Feuilleton de l’été RL : Le Retraité (fin)

Publié le 1 septembre 2019 - par - 5 commentaires - 563 vues
Share

Durant le mois d’août, Riposte Laïque vous a proposé un roman inédit de Marcus Graven : Le Retraité. Voici le dernier épisode.
Vern Faulques occupe ses premières semaines de retraité à revisiter les dossiers dont il a été responsable à l’Institut français des études comportementales (Ifec), un institut qui a contribué à créer le désastre actuel et la mise à mort possible du pays dans les mois qui viennent.

Les stations-services n’étaient plus approvisionnées.
Le soir, le réservoir presque à sec, je m’aventurai sur une piste forestière.
Après deux ou trois cents mètres, le chemin disparu, recouvert par les mauvaises herbes, les fougères, les ronces. La carrosserie crissait sous les griffures de la végétation. Je parvins à un espace plus dégagé, près d’une rivière ourlée de rochers moussus.
Je revins à pied jusqu’à la route pour camoufler ma présence en effaçant les traces de pneus avec une branche et en redressant tant bien que mal la végétation écrasée par le poids de mon véhicule. Je réussis à déplacer un tronc d’arbre mort en travers de la piste pour donner l’impression que le chemin n’était plus emprunté depuis longtemps.
Je me fis le plus discret possible. Pas de lumière. Un sandwich et une bière dans la demi-obscurité.
Des canards barbotaient en famille sur la rivière. Ils montèrent sur la berge opposée dans l’obscurité naissante.
Le silence de la forêt m’impressionna. Comme moi, la faune était aux aguets.
Dans la nuit, une pluie fine meubla ce silence.
J’étais dans l’incapacité de dormir.
J’enviais Antoine Angus à la Forenghi.

Le sommeil me régurgita à l’aube.
J’avais moins de peur en moi. Les canards étaient revenus sur la rivière. Je sortis. Entre les branches, un ciel sans amertume.
La situation avait certainement encore dégénéré dans la nuit.

Je décidai de continuer à pied. Dans un sac à dos, je rangeai mes papiers, quelques vêtements, le peu de nourriture que j’avais et me mis en route, non pour La Manche ou l’Atlantique, mais pour Saint-Jost. L’ultime retraite.

Je suivis des sentiers de randonnée, franchis des bois, traversai des nationales et des autoroutes à la circulation rare. Le pays avait perdu le contrôle de sa vie.
Le printemps faisait un pied de nez à l’actualité. Les journées ensoleillées – les bulletins météorologiques s’ils avaient encore été dominés par la bien-pensance auraient martelés leurs thèses réchauffistes, les paysages verdoyants, les merles, les faisans et les pies dans les champs, les écailles de lumière dans les sous-bois, les cerfs et les renards accompagnés de leurs petits, les chevaux en liberté, les odeurs épaisses de sève et d’humus, contredisaient la peur sinistre qui pesait à nouveau sur mes tripes.

Chapitre quinze

Antoine Angus pensait parfois à Vern Faulques. Il se demandait ce qu’il était devenu dans la folie européenne des dernières semaines.
Les images du vieux continent qui parvenaient jusqu’en Nouvelle-Calédonie montraient des rues parisiennes très calmes. Les vêtements des hommes n’étaient pas différents de ceux d’avant les événements, les femmes, par contre, étaient plus couvertes, pour « leur redonner de la dignité », commentait un journaliste. « Le hidjab est un lien avec Dieu. »
Dans les quartiers populaires, le niqab était de rigueur.
À Paris, les statues de Maillol avaient disparu du jardin des Tuileries, des centaines de tableaux du Louvre et du musée d’Orsay avait été brûlés, les bibliothèques étaient fermées. Le nouveau drapeau français gardait ses trois couleurs mais l’étoile et le croissant islamiques avaient été ajoutés en son centre.

La normalisation fut si rapide qu’il semblait à Angus que la France avait toujours été ce pays-là.
Des maquis s’étaient formés dans certaines régions comme le Massif Central.
Angus espéra un temps que Vern Faulques y combattait.
Un soir, depuis une hauteur au-dessus de la propriété, où il admirait la plaine et ses niaoulis, et au loin, l’océan imperturbable, Antoine Angus vit un homme traverser la propriété de Faurel.
Malgré la distance, il le reconnut presque dans l’instant.

Tous les êtres, les lieux et les choses apparaissant dans ce roman, y compris les réels, sont purement imaginaires.

Print Friendly, PDF & Email
Share
Notifiez de
Patrick Granville

La resistance à la soumission voilà ce qu’il faut retenir de ces 27 episodes de ce beau roman estival.

Anne-Marie G

Fin qui remonte un peu le moral ! nous n’en sommes heureusement pas encore là (sauf les pauvres gens dont un des proches est tombé sous les coups d’un « déséquilibré ».) La retraitée que je suis n’espèrerais pas une fin si heureuse que votre personnage. A moins de se diriger vers la Hongrie …

Stratediplo

M. le sociologue Graven, je n’ai qu’un mot : excellent.
Je regrette de n’avoir pas enregistré à temps le 6° épisode, qui a dû s’effacer accidentellement du serveur (clin d’oeil à RL pour le remettre – merci).

POLYEUCTE

FIN ?
Passons à autre chose…..