Pour les professeurs d'Histoire : Les traites négrières et l'esclavage

CouverturemusulmansLE MONDE AU DEBUT DU XVIIIe SIECLE
Séance — Les traites négrières et l’esclavage
Objectif :

  • Connaître les trois grandes traites : intra africaine, musulmane, européenne

PROBLÉMATIQUE : Quelles sont les différentes traites négrières ?
1- Illustrations : La première montrant des esclaves africains soumis à des esclavagistes également africains, la seconde des esclaves travaillant dans une plantation sous la surveillance d’un Européen.
Où se passe la scène 1 ? Où se passe la scène 2 ? Quel est le point commun de ces deux scènes ?
La première scène a lieu en Afrique : la première grande traite est un esclavage inter africain. Ce sont également des Africains qui vendaient d’autres Africains pour l’esclavage arabo-musulman et transatlantique. L’esclavage inter africain explique une partie des guerres ethniques africaines contemporaines comme celle du Darfour.
Le seconde scène a lieu en Amérique.
Le point commun est la présence d’esclaves noirs.
L’esclavage est une pratique qui remonte au début de la civilisation. Il est pratiqué chez les Grecs et les Romains.
L’esclavage est actif en Afrique pour une raison religieuse : « en pays d’Islam, seuls sont esclaves les enfants d’esclaves et les personnes capturées à la guerre. Des personnes libres ne peuvent être asservies, pas plus que les enfants abandonnés, selon une politique courante dans les civilisations antiques », souligne l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, auteur de l’essai Les traites négrières (Gallimard, 2004). D’où le recours par les musulmans au gisement subsaharien. Cela commence avec un fameux traité conclu en 652 entre des Nubiens et l’émir d’Assouan, pour la livraison chaque année d’un quota de 360 captifs à ce dernier en échange de marchandises diverses.
Rapidement, les habitants du monde islamique en arrivent à assimiler les Noirs à des esclaves.
2 – Texte : interview dans le magazine L’Expansion du le 29 juin 2005 d’Olivier Pétré-Grenouilleau, auteur des Traites négrières, (Gallimard 2004) :
« La traite transatlantique est quantitativement la moins importante : 11 millions d’esclaves sont partis d’Afrique vers les Amériques ou les îles de l’Atlantique entre 1450 et 1869 (…). Les traites (…) « orientales » (…) ont concerné environ 17 millions d’Africains noirs entre 650 et 1920. Quant à la traite interafricaine, un historien américain estime qu’elle représente l’équivalent de 50 % de tous les déportés hors d’Afrique noire, donc la moitié de 28 millions. (…) Aussi n’est-il sans doute pas exagéré de dire qu’il y en eut peut-être plus de 14 millions, pour le continent, sur une durée de treize siècles. »
Soulignez dans le texte le passage qui montre que les Européens ne sont pas les premiers à se livrer à la traite des Noirs. À partir de quel siècle les Européens se livrent-ils à ce commerce ? Faites un tableau concernant les trois traites négrières, tableau où figureront le nom de chacune des traites, les dates (ou périodes), le nombre d’esclaves.
4- Illustrations: un gravure montrant des esclaves africains en route vers les pays musulmans et une seconde avec des esclaves à fond de cale sur un bateau européen
Comment voyagent les esclaves ?
à pieds en ce qui concerne la traite arabo-musulmane (puis en boutre sur l’Océan Indien) ;
à fond de cale, les chevilles entravées pour la traite atlantique.
5 – Illustration : travail des esclaves dans une plantation de sucre ou de coton ou de café
Où travaillent les esclaves de la traite atlantique ? Pourquoi ?
dans les plantations : canne à sucre, coton, café
la demande de la part des consommateurs de ces produits nécessite une production de plus en plus importante et donc une main d’œuvre de plus en plus nombreuse.
Il n’était donc pas dans l’intérêt des colons de maltraiter par perversité les esclaves qui avaient un coût important à l’achat et freinaient une production très rentable en disparaissant.
Faire le parallèle avec le travail notamment des enfants en Asie pour les grandes marques de chaussures et de vêtements dont les adolescents aiment s’habiller.
6- Extrait du code noir de l’esclavage (version de 1685) :
Art. 33. L’esclave qui aura frappé son maître, ou la femme de son maître, sa maîtresse, ou le mari de sa maîtresse, ou leurs enfants, avec contusion, ou effusion de sang, sera puni de mort.
Art. 38. L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées, et sera marqué d’une fleur de lys sur une épaule ; s’il récidive, un autre mois, à compter pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d’une fleur de lys, sur l’autre épaule ; et la troisième fois, il sera puni de mort.
Quelle est la punition pour l’esclave ayant agressé son maître ou la famille de celui-ci ? Quelle est la punition pour un esclave qui a fui ?
la mort (comme dans l’Antiquité gréco-romaine)
les oreilles coupées et marqué d’une fleur de lys la 1ère fois, le jarret coupé et une seconde fleur de lys la 2e fois, la mort pour la 3e fois.
Mais le sort des esclaves est bien pire dans le monde arabo-musulman. Razziés par les chefs noirs à la solde des marchands arabes, après un éprouvant voyage à travers le désert, les hommes et les garçons sont systématiquement castrés avant leur mise sur le marché, au prix d’une mortalité effrayante, ce qui fait dire à l’anthropologue et économiste Tidiane N’Diyae : «Le douloureux chapitre de la déportation des Africains en terre d’Islam est comparable à un génocide. Cette déportation ne s’est pas seulement limitée à la privation de liberté et au travail forcé. Elle fut aussi – et dans une large mesure- une véritable entreprise programmée de ce que l’on pourrait qualifier d' »extinction ethnique par castration »».
On peut lire sous la plume de l’historien arabe Ibn Khaldoun (1332-1406) : «Il est vrai que la plupart des nègres s’habituent facilement à la servitude ; mais cette disposition résulte, ainsi que nous l’avons dit ailleurs, d’une infériorité d’organisation qui les rapproche des animaux brutes. D’autres hommes ont pu consentir à entrer dans un état de servitude, mais cela a été avec l’espoir d’atteindre aux honneurs, aux richesses et à la puissance» (Les Prolégomènes, IV). Ces propos précèdent de deux siècles la traite atlantique des Occidentaux.
Faire le parallèle avec les États arabes du Golfe Persique qui recourent massivement à des travailleurs étrangers tout en empêchant ceux-ci de faire souche sur place, c’est le cas du Qatar pour la construction des stades de la Coupe du Monde de football.
Second extrait du code noir :
Art. 2 Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés d’en avertir dans huitaine au plus tard les gouverneur et intendant desdites îles, à peine d’amende arbitraire, lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable.
Art. 26 Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres, selon que nous l’avons ordonné par ces présentes, pourront en donner avis à notre procureur général et mettre leurs mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d’office, si les avis viennent d’ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais; ce que nous voulons être observé pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves.
Contrairement à la légende, l’article 2 prouve que l’esclave n’était pas considéré comme un animal puisque pouvant être baptisé, il avait donc une âme.
L’article 3 montre que les esclaves pouvaient poursuivre leurs maîtres en justice si ceux-ci ne les nourrissaient pas et ne les vêtaient pas.
Dire aux élèves que Le Code Noir est une volonté de limiter la puissance des maîtres. Il ne correspond pas à ce que vivaient réellement les esclaves mais à ce que la législation royale prévoyait pour eux. Considérant que l’esclavage était acceptable, cette loi prétendait en limiter les abus. S’horrifier qu’un tel texte puisse exister comme le font les hommes et les femmes politiques contemporains et les historiens de la bien-pensance et de la repentance, c’est le décontextualiser. C’est faire de l’histoire avec des émotions et les poncifs du politquement correct.
Rappeler  que Mme Taubira aurait déclaré à Eric Conan dans l’Express : « il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les « jeunes Arabes… ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes ». Mais, par contre, cela ne la dérange pas de faire porter le poids de la traite atlantique sur les épaules des jeunes français s’ils sont blancs. On voit même une association, le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) porter plainte contre l’ex-patron des patrons, Ernest-Antoine Seillière, parce que sa famille aurait fait fortune grâce à la traite atlantique.
7 – Photographie d’un bateau surchargé de migrants traversant actuellement la Méditerranée pour rejoindre les côtes européennes
Aujourd’hui, les Africains noirs traversent la mer Méditerranée au risque de leur vie pour venir s’installer en Europe.
Quelle réflexion critique pouvez-vous faire sur ce sujet.
Situation paradoxale de gens qui fuient leur continent au péril de leur vie pour venir s’installer sur le continent de ceux qu’ils prétendent haïr parce que jadis esclavagistes.
Faire remarquer également que l’esclavage arabo-musulman n’est jamais étudié notamment dans des pays d’Afrique noire devenus musulmans.
RESOLUTION DE LA PROBLEMATIQUE :
CAHIER DE TEXTES. Pour le …………………

  • Leçon : Les traites négrières et l’esclavage

Marcus Graven

image_pdfimage_print