurveillance obligatoire. Il n’y avait plus un instant, ni un endroit où l’on vivait dans l’insouciance des années 60-70.
Le camp du Bien manipulait l’émotion pour oblitérer la pensée, pour qu’aucune réflexion critique ne naisse.
Impossible d’être lucide. Plus un centimètre cube de cerveau n’était laissé libre. Alors Les Français baissaient la tête et ramassaient les coups. Il ne fallait surtout pas qu’ils se défendent.
Les gouvernements occidentaux avaient tout fait pour que les populations demeurent inertes. Seulement quelques soubresauts ici ou là, des habitants gueulant contre l’insécurité « sans être racistes » (précisaient-ils en souriant à la caméra), des femmes protestant parce que des cafés leur étaient interdits « comme au bled », selon le patron algérien d’un bar. Rien de grave.
Les politiciens et les médias déguisaient la lâcheté programmée des peuples en philosophie positive. Ils portaient aux nues les plus couards comme ce type qui expliquait dans un livre aussitôt devenu film que les djihadistes n’auraient pas sa haine même s’ils avaient massacré sa femme et privé leur gamin de sa mère. Sur la même attaque, les médias ne diffusaient pas les témoignages des survivants sur les décapitations, les égorgements, les éviscérations, les yeux arrachés, les coups de couteau portés par les terroristes musulmans dans les appareils génitaux des femmes en mimant l’acte sexuel. Quant au père d’une des victimes qui persistait à réclamer vengeance pour sa fille, il ne tarderait pas à se retrouver en taule.

Dans les colonnes d’un quotidien parisien, un article résumait la conférence de presse d’un préfet à tête stéréotypée d’énarque, nommé à la direction d’un organisme gouvernemental de délation. Il expliquait comment faire taire les opposants : « D’abord identifier les meneurs, puis s’en prendre à leurs intérêts économiques en leur infligeant des amendes bien plus élevées que leurs revenus. Si les frapper au porte-monnaie ne suffit pas, des peines de prison ferme seraient prononcées. Quelques mois en bonne compagnie dans une cellule ramolliraient les convictions intolérables de ces islamophobes. »
La répression devait s’intensifier. La France possédait pour cela la législation la plus répressive du monde.
Un humoriste, à l’incarcération d’un des rares opposants, eut ce trait : « Cet opposant, incarcéré ce soir va peut-être changer d’avis demain matin après avoir été agenouillé pensant sa première douche. »

Quand je m’aperçus que je ne lisais plus l’écran de mon ordinateur, je me moquai silencieusement de ma soudaine colère contre les donneurs de leçons médiatiques, ces traqueurs de la mauvaise pensée et de la parole coupable, ces thuriféraires de l’ouverture à l’autre et de la repentance permanente, ces prêtres du culte de la diversité et des minorités. Une colère factice. Celle du mec qui jette du Zyklon B dans une chambre à gaz et s’émeut des dégâts.
Mon cappuccino avait refroidi. J’en commandai un autre.
Les rédactions étaient pleines à ras bord de fléaux bien-pensants. « Encore un siècle de journalisme et tous les mots pueront », avait écrit Nietzsche. Nous y étions. Les médias étaient la nouvelle Inquisition. Les journalistes ne surveillaient plus le pouvoir politique avec lequel ils étaient cul et chemise, mais le commun des mortels.
Un vieil intellectuel chaud lapin qui fut maoïste jetait dans les colonnes d’un des journaux de références du camp du Bien : « Pas de tolérance pour les ennemis de la tolérance ! » Il fallait que les récalcitrants craignent jusqu’à l’ombre de leurs mots et de leurs pensées.

(à suivre)

Tous les êtres, les lieux et les choses apparaissant dans ce roman, y compris les réels, sont purement imaginaires.

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Notifiez de
kounnar

Je doute qu’un gars ayant sévit toute sa vie à l’Ifec puisse laisser ses économies à la banque :-) !!

Elliot

Hello ! Et oui….réalité….Répression : 3 identitaires condamnés à 6 mois ferme….Merci l’Ifec…Lol….

BobbyFR94

Fiction tellement réaliste que l’on pourrait mettre des noms sans problème !!!

Et la réalité est plus horrible encore !!! il suffit de la regarder !!!